‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 19 sur 170 · I.F.IR DIRECTION · texte numérisé non relu

I.F.IR DIRECTION

Rentrer en soi-même, c'est ouvrir les volets de son âme pour y faire pénétrer la lumière; s'ils restent hermétiquement clos, les appartements seront ténébreux alors même que luirait au dehors le plus brillant soleil; ainsi, même dans les milieuxfervents.ceux qui ne s'examineraient jamais tiendraient leur âme dans d'épaisses ténèbres. Comment donc corriger ses défauts, comment remédier à ses maladies intimes si on les ignore, et comment les connaître exactement, sinon par de sérieux examens?

103. Mais ces examens doivent être faits sous le regard de Dieu et avec une sincère humilité. « Ne vous étonnez pas, dira le directeur prudent, de découvrir en vous tant de fautes, tant d'inchnations mauvaises : plus vous ferez de progrès dans la vertu, plus DL>u vous donnera sa lumière afin que vous connaissiez de mieux en mieux toute la corruption de votre nature; mais, en même temps, si vous ne cédez pas au dépit en vous voyant si mauvais, si votre orgueil révolté ne repousse pas la lumière, Dieu vous fera comprendre qu'il vous aime malgré vos infirmités, comme la mère aime son enfant débile et infirme; Il vous fera entrevoir la puissance de la grâce, qui peut si facilement tirer le bien du mal et changer tous vos défauts en brillantes vertus. Ne faites donc jamais votre examen sans penser d'abord à l'amour de votre Dieu, et ne le terminez jamais sans vous confier en sa sagesse, en sa puissance et en sa miséricorde. »

104. Pour assurer plus efficacement la fidélité à l'examen, on se fera rendre compte du soin avec lequel aura été fait cet exercice, recommandant, par exemple, de s'en accuser quand il aura été omis. Qae l'on ait soin aussi d'en faciliter la pratique par une bonne méthode. Faute d'une méthode, l'esprit s'égare, les distractions viennent et, après des efforts inutiles et lassants, ce salutaire exercice est abandonné.

Voici une méthode que l'on pourrait conseiller : Commencez par demander à Dieu la grâce de connaître vos fautes et de les détester. Adressez-vous aussi à Marie, sans laquelle vous ne devez rien faire, lui disant bien simplement : Bonne Mère, obtenez-moi de bien voir mes misères et de m'en humilier.

Puis, passez en revue les différents actes de la journée, dans l'ordre suivant :

Voyez comment vous vous êtes acquitté :

I. De vos devoirs envers Dieu : 1° 'prières; 2° exercices de piété;

II. Envers votre prochain : 1° douceur; 2° charité; 3° obéissance; 4° vérité;

III. Envers vous-même : 1° patience; 2° humilité; 3° tempérance; 4° pureté; 5° enfin, devous d'état, c'est-à-dire sanctification de votre travail.

Terminez en demandant bien pardon à Dieu, et lui promettant de mieux faire à l'avenir.

105. DJfaut dominant. — Parmi les défauts qu'il importe de combattre, il faut placer en première ligne le défaut dominant « Le démon, dit s aint Ignace (Exercices spirituels. Discernement des esprits), imite un capitaine qui veut emporter une place où il espère faire un riche butin. Il asseoit son camp, il considère lt s forces et la disposition de cette plaee, et il l'attaque du côté le plus fa'ble. Il en est ainsi de l'ennemi de la nature humaine. Il rôde sans cesse autour de nous, il examine de toutes partschacune de nos vertus théologales, cardinales et morales ci, lorsqu'il a découvert en nous l'endroit le plus faible et le moirs pourvu des armes du salut, c'est par là qu'i1 nous attaque et qu'il tâche de nous prendre. »

Ce côté faible, le plus vulnérable de notre âme, si connu <êe. notre ennemi, c'est notre défaut dominant. Chez les chrétiensdont nous nous occupons en ce moment, ce défaut, ayant été peu combattu, est ass?z facile à discerner. Plus tard, surtout quand les attraits sensibles de la grâce émeuvent d'âme plus fortement et apaisent ses mauvais penchants, la recherche dudéfaut dominant est plus difficile.

