I. Préparation. — Nous en avons parlé plus haut
77. Considération. — Une fois que vous vous êtes mis, leur expliquera-t-on, par l'exercice préparatoire, dans un état de recueillement, il faut travailler à former en vous un ardent désir des biens spirituels, et pour cela chercher à acquérir tout d'abord une conviction vive de leur importance; c'est ce que vous procurera la considération ou méditation proprement dite, deuxième point de l'oraison.
Comment se fait la considération? C'est là, en effet, le point difficile, c'est là ce que beaucoup de bonnes âmes disent audessus de leurs forces, et ce qui leur fait paraître la méditation inabordable.
Pour celles qui peuvent s'aider de quelque bon livre, la difficulté est bien aplanie. On prend un volume de méditations, ou même on peut très utilement xecourir à certains ouvrages de piété, comme l'Imitation, la Pre dévote, la Pratique de Vamour envers Jésus-Christ, etc. On lit quelques phrases, puis on s'arrête pour réfléchir; on reprend ensuite la lecture et on médite encore.
La lecture n'est pas toujours possible; il est d'ailleurs certains sujets, d'une importance capitale, pour lesquels elle n'est pas aussi nécessaire; en outre, il faut revenir souvent sur ces mêmes sujets, et l'on se lasserait de relire sans cesse les mêmes pages.
Nous voulons parler des grandes vérités. Pour les méditer sans le secours d'un livre, il est bon défaire usage de l'imagination, de se représenter les circonstances du mystère ou du fait sur lequel on médite ; c'est ce que saint Ignace nomme la composition ou construction du lieu. Si l'on médite sur l'enfer, par exemple, on verra des yeux de l'imagination ces feux immenses,
1 Rodriguez, De l'Oraison, chap. vn.
l'oraison discursive 115
et les âmes des réprouvés comme enfermées dans des corps de feu; on entendra les gémissements, les cris, les clameurs, les blasphèmes contre Notre-Seigneur, etc.1; et ainsi de suite, appliquant successivement, quand le sujet s'y prête, les cinq sens au fait que l'on médite.
Certains auteurs, par exemple Roothaan, Sur la manière de méditer, indiquent comme moyen de se rappeler ces circonstances diverses le fameux vers latin qui les résume toutes :
Qu's, qw'd, ubi, qu'bus auxiliis, cur, quomodo, quando.
Qui, quoi, où, par qusls procédés, pourquoi, comment, quand.
Chacun de nos lecteurs peut prendre quelque matière de méditation et voir comment, en effet, ces diverses circonstances de sujet, d'objet, de lieu, de mode, de but, de temps, deviennent facilement la source de très utiles réflexions 2.
Q.iand l'imagination a de la sorte passé en revue les diverses circonstances du fait ou du mystère qu'il s'agit d'approfondir, il reste à l'entendement à déduire les conclusions, puis à considérer les motifs les plus capables de convaincre et de persuader. La conclusion à laquelle on doit aboutir revient toujours à ceci : il faut fuir le mal et faire le bien. Or, on peut ramener à trois les motifs qui nous pressent d'accepter cette vérité : 1° Rien n'est plus juste : non seulement l'honnêteté naturelle, mais surtout le respect dû à Dieu et la reconnaissance pour tous ses bienfaits nous en font un devoir ; 2° rien n'est plus avantageux, c'est notre intérêt et pour la vie présente et pour la vie future; 3° l'entreprise est facile, tant d'autres y réussissent avec le secours de la grâce. On voit à combien de développements peut donner lieu chacun de ces motifs; il convient d'y insister et de s'en pénétrer profondément.
1 Saint Ignace, Exercices spirituels, l™ semaine, 59 exercice.
* Ainsi dans la méditation sur la Passion : le sujet quis, c'est le Fils de Dieu; l'objet quid, ce sont ses souffrances; le lieu ubi, c'est le Calvaire près de cette Jérusalem qu'il avait tant aimée; les procédés de ses ennemis, quibus auxiliis, furent l'hypocrisie, les accusations calomnieuses; la cause, cur, nos propres péchés; le mode, quomodo, ce fut la mort ignominieuse des scélérats: le temps, quando, ce fut le temps de la Pâque, quand les étrangers, les habitants de toute la Judée, les témoins des miracles de Jésus affluaient à Jérusalem.
Il'* l'oraison discursive
Ainsi s'acquiert cette vive estime des biens spirituels qui est, avons-nous dît, le but de ce deuxième point de l'oraison diseur la considération.
133. III. Retour sur soi-même. — Pour les désirer plus ardemment encore, il faut considérer quels besoins nous en avons;
ce que nous donnera le retour sur nous-mêmes, troisième point de l'oraison. C'est une sorte d'examen de conscience, où l'on envisage ses défauts, les pécbés auxquels on est le plus enclin. On voit par là combien on est loin de cette vertu dont on a tout à l'heuce reconnu la nécessité. Ce retour sur soi-même est d'une grande importance : « Q lelques-uns, disait saint Vincent de Paul, ont de b -lies pensées et de bons sentiments, mais ils ne - appliquent pas à eux-mêmes et no font pas ass- z de réfl «ions sur leur état intérieur, et néanmoins on a souvent recommandé que, lorsque Dieu communique quelques lumières ou quelques bons mouvements dans l'oraison, id les faut toujouis faire ssrvir à s s besoins particuliers; il faut considérer ses propres défauts, les confesser et iveonnaître devant Dieu, et prendre une forte résolution de s'en corriger. »
134. IV. Demande. — L ' quatrième point de l'oraison méditative, c'est la dunande. Elle doit se faire par manière d'<
t de vive supplication. L'âme, étant toujours en présence ■ a Dieu, s'adivsse à Lui av m- 1' rveiir et confiance; elle doit L ! regarder moins comme un m «lire sévère que comme un !
nr compatissant, un père plein d'affection et de bonté, un uni tendre et dévoué. Lui parlant alors avec uaes unlehani •■ile Lui rappellera quelles promess. s il a faites à la prière, pros si fortes et si consolantes : Petite et accipietis, etc. . ., quodeumque petierâis, etc. : « Demandez et vous recevrez. . . tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom ». etc.; elle avouera sa faiblesse, son incapacité trop souvent prouvée par l'expérience passée, mais elle ajoutera : Domine, si vis, potes me mundare. « Si vous voulez, S?igneur, vous pouvez me guérir », vous pouvez me réconforter, et je dirai avec saint Paul : « Je puis tout en Celui qui me fortifie. » Elle protestera de la pureté de ses intentions : ce n'est pas seulement pour son bien personnel qu'elle exprime ses demandes, c'est aussi pour l'honneur de Dieu, qu'elle servira plus dignement et à qui elle rendra plus de gloire. Enfin elle en appellera aux mérites de Xotre-Seigneur :
l'ojiaisom discursive us
si elle n'a par elle-même aucun droit, aucun titre à faire valoir, ce qu'elle avoue bien humblement, elle peut s'appuyer sur les souffrances du Sauveur : pourquoi le Verbe de Dieu s'est-il , incarné, pourquoi s'est-il condamné à tant de travaux, à des tourments si durs, sinon pour nous mériter les grâces les plus précieuses et les plus abondantes?
Un court colloque avec Marie, notre Mère, si bonne, avec le bon Ange, avec le saint Patron et les Saints auxquels on a plus de dévotion terminera ce quatrième point.
Notons-le bien, la demande est la partie capitale de l'oraison J, ou pour mieux dire Poraisdn ne commence qu'avec elle. Tant que l'âme ne se tourne pas vers Dieu pour Lui parler, elle peut, il est vrai, méditer; elle ne prie pas, elle ne fait pas oraison. On voit des personnes s'y méprendre et, dans un exercice d'une demi-heure, passer tout leur temps à réfléchir sans rien dire à Dieu. Q.iand même elles auraient ajouté à leurs réflexions de saints désirs et de généreuses résolutions, ce n'est pas encore là faire oraison ; sans doute l'esprit n'a pas été seul à agir, le cœur s'est échauffé, il s'est porté au bien avec ardeur, mais il ne s'est pas épanché dans le cœur de Dieu. De telles méditations sont à peu près stériles, bien vite elles engendrent la fatigue et l'ennui, bien souvent aussi le découragement et l'abandon de ce saint exercice.
135. V. Résolutions. — Il ne reste plus désormais qu'à prendre les résolutions; c'est le cinquième et dernier point de la méditation. Parla considération l'esprit s'est éclairé, le souvenir des bontés de Dieu a produit la confiance et la reconnaissance. Dans la demande le cœur s'est échauffé, les supplications ardentes ont amené une douce intimité entre Dieu et l'âme fidèle, des actes d'amour ont été produits, mais cet amour resterait faible et stérile s'il ne s'affermissait par de généreuses résolutions. Celui qui dirait : Mon Dieu, je vous aime et qui ne voudrait en donner aucune preuve serait dans l'illusion. Le désir de faire plaisir à Dieu, tel doit être le motif de nos résolutions. Inspirées par l'amour elles seront plus sages, plus fermes,
1 A la demande peuvent et doivent se joindre la louange et l'action da grâces, si l'on réfléchit sur les grandeurs de Dieu, sur ses bienfaits. Quant aux promisses, protestations, offrandes, elles seront jointes aux résolution*.
116 l'oraison discursive
plus efficaces, et elles nous aideront à mieux remplir ce grand devoir de l'amour de Dieu, qui devrait être le mobile de toutes nos actions et l'aliment continuel de nos cœurs.
Les résolutions doivent être particulières et actuelles. Des résolutions générales, comme celles de devenir meilleur, de mieux servir Dieu, ou des résolutions à accomplir dans un mois, dans un an, seraient vaines; il faut les préciser et les actualiser : aujourd'hui, en telle circonstance, je pratiquerai telle vertu, j'éviterai tel acte mauvais. — Humbles et confiantes : la confiance en Dieu et l'humilité, qui est la défiance de soi-même, doivent toujours aller de pair. — Enfin, souvent réitérées : il vaut mieux ravenir souvent sur certaines résolutions plus pratiques que de varier à chaque instant, et cela quand même on les aurait déjà prises fréquemment sans les observer. A quoi servent, dit-on parfois, des résolutions qu'on ne garde pas? Elles servent à affermir insensiblement la volonté. A force de dire je veux, à force de le répéter même après bien des chutes, qui sont le plus souvent des chutes de pure fragilité, -le vouloir devient plus intense et finit par être très ferme. Xe prenez pas de résolutions, vous ne vous corrigerez jamais; prenez-en souvent, même après y avoir manqué, à la longue vous atteindrez le but de vos efforts et votre constance sera récompensée l.
136. Écoutons là-dessus les paroles si sages de saint Vincent de Paul, « Quelqu'un de la communauté rapportant un jour son oraison, et ayant dit qu'il avait douté s'il devait prendre des résolutions, à cause de son infidélité à les mettre en pratique, M. Vincent, prenant la parole et s'adressant à tous ceux qui étaient présents, leur dit : « Pour avoir été infidèle à exécuter ses résolutions, il ne faut pas îiésiter d'en prendre de nouvelles en toutes ses oraisons; de même qu'encore qu'il ne paraisse point de profit de la nourriture qu'on prend, on ne laisse pas pour cela de manger : car c'est une des plus importantes parties de l'oraison de faire de bonnes résolutions, et c'est à cela particulièrement qu'il faut s'arrêter, et non pas tant au raisonnement
et au discours. Le principal fruit de l'oraison consiste à se bien
U Si bien les premières résolutions ne les ont pas du tout affermis (les esprits encore faibles), les secondes et troisièmes les affermiront davantage et enfin à force de se résoudre souvent, on demeure tout à fait résolu.» — Saint François de Sales [Lettres, t. VI, p. 404, édition Briday).
l'o raison DISCURSIVE 117
résoudre, mais à se résoudre fortement, à bien fonder ses résolutions, s'en bien convaincre, se bien préparer à les exécuter et prévoir les obstacles pour les surmonter. Ce n'est pas néanmoins encore tout, car enfin nos résolutions ne sont d'ellesmêmes que des actions physiques et morales et, quoique nous fassions bien de les former en notre cœur et de nous y affermir, nous devons néanmoins reconnaître que ce qu'elles ont de bon, leur pratique et leurs effets dépendent absolument de Dieu. Et d'où pensez- vous que provient le plus souvent que nous manquons à nos résolutions? C'est que nous nous y fions trop; nous nous assurons sur nos bons désirs, nous nous appuyons sur nos propres forces, et cela est cause que nous n'en tirons aucun fruit. C'est pourquoi, après avoir pris quelques résolutions à l'oraison, il faut beaucoup prier Dieu et invoquer instamment sa grâce avec une grande défiance de nous-mêmes, afin qu'il Lui plaise de nous communiquer les grâces nécessaires pour faire fructifier ces résolutions; et quoiqu' après cela nous venions encore à y manquer, non seulement une ou deux fois, mais en plusieurs rencontres et pendan' un long temps, quand bien même nous n'en aurions pas mis une seule en exécution, il ne faut jamais laisser pour cela de les renouveler, et de recourir à la miséricorde de Di u et implorer les secours de sa grâce. Les fautes passées doivent bien nous humilier, mais non pas nous faire perdre courage : et en quelque faute que Von tombe, il ne faut pour cela rien diminuer de la confiance que Dieu veut que nous ayons en Lui, mais prendre toujours une nouvelle résolution de s'en relever et de se garder d'y retomber, moyennant le s?cours de sa grâce que nous Lui devons demander. Quoique les médecins ne voient aucun effet des remèdes qu'ils donnent à un malade, ils ne laissent pas pour cela de les continuer et réitérer, jusqu'à ce qu'ils y reconnaissent quelque espérance de vie. Si donc l'on continue ainsi d'appliquer des remèdes pour les maladies du corps, quoique longues et extrêmes, encore qu'on n'y voie aucun amendement, à plus forte raison doit-on faire de même pour les infirmités de nos âmes, dans lesquelles, quand il plaît à Dieu, la grâce opère de très grandes merveilles. » « Si celui qui forme de saintes résolutions, dit Ylmitation, ne laisse pas de retomber, que fera celui qui n'en forme jamais, ou qui n'en forme que faiblement? » (L. I, ch. xix).
118 l'oraisox discursive
Quand l'oraison chez les débutants aboutit à des résolutions fermes et sérieuses, c'est qu'elle a été bien faite; sinon, elle a été défectueuse, la résolution est la marque décisive d'une bonne oraison. (Cf. Libermann, Ecrits, p. 110.)
La conclusion de l'oraison sera très simple : remercier Dieu brièvement de nous avoir soufferts en sa sainte présence et de nous avoir accordé ses grâces, Lui demander sa bénédiction et « finir par le Pater et l'Ave qui sont les prier* s communes .nécessaires à tous les fidèles ». (Vie dévote.)
137. Telle est, selon nous, la méthode à proposer aux débutants. Il nous semble que cette marche méthodique est très justifiée : tout s'y lie, s'y enchaîne logiquement, et elle est, pour cette raison, facile à retenir.
Ainsi exposée l'oraison mentale ne peut paraître inabordable. A ceux qui s 3 plaignent de ne pouvoir méditer, faisons envisager successivement les divers points de o -t exercice, et montronsleur que chacun est à leur portée. « Qu'y a-t-il là de si difficile, leur dira-t-on? Se mettre en la présence de Dieu? Mais vous le faites souvent, vous devez le faire au moins toutes les fois que vous voulez prier, même vocal ement. Les considérations? Mais avec un livre, ce n'est qu'un jeu; et môme sans livre, rien de plus facile que de se représenter, par exemple, la mort, le jngement ou la passion de Notre-S -ig'v-ur; rien de plus facile que da tirer les conclusions qui se dégagent d'elles-mêmes deces grandes vérités, d'autant plus que rien n'oblige de d naei»ar longtemps dans ces réflexions. Est-ce le retour sur vous-même qui vous effraie? Mais vous faites souvent votre examen de conscience, et le retour sur soi-même est plus simple encore. Vous ne pouvez dire que c'est la demande qui vous paraît impraticable; j'aime à croire que souvent, au contraire, vous vous adressez ainsi àNotre-Seigneur, et que vous n'en êtes pas réduit, comme les enfants, à avoir toujours besoin, pour Lui parler, de formules apprises par cœur. Prendre des résolutions, prévoir comment il faudra les observer, se prémunir contre les obstacles,, ce n'est pas non plus chose bien malaisée. Convenez donc de bonne grâce que votre négligence vis-à-vis d'un exercice si salutaire ne vient pas de votre incapacité, mais d'un défaut. de courage. »
L'ORAISON niscrnsivE 1 1 (J
§ 3. — Moyens pratiques pour amener les âmes à la méditation
138. Suarez enseigne (De devotione, ch. iv, n° 9) que l'oraison ■convient à tous les fidèles, quel que soit leur état, et qu'on doit la proposer à tous comme un moyen nécessaire pour la perfection. C'était l'avis de saint Vincent de Paul, que les personnes de toute condition peuvent s'exercer à la méditation (Sa vie, par Ab.'lly, Liv. III, ch. vu). Même de jeunes âmes de treize à quatorze ans en sont capables. Qu'on ait soin seulement de bien leur en apprendre la méthode, qu'on leur remette un tableau explicatif des actes qui la compisnt1; qu'on fasse quelquefois devant eux, s'il est possible, cet exercice, en suivant méthode; el surtout qu'on les exhorte vivement, qu'on les encourage; qu'on leur fasse rendre compte, souvent, de leur fidélité à méditer, et l'on obtiendra de sérieux et consolants résultats.
Il faut, toutefois, savoir insister sans être importun, procédant plutôt par encouragement que par voie de reproche. Si, par exemple, interrogeant un pénitent sur sa fidélité à l'oraison, on n'obtient que des réponses peu satisfaisantes, on dira simplement : « Eh bien, ce sera cette fois-ci que vous serez plus fidèle; car, sachez-le, je ne me découragerai point, persuadé que je parviendrai à obtenir de vous, tôt au tard, une grande exactitude. »
L'objection la plus forte et la plus embarrassante est celle qui se tire du manque de loisir; mais celle-là même, nous dit saint Llguori, ne doit pas arrêter le confesseur; il n'en doit pas moins imposer à son pénitent de vaquer à la méditation, en choisissant pour cela les moments de la journée où celui-ci est le plus tranquille; et même le temps de ses travaux, s'il ne peut faire autrement (Praxis, 123). Beaucoup d'occupations, en effet, ne sont pas si absorbantes qu'on ne puisse, tout en s'y livrant, exercer les divers actes de la méditation. S'il en résulte quelques distractions inévitables, Dieu, ayant égard à la bonne volonté, suppléera par des grâces plus puissantes à ce qui manque du cô'é des circonstances extérieures.
1 Nous donnons en appendice un tableau méthodique à cet usage.
120 l'oraison discursive
139. Ceux qui entendent la messe et sont obligés ensuite de vaquer à leurs occupations peuvent très bien, en assistant au saint sacrifice, accomplir les actes essentiels de l'oraison.
Au commencement de la messe, ils feront donc l'exercice préparatoire : présence de Dieu, adoration, contrition et invocation.
Pendant la messe, ils considéreront Notre-Seigneur s'immolant pour nous, i's méditeront à cette occasion l'une ou l'autre des quatre fins du sacrifice : adoration, action de grâce, demande ou expiation; ou bien ils se rappelleront la Passion de Notre- Seigneur, dont la messe est le mémorial, et même, selon les circonstances, quelque autre objet.
Puis ils reconnaîtront devant Dieu leur misère : Domine non sum dignus. Je ne suis, mon Dieu, que faiblesse et indignité; dans ces sentiments d'humilité ils feront la sainte communion.
Après la communion, ils exposeront à Dieu leurs demandes, avec d'autant plus de confiance qu'ils seront tout près de Jésus et qu'ils toucheront du doigt, pour ainsi dire, sa miséricorde et sa bonté; est-il une circonstance où la bénignité de notre doux Sauveur apparaisse plus clairement qu'à l'autel?
Enfin, ils ne quitteront pas leur Dieu sans renouveler leurs résolutions, sans protester de leur entière bonne volonté et de leur vif désir de Lui plaire.
140. On pourrait encore, si l'on désespérait d'obtenir davantage, imposer une méthode d'examen de conscience qui suppléerait, jusqu'à un certain point, à la méditation. Telle est l'excellente méthode proposée par saint Ignace (Ex.spir.,\rt semaine), qui renferme tous les points essentiels de l'oraison. Cet exercice, en effet, doit, d'après le saint auteur, contenir cinq parties : 1° Souvenir des bienfaits de Dieu ; 2° Invocation pour demander à Dieu ses lumières, et dispositions de contril:on et de haine du péché; 3° Examen proprement dit; 4° Prière fervente et demande de pardon; 5° Résolutions et bon propos.
Rien ne s'oppose à ce qu'on commence par se mettre en présence de Dieu, faisant ainsi en premier lieu l'invocation que saint Ignace place au deuxième rang. Le souvenir des bienfaits de Dieu viendrait ensuite, ou même, à sa place, quelque autre considération également propre à préparer l'acte de contrition, par exemple, la représentation imaginative
l'oraiso.x discursive 121
du tribunal de Dieu, du Juge suprême, ou le souvenir du ciel, du purgatoire, etc. Quant à la demande ou prière mentale proprement dite, il faudrait exiger du dirigé .qu'il ne manque jamais, l'examen fait, d'y insister sérieusement et de supplier Dieu de bénir ses résolutions.
De la sorte, on aurait la méditation méthodique telle que nous l'avons exposée, et les directeurs pourraient la conseiJler, et même l'imposer sans en prononcer le nom. Il est des gens, en effet, que le seul mot de méditation effraie et qui ne peuvent croire cet exercice à leur portée; on les amènera donc, sans qu'ils le soupçonnent, à en produire tous les actes; a'nsi fait-on prendre aux petits enfants, en les dissimulant dans des mets agréabLs, des remèdes qu'ils refuseraient, s'ils étaient avertis.
141. D'autres se servent, dans le même but, de la lecture spirituelle. On recommandera alors de la faire précéder de l'exercice de la présence de Dieu, puis, de lire posément, interrompant de temps à autre sa lecture, afin de mieux se pénétrer des vérités qu'on y rencontre et de s'en faire à soi-même l'application. On conseillera enfin d'y joindre des demandes ferventes et de terminer en faisait à Dieu de sincères promesses. C'est toujours la même méthode, et sous le nom de lecture spirituelle, c'est vraiment l'oraison que l'on obtient de la sorte.
Le souvenir des mystères du Rosaire peut encore servir à la même fin. Il est exigé pour gagner les indulgences si nombreuses accordées à Ja confrérie, et si on peut l'obtenir des fidèles, c'est un acheminement à la méditation.
Sainte Thérèse {Chemin de la Perfection, ch. xxvi, édition Bouix xxvn) enseigne un mode de prière destiné à remplacer la méditation méthodique pour ceux qui sont incapables d'y plier leur esprit. Nous en parlerons quand nous traiterons de l'oraison affective (ch. m), dans laquelle on doit ranger le genre de prière décrit par la Sainte.
Le directeur doit exiger de ses pénitents qu'ils se mettent en présence de Dieu au commencement de leurs prières vocales; il les amènera plus facilement ensuite à l'oraison mentale. Ne ferait-il pas bien, pour le même motif, de recommander quelquefois cette pratique avant les lectures pieuses qu'il impose?
Enfin, le mode de prier enseigné par saint Ignace et qui consiste à ne réciter que par parcelles une prière vocale, comme
122 l'<H',AI.m>\ HISCl "RSIVK
le Pater, en savourant ei même en méditant chaque mot, chaque phrase, pourrait encore au besoin -suppléer à l'oraison, mentale ordinaire.
§ 4. — Sujets, lieu, posture, temps, durée de la méditation
Disons maintenant quelques mois des conditions dans lesquelles doit se faire la méditation, des sujets, lieux, temps, durée, qui conviennent à ce pieux exercice.
142. Sujets. — Et d'abord des sujets. « Il n'y a pas, dit Grenade (De l'oraison, lre partie, ch. i, § 9); de meilleurs sujets de méditation, ni de plus efficaces, que eux que l'on recueilplus notables articles et mystères de notre foi, tels que la Passion et la mort de notre Sauveur, le jugement, l'en! paradis, les bienfaits divins, et pareillement le souvenir de nos péchés, de notre vie, de notre mort. Chacun de ces sujets, bien pesé et considéré, a une grande force pour porter notre cœur à l'amour et à la crainte de Dieu, à l'norreur du péché et au mépris du monde. »
Ainsi procède saint Ignace dans son livre des Exercices spirituels. Ce livre, où les plus avancés peuvent trouver de salutaires leçons, s'adresse toutefo's plus particulièrement aux chrétiens sincère-s mais imparfaits, aux âmes de foi an:; de bons sentiments, mais faibles et inconstante s : et aucun ouvrage n'indique mieux, ni même aussi bien, par quelle voie on peut travailler à l'entière conversion de s de personnes.
Or c'est surtout par la considération approfondie des grandes vérités que le saint et illustre auteir cherche à gagner Jeur cœur, à les attacher irrévocablement et sans réserve au service de Dieu.
L'expérience confirme l'enseignement unanime des Maîtr* s et prouve qu'il faut, avant tout, approfondir ces grandes vérités, y revenir souvent au début de la vie spirituelle, s'en pén> sous peine de bâtir sur le sable et de n'élever qu'un édifice bien fragile.
Les autres mystères de la vie de Xotre-Seigneur, le6 enseignements de l'Évangile fournissent aussi matière à de saintes méditations; et cette matière est abondante et, pour ainsi
l.'nlï \isu\ DISCURSIVE 123
r, inépuisable. L-s dMfiSrentets vertus', les devoirs d'état sont encore d'excellents sujets de méditation.
M lis quelque sujet que l'on choisisse, que l'on n'oublie jamais
de considérer la bonté de Dieu et son amour pour. nous. Elles
sont partout, les preuves del'àmour de Dieu, et l'âme chrétienne
ne s.mrait apporter trop de soin à les découvrir, à s'en pénétrer.
as ne pourrons jamais bien connaître le Co?ur de
, ni comprendre toute la profondeur, la puissance et
due de son amour; mais plus sera juste l'idée que nous
nous en f irons, v Ta notre désir de l'aimer, plus nous
irons fermement résolus à Lui rendre amour pour
amour.
143. Li<>u y — L'oraison mentale peut se fa*»re partout 2. Mais il vaut mieux, pour éviter les distractions, la faire dans un heu
ire et retiré. « Lorsque vous voudrez prier, dit Notrear, entrez dans votre chambre, et, ayant fermé la porte, priez votre Père dans le s?cret 3. »
maison de Dieu est aussi désignée dans les sain! s Livres comme le heu de la prière : Domus mea domus orationis est (Luc, xix, 46); et nos églises, plus encore que le temple de l'ancienne toi, favoris 'iii le recueillement et la ferveur; car Jésus y réside H du tabernacle partent de divins effluves, qui réchauffent la foi et allument l'amour.
144. Posture. — Pour mieux prier on prendra une posture humble et recueillie : l'attitude extérieure aide aux bonnes dispositions de l'âme. On év'tera de trop recherefter ses aises, maïs aussi de trop contraindre le corps : si on s'abandonne à la mollesse, l'esprit sera plus porté aux divagations; l'attention s 'rait également distraite, si l'on s'appliquait à se faire souffrir;
ire quelques instants, par exemple se tenu" un moment sans appui pour dompter la nature, est un procédé excellent qui, en en cas de distractions, aide à se vaincre; mais ce procédé, trop prolongé, pourrait être une cause de préoccupations et par là même devenir nuisible.
1 Cf. Suarez, De devoliane, ch. vin.
i olo viros orare in omni loco. (I. Tim., 2.8.)
m oraveris, intra in cubiculum tuum, et clauso ostio, ora Palrem tuum in abscondito (Mat th. vi, G.)
124 l'oraison discursive
145. Temps. — L'oraison peut se faire à toute heure du jour, mais tous les docteurs conviennent que le matin est le temps le plus convenable : le corps est plus libre, les distractions sont moins à craindre, et l'oraison exerce une heureuse influence sur la journée tout entière. Les Livres saints désignent surtout le matin comme l'heure de la prière *.
146. — Durée. ■ — Combien de temps doit durer l'oraison? On prête assez communément à sainte Thérèse cette maxime : « Faites un quart d'heure d'oraison par jour et votre salut est assuré. » Nous n'avons trouvé nulle part, dans ses écrits, de parole semblable. Les docteurs et les Saints exigent tous une plus longue durée, et saint Pierre d'Alcantara en donne excