Comment il faut encourager les âmes. — Nous nous
aes étendu un peu longuement sur cette question du r
i emerït, en raison de son importance et aussi de sa difficulté.
Q î-lle que soit la forme sous laquelle on le recommande, qu'il
s'agisse de la mortification active eu de la résignation, on ne
l'obtiendra pas sans peine dis commençants. II faut, de toute
nécessité, les soutenir et les encourager. Écoutons, sur ce point,
le sage P. Lallemant parlant de ces âmes novices : « Encouragcz-
h s beaucoup dans les vicissitudes et changements qui leur
privent. Blâmez-les aussi quelquefois avec prudence quand il y
;nua de Lur faute, surtout quand la faute sera ur peu notable;
- laissez pourtant jamais aller sans les avoir encouragés.
une conduite qu'on doit tenir généralement à l'égard des
jines qui sont encore tendres, de tempérer toujours l'aigreur de
LEUR DIRECTION 9c>
la réprimande par la douceur de l'exhortation. Car il faut donner à ces âmes tous les soulagements "possibles \. »
Aussi, quand on peut constater quelques efforts, quand on découvre que le pénHenl s'< st imposé quelque violence, ou bien a su accepter chrétiennement quelque tribulàtion, pour légère lie fût, on doit s'en montrer heureux, l'engager à remercier Dieu, lui faire même quelquefois réciter en action de grâces quelque hymne d • reconnaissance, le Magnificat par exemple. Par là on le rend plus confiant et, en augmentant sa confi on donne à ses bons désirs une ardeur nouvelle.
116. Les âmes en lutte avec le péché grave. — Nous av signalé chez les chrétiens dont nous parlons l'union étonnante de sentiments pieux et de fa i : grettàbles; ce qui est plus
surprenant encore et ce qui n'est pas rare, c'est le mélange, dans une même vie, de dispositions vraiment bonnes et de fautes graves. La foi sera vrve et fërmev l'âme éclairée connaîtra bien sa religion, sera attachée à ses devoirs, s'adonnera parfois avec une vràîe ferveur à la prière et, malgré cela, elle succombera à des fautes honteuses. Elh
remettra au service de Dieu, gagnera de vrais mérites et retombera encore. Une inconstance si grande- déconcerte les directeurs : ils se demandent avec anxiété comment remédier à un pareil mal. Il est certain que chez ces pauvres âmes la foi est plus développée que la charité, et qu*un plus parfait détachement d'elles-mêmes pourra seul les guérir de leurs misères. Que l'on tienne compte cependant, pour ne pas les juger avec trop de sévérité de la violence de la passion et de la rapidité de la chute qui, dans certain cas, prévient presque toute délibération et atténue grandement leur culpabilité 2.
La responsabilité est moindre encore,, parfois même elle est nulle, quand la névrose vient rompre l'équilibre des facultés de l'âme, donnant une prédominance déplorable à la sensibilité et
1 Doctrine spirit., 23 Principe, sect. II, ch. vi. — C'est plutôt à 'des
lans la piété, -que s'adressent ces paroles du P. Lalleman* ; à plus forte raison ces conseils doivent-ils. s'appliquer aux âmes dont nous parions ici. — Cf. S. Ignace, Exercices.spirit., 7e annotation.
*Cf. Saint Thomas 1. 2. q. 77, a. 6.
•à l'imagination, et diminuant dans des proportions souvent insoupçonnées le rôle de la raison.
Le pauvre névrosé, tout en reconnaissant qu'il a agi dans •certaines circonstances sous l'empire d'une vive surexcitation, prétend être demeuré pleinement conscient et maître de sa volonté, mais dans cette occasion il a, sans s'en douter, perdu en grande partie la liberté de ses actes.
En cas de doute, le degré de consentement doit s'apprécier, disent les théologiens, ex communiter contingentibus : dans le jugement qu'on porte sur ces actes, on doit s'en rapporter, quand la pleine délibération est douteuse, aux dispositions "habituelles du pénitent.
Quoi qu'il en soit, quand on se trouve en présence de ces âmes, il importe plus que jamais de mener de front tous les moyens de perfection que nous avons indiqués : instance dans la prière et recours confiant à Marie, pratique énergique de la mortification, fréquentation exacte des sacrements. Mais ce qui donnera le courage de soutenir vaillamment et avec constance ces pénibles combats contre des passions opiniâtres, ce sera surtout l'oraison et particulièrement la méditation des fins dernières. « Beaucoup, dit saint Alphonse, jeûnent, récitent le chapelet, l'office de la Sainte Vierge, et cependant restent pécheurs; mais il est impossible que celui qui est fidèle à l'oraison continue à vivre dans l'offense de Dieu. » {Praxis confess., n° 217, 122.)
§ 4. La fréquentation des sacrements
117. « Sans moi, a dit Notre-Seigneur, vous ne pouvez rien faire. » Les divers moyens que nous avons indiqués jusqu'ici : prière, sanctification des actions ordinaires, renoncement, sont certainement excellents et d'une grande efficacité ; mais combien perdraient-ils de leur puissance, si l'on n'avait soin d'y joindre l'usage fréquent des sacrements.
Les sacrements sont les instruments de sanctification que Dieu, dans sa sagesse infinie, a choisis comme les mieux appropriés aux besoins de ses créatures. Ce serait être insensé de prétendre faire mieux que Dieu, et de préférer à ces moyens divins les industries humaines. L'Eucharistie surtout doit être
notre grande force, l'Eucharistie qui renferme le Principe de toute perfection et l'Auteur de toute sainteté. Ils doivent se nourrir de Jésus, ceux qui veulent vivre de la vie de Jésus. at souvent au dedans de leur âme, Jésus leur communiquera insensiblement et ses lumières, les formant à penser comme Lui, à juger comme Lui, et ses sentiments, les portant à aimer ce qu'il aime, à désirer ce que Lui-même désire, à repousser ce qu'il repousse. Ils deviendront de plus en plus semblables à Jésus.
118. Pour que la sainte communion produise ces heureux fruits, il faut qu'elle soit reçue fréquemment; c'est le désir de Notre-Seigneur : Caro mea vere est cibus. « Ma chair est véritablement un aliment. » Ce devrait donc être, dans les desseins de Notre-Seigneur, non un mets rare et d'apparat, mais la nourriture courante et ordinaire de nos âmes. Pour amener ses pénitents à recevoir souvent Notre-Seigneur, le directeur doit déployer tout son zèle et toute son habileté, surtout vis-à-vis des âmes bonnes et bien disposées, mais qui ne veulent communier que de loin en loin. Il sera insinuant et à la fois pressant; il les félicitera de ce qu'elles font déjà, tout en les engageant à faire plus encore. « Regrettez-vous, leur dira-t-il, les communions que vous a\ez faites? n'est-il pas vrai qu'au contraire vous êtes content de vous quand vous vous êtes approché de la Table sainte et que, si vous ne le faites pas plus souvent, c'est uniquement parce que vous craignez votre peine? Il vous en coûte un peu, et vous ne voulez pas vous imposer cette légère violence. Ah ! si vous compreniez de quel bien vous vous privez, si vous saviez avec quelle bonté Jésus viendrait à vous, combien II est désireux de vous faire visite et de vous apporter s îs dons, quelles invitations pressantes II vous adresse. A l'heure de la mort et pendant toute l'éternité, ne vous féliciterez-vous pas d'avoir reçu souvent le baiser de Jésus, d'être allé fréquemment puiser à la source de toute grâce et de tout mérite? » Parochi parles erunt fidèles crebro adhortari ut. . . hoc sacramento nutriendœ animée curam non abjiciant, dit le catéchisme du Concile de Trente. Oui, c'est le devoir des pasteurs de rappeler souvent à leurs ouailles le désir ardent qu'a Notre-Seigneur de se donner à ses enfants; ils doivent leur dire quel est sur ce point l'esprit de l'Église et dissiper les préjugés qui font encore trop
98 LES «eMNES AME?
souvent regarder la communion fréquente, comme une pratiqua de perfection ne convenant qu'à quelques âmes d'élite, tandis qu'elle devrait être la pratique normale des fidèles.
N'en était-il pas ainsi dans les siècles apostoliques et jusqu'à l'entrée du moyen âge? Alors la communion hebdomadaire et même, en bien des siècles et dans bien des pays, la communion fréquente n'était pas une exception; c'était le commun deschrétiens qui communiaient de la sorte. A cette époque de formation et de croissance, de luttes et de dangers, qui ressemble tant à la nôtre. l'Église aurait-elle pu conquérir le monde, si ses enfants, destitués de tout secours extérieur, en butte à tous les périls venant cru contact avec les pai'er-s, n'avaient eu, p' soutenir, le s -cours de la fréquente communion?
L ConcHe de Trente voudrait voir les fidèles cornu u:.i. r sacramcntellement toutes les fois qu'ils assistent à la messe; or. l'assistance à la messe est obligatoire chaque dimanche. Ce vœu se comprend, si Ton réfléchit que nombre d'âmes chrétiennes ne peuvent surmonter les tentations et se maintenir en état de grâce qu'en communiant souvent. Du reste après les décrets de Sa Sainteté Pie X il ne saurait y avoir de doute, les communions des chrétiens, même des enfants, doivent être aussi fréquentes que possible, et c'est bien là la plus grande grâce accordée par le Cœur de Jésus à notre époque de relâchement et de décadence, le meilleur remède aux maux d ■• l'Érlise, le meille-ur moyen de préparer des générations foncièrement chrétiennes, qui fidèles au lois divines : crescàe et mukiplicamini, se multiplieront pendant que les impies diminue] ont.
Oui, quand on aura appris aux plus jeunes âmes à remplir leur vie de communions et â ■ s terific s, li 5 sacrifierez préparant les communions et les communions donnant le courage du sacrifice. Dieu comptera dans le monde un nombre in: : .Leurs
très fidèles, animés d'un véritable amour; la foi ; plus
vive exercera sur les pevp> s la plus heureuse influen. vraiment, autant qu'il est possible sur cette terre d'épreuves et de luttes, le triomphe de l'Église.
119. Que l'on fasse donc tous les efforts; que l'on profite de toutes les occasions pour amener les âmes à Jésus. A ceux qui désirent obtenir des grâces spirituelles ou des faveurs temporelles on conseillera des neuvaines de communions : neuvaine de