106. Voici, croyons-nous, la méthode à suivre dans l'examen dlu défaut dominant. D'abord, faire prier pour solliciter les^cours de l'Esprit-Saint; c'est toujours par là qu'il faut commencer. Sans ce divin Esprit, sans le secours de la grâce,

-l'homme n'est qu'erreur et ténèbres; puis, on ne saurait trop habituer les âmes à ne rien faire, rien entreprendre sans là prière.

Après avoir obtenu des prières, le directeur recommandera au pénitent d'examiner soigneusement, et à diverses reprises, à. •quoi se portent ses préoccupations les plus ordinaires, quel est le

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matin à son réveil le sujet le plus fréquent de ses pensées; quanti il est soûl et qu'il se laisse aller à quelque rêverie, quel en est l'objet ; quelle est la source la plus habituelle de ses joies intimes •comme de ses ennuis; dans les moments de tristesse quelle est la causv1 do son chagrin; quelle est l'intention qu'il se proposeJe plus souvent, le motif qui le fait agir et qui inspire habiluelb ment sa. conduite, quel'e est la source de s» s fautes, le pourquoi liés; quand surtout il y a, non pas faute accidentelle, mais toute une série de fautes, un état de résistance à la grâce, de manquement aux exercices de piété qui aura duré plusieurs jours, quelle en est l'origine et quel est le motif qui aura empêché de revenir au bien. Sans doute, il y a, à ces sentiments divers, à tous ces actes, des causes accidentelles : ce seront parfois des préoccupations passagères qu'auront fait naître instances particulières, mais souvent aussi tout cela s ra la conséquence d'une disposition intérieure, d'une manière ^ habituelle qui rsl le défaut dominant.

Orr dislingue encore le défaut dominant aux attaques du tentateur, qui nous connaît souvent mieux que nous-mêmes et qui, comme nous le disait tout à l'heure saint Ignace, dirige ses coups du côté où d nous sait plus faciles à vaincre. On le reconnaît aussi aux inspirations de l'Esprit-Saint qui, dans les moments de ferveur, quand son opération est plus sensible, nous fait comprendre, par les sacrifices qu'il nous demande, par les attraits qu'il nous fait éprouver, par les résolutions qu'il suggère, quelle est la voie qui nous mènera à la perfection et quel est le vice contre lequel nous devons plus résolument lutter. On le reconnaît encore à la difficulté que l'on a pour le combattre; c'est vraiment le péché mignon, celui dont le sacrifice •coûte davantage.

107. Une fois que le défaut dominant est découvert, il faut s'appliquer à le détruire. Quand les défenseurs d'une place connaissent la partie faible où l'ennemi dirigera ses coups et ra de faire brèche, c'est de ce côté qu'ils concentrent leursefforts. X'est-il pas nécessaire, avant tout, de parer au danger? En se fortifiant de la sorte, on fait plus que de se mettre à l'abri, •on s'assure la victoire, car le défaut dominant une fois dompté, le démon est vaincu; les coups qu'il porte ensuite ne sont guère redoutables, ils. tourneront à l'avantage de l'âme chrétienne

plutôt qu'à sa perte. Goliath vaincu, les Philistins furent mis en fuite; Holopherne tué, les troupes assyriennes éprouvèrens défaite sur défaite, et les Hébreux furent pour longtemps délivrés de leurs ennemis.

Notons-le bien toutefois, il ne faudrait pas se flatter de remporter promptement cette victoire décisive. Tant que l'on n'aura pas fait de sérieux progrès dans la piété, tant que l'on ne sera pas entré et que l'on n'aura pas séjourné longuement dans la troisième demeure, c'est-à-dire dans la vie de vraie dévotion, et même dans la quatrième, qui est l'état de ferveur, le défaut dominant restera bien vivace, mais dès ce moment, à ce point de la vie spirituelle où nous sommes arrivés, on doit inaugurer ce combat et le poursuivre ensuite avec courage et persévérance. Ce sera le moyen le plus sûr d'arriver à la piété.

La prière est, bien entendu, le premier remède à employer contre le défaut dominant. Offrir à Dieu, en vue de sa correction, des chapelets, des communions, faire des neuvaines, s'imposer des sacrifices; ce sont là des pratiques excellentes, qui méritent d'être encouragées et au besoin suggérées.

Un second moyen, très efficace, recommandé par tous les maîtres de la vie spirituelle, c'est l'examen particulier. A l'examen de conscience général dont nous avons parlé devra donc se joindre un examen spécial du défaut dominant. Saint Ignace, dans son Livre des Exercices spirituels, conseille de se servir d'une feuille spéciale, divisée en autant de lignes qu'il y a de jours dans la semaine. On marquera sur chaque ligne autant de points que l'on est tombé de fois dans ce péché ou défaut particulier. Le Saint veut même que la longueur des lignes aille toujours en diminuant, pour rappeler que le nombre des fautes doit diminuer de jour en jour.

Mais, ce qui est excellent, c'est d'ajouter à l'examen particulier une sanction, c'est-à-dire une pénitence que l'on devra s'imposer pour chacune des fautes commises. Cette pénitence pourra être quelque prière, une demi-heure de silence, une mortification quelconque déterminée à l'avance, une aumône, etc. Ainsi l'on expie ses péchés et l'on s'oblige soi-même à être plus circonspect à l'avenir. Chacun connaît l'histoire de cette sœur garde-malade, laquelle, chargée de donner ses soins à un vieux général qui blasphémait sans y prendre garde, parvint à le

corriger en lui faisant verser cinq francs pour les pauvres à chacun de ses jurons. La crainte est pour nous le commencement de la sagesse et, puisque trop souvent nous agissons en enfants, nous devons nous traiter en enfants, c'est-à-dire nous dompter nous-mêmes par la crainte des punitions.

108. Humilité et mortification. — Que l'on connaisse ou non le péché dominant, il est deux défauts qu'il importe de combattre de bonne heure, car en eux se trouvent les grands obstacles qui s'opposent aux progrès de l'âme, l'orgueil et l'amour excessif du bien-être.

L'orgueil, l'esprit de superbe, comme on disait au xvir9 siècle, est le principe de tous les péchés; Initium omnis peccatisuperbia. Chacun sait qu'il entraîne après lui toutes sortes de misères : vanité, ambition, susceptibilité, discordes, insubordination, etc. Nous expliquerons plus tard comment faire la guerre à ces défauts; ce n'est, en effet, qu'aprèsêtreentréegénéreusement dans la voie de la piété que l'âme pourra maîtriser son amour-propre. U importe cependant de lui "découvrir dès maintenant cet ennemi d'elle-même, de lui faire remarquer — les occasions pour cela ne manqueront pas — quel tort lui fait son orgueil. D'abord la plupart de ses peines, de ses chagrins, viennent de là ; et combien de péchés n'ont pas d'autre cause, combien d'épreuves mal supportées, combien de bonnes occasions négligées, combien de résistances à la grâce proviennent d'un sot sentiment d'amour-propre !

Il faut donc signaler cette misère en la déplorant, encourager les âmes à réagir et surtout les engager vivement à demander à Dieu des sentiments plus humbles. « Si vous ne pouvez pas vous-même, leur dira-t-on, dompter cet amour-propre si vivace et si funeste, avec 'e secours de la grâce vous y parviendrez sûrement. Oh I demandez bien l'humilité, car ne voyez-vous pas que quand vous aurez obtenu cette belle vertu, les autres viendront d'elles-mêmes, et vous avancerez à grands pas dans les voies de la vraie piété. »

109. Mais il est une forme d'amour-propre qui se manifeste fréquemment à cette époque de la vie spirituelle et qui demande une répression énergique : c'est le respect humain. Les imparfaits en général n'y font pas grande attention, et pourtant très souvent le respect humain paralyse leurs bonnes dispositions;

ils ne prieront point avec la piété dont ils sont capab'es, ils ne fréquenteront pas les sacrements comme ils sont inspirés de le faire, parce qu'ils craignent le qu'en dira-t-on. Et, si on ne les interroge pas sur ce point, très rarement ils feront connaître d'eux-mêmes cette misère morale; un directeur prudent saura bien en arracher l'aveu et lt s exhorter vivement et souvent à combattre cette tendance.

Il n'y a qu'un moyen de se guérir de la peur, c'est de braver le fantôme, qui paraît toujours plus redoutable de loin que de près^ Quand l'oiseau pillard a une fois découvert que le mannequin • conue lui n'est qu'une impuissante machine, un vain simulacre, il s'en approche sans crainte et ne se laisse plus arrêter par de sottes frayeurs. 'Faisons comprendre à tous eeax dont le respect humain entrave la bonne volonté qu'ils se laissent efïraj'er par des chimères; insistons pour obtenir une démarche énergique, un acte de courage, Si, par exemple, ils craignent de paraître trop dévots, obligeons-les à faire ouvertement profession de leurs sentiments religieux, à montrer par leurs actes ou leurs paroles qu'ils estiment la piété et qu'ils désirent s'appliquer à servir Dieu dignement ; si la pi-ur des sottes railleries les éloigne de la Table sainte, ou du moins les empêche de s'en approcher aussi souvent que les y porte l'attrait secret de la grâce, donnons-leur pour pénitenee de communier un jour bien ostensiblement. Ce petit acte d'énergie n'est point au-dessus de leurs forces; la plupart du temps il n'y a que le premier pas qui coûte et, cette barrière une fois franchie, le chemin de la . piété s'ouvre large et facile à parcourir.

110. Signalons une autre occasion où s'impose encore la nécessité de conseiller avec insistance cette vertu d'humilité.

I) se rencontre, parmi les pénitents, des caractères bizarres, entêtés, susceptibles, qui, comme des chevaux ombrageux et fantasques, sont rebelle s 'au frein et causent à ceux qui les conduisent de continuels soucis. Quelle source de mérites pour un directeur et quel profit il peut retirer, pour l'autre monde, du gouvernement de ces pauvres maniaques 1 Une grande patience et commisération, une fermeté pleine de douceur, voilà ce qu'exige la direction de pareilles âmes. Redresser 'e jugement de ces cervelles détraquées, le Créateur seul le pourrait faire ^ l'unique mais difficile remède serait l'humilité, qui atténuerait

leurs écarts et leur épargnerait bien dès sottises. Qu'un kur .n vante donc les avantages et qu'on les rappelle sans cosse à l'obéissance aveugle : sans humilité et sans obéissance, il y a de kur part tout à craindre et Heu à espérer.

111. Quant à l'amour de ses aises et de ses plaisirs, nous avons dit plus haut (n°44) qu'il devait être combattu dès Je début delà vie spirituelle : il est facile d'éclairer sur ce point tes âmes de lionne volonté et de leur montrer la nécessité de la pénitence et du sacrifice. Justement célèbre est le mot de l' Imitation : Tantum profteies, quantum tibi ipsi vim intuhris. « Plus VOUS vous: ferez violence et plus vous ferez de progrès, » (Liv. I, <:\\. xxv.) N'est-ce pas à cet esprit de renoncement que l'on connaît les vrais disciples de l'Évangile, les- véritables enfants de Jésus-Ghrist? Oui, celui-là seul est un vrai chrétien, qui

nul pas de souffrir pour Lui; cpii pense à expier ses péchés pas la pénitence, qui, sachant se vaincre soi-même et ne pas •céder à tous ses caprices, domine ses défauts et finit par en triompher presque sans combat. Au contraire, celui qui fait toujours sa volonté devient Je plus malhe-ureux des hommes et le plus vicieux.

Il est surtout une époque où ces avis seront favorablement accueillis, c'est' le Carême. Une excellente industrie vis-à-vis <les jeunes âmes- consiste à leur remettre, au commencement déco saint temps, une feuille contenant, avec ces motifs rappelés en quelques mots, une liste des sacrifices qu'elles peuvent s'imposer. Nous donnons en appendice une liste de pénitences à l'usage des jeunes garçons et une autre à l'usage des jeunes filles.

En dehors du Carême, on pourrait, de temps à autre, choisir et imposer, comme pratique de semaine ou de quinzaine, l'une ou l'autre de ces mortifications, et se faire ensuite rendre compte de la façon dont le pénitent s'y sera montré fidèle.

112. Une autre forme excellente et, du reste, obligatoire du détachement, c'est l'aumône. Qui fait l'aumône y trouve double profit : il s'acquitte du grand devoir de la charité fraternelle, si chère au cœur de Dieu, et il pratique l'importante vertu de renoncement. Aussi l'aumône profite plus à celui qui donne qu'à celui qui reçoit, c'est la parole de Jésus-Christ : Beatius est magis ■dare queim accipere. (Act., xx, 35.)

LES B0XNES AMES

Il est souvent délicat de rappeler cette obligation : on ne s'avoue pas à soi-même qu'on a le cœur dur à l'égard du prochaiii ou qu'on est trop attaché à ses richesses; à plus forte raison n'accepte-t on pas volontiers d'être soupçonné de cette misère. Mais il est un autre travers non moins commun et dont on convient de meilleure grâce, c'est de ne s'acquitter des devoirs de la charité que par un mouvement de compassion purement naturelle, sans élever son regard jusqu'à Dieu. Qu'il s'agisse de l'aumône ou de ces actes multiples de complaisance ou de dévouement envers le prochain, dont l'occasion se présente à chaque pas, cette absence de vue surnaturelle cause une perte de mérites vraiment déplorable. Attirer l'attention sur ce point, apprendre aux chrétiens à surnaturaliser ces actes d'abnégation, à voir, par exemple, Jésus-Christ sous les haillons du pauvre, c'est leur rendre un grand service, c'est aussi, sans en avoir l'air, reprocher l'égoïsme et rappeler le devoir de charité fraternelle à ceux qui ne vivent que pour eux-mêmes et ne savent pas faire pour autrui le moindre sacrifice.

113. Le renoncement passif. La patience. • — Nous venons de dire quelle doit être la part active de l'âme dans le travail du renoncement. Dieu ne l'abandonne point à elle-même dans cette œuvre si nécessaire, mais II lui ménage des épreuves qui, bien acceptées, la feront progresser beaucoup dans cette voie difficile. Si sa Providence n'y. mettait la main, telle est la lâcheté humaine, que l'expiation des fautes passées resterait toujours fort incomplète; aussi n'arriverait-on jamais de soi-même au degré de détachement requis pour aller plus avant et recevoir des grâces plus abondantes.

Ces épreuves sont les contrariétés de toutes sortes que l'on rencontre ici-bas; de la part des éléments : misères corporelles, maladies, malaises provenant du tempérament ou de la rigueur des saisons ; de la part des événements de la vie : pertes de biens, pauvreté avec ses privations, désirs contrariés, plans avortés, espérances déçues; de la part des hommes : contradictions, froissements, reproches justes ou immérités, critiques, etc.; enfin, les peines de cœur : deuils, séparations; en un mot tout ce cortège de chagrins et d'ennuis qui accompagne l'homme du berceau à la tombe.

Bienheureux ceux qui savent faire servir toutes ces épreuves

à leur bien spirituel, qui savent tirer profit de ces tribulations! Elles sont encore, à tout prendre, assez légères et de bien peu de durée, et elles produisent, chez les âmes patientes, le poids éternel d'une sublime et incomparable gloire. Momentaneum et levé tribulationis nostrœ supra modum in sublimitate seternum gloriœ pondus operatur in nobis (II Cor., iv, 17).

1 1 i. .Mais la parfaite patience ne s'acquiert pas en un jour et, pour les âmes novices dont nous nous occupons, elles doivent y être amenées doucement et suavement; il est important de ne pas les heurter. Aussi, quand elles exposent leurs griefs, quand elles découvrent leurs peines — et il faut au besoin provoquer ces confidences — le directeur commencera par convenir qu'elles ont de trop justes sujets de mécontentement ; il reconnaîtra le bien-fondé de leurs plaintes; puis, quand il aura de la sorte sympathisé avec elles : « Tout cela est vrai, ajoutera-t-i.l, il est pénible d'avoir à supporter de pareilles choses, et vous avez,, humainement parlant, cent fois raison; mais nous, chrétiens, raisonnons donc en chrétiens. Cet événement fâcheux, le bon Dieu l'a permis; Il n'a pas voulu, comme II l'aurait pu, vous épargner cette épreuve; pourtant II vous aime, c'est un bon Père qui désire vivement votre bien; Il a donc vu en cela avantage et profit pour votre âme. » Et alors, s'il en 'est besoin r le directeur s'étendra sur cette doctrine capitale, si vraie et si difficile à faire accepter, de l'utilité des souffrances. Beau qui lugent : bienheureux ceux qui pleurent. La réponse sera presque toujours un acte d'assentiment, accompagné d'une nouvelle plainte : « Ce que vous dites est vrai ; mais mon épreuve n'en est pas moins bien dure. » « Oui, insistera-t-il, c'est bien dur, mais Dieu ne nous éprouve jamais au-dessus de nos forces; ne vous laissez pas aller à l'abattement, faites quelques efforts et Dieu vous aidera à vous soumettre. Si vous ne vous sentez pas le courage d'accepter votre croix, demandez-Lui de vous rendre plus fort, de vous accorder cette résignation qui vous manque. Ah ! si vous aviez prié avec plus de ferveur, si surtout vous étiez revenu à la charge sans vous décourager, faisant instance auprès du bon Maître jusqu'à ce qu'il vous ait communiqué cette énergie chrétienne qui vous fait défaut, vous seriez maintenant plus résigné, et vous diriez comme Notre-Seigneur : « Mon Dieu, que votre volonté soit faite et non pas la mienne. »■

Allons, ranimez-vous, remontez voire courage et surtout priez. Et s'il vous échappe encore quelque plainte trop amère, quelque murmure, necroyez pas tout perdu; sans doute vous n'arriverez pas du premier coup' à la résignation absolue; dans ce cas, humiliez-vous, priez encoreet eff&re< /-vous, une fois de plus, de faire acte de patience et de soumission. »

C» si là mi" des exhortations qui doivent revenir le plus souvent sur les lèvres du père spirituel, tant les épreuves jouent un grand rôle dans notre vie ; il n'est peut-'ètrepas de service plus co widérable à rendre aux pauvres âmes que' de-leur apprendre à bie-n porter 1 >ur croix.

Mais ce n'est guère qu'en prenant part à leur peine, en-faisant voir qu'on en comprend toute l'amertume, en un mor, en montrant un cœur sensible et paternel, qu'on les persuadera d'être plus résignées. Ne s ront-elles pas plus faciles à convaincre si elles voient que c'est dans leur intérêt, par dévouement, par aff!-< tion pour elles que l'on s'efforce de leur apprendre à bien souffrir? Alors, elles comprendront que cette grande science -de' là souffrance est indispensable à leur bonheur, même en ce monde; que par leur peu de patience elles se rendraient nval- !i ureusjs elles-mêmes; enfin, qu'elles ne peuvent se flatter d'aimer le bon Dieu, si elles ne veulent rien souffrir pour Lui. Heureux le directeur qui sait faire vivement désir* r à B< s pénitents cette vertu de résignation'; qui les amère à l'estimer •grandement et à la demander avec instance.

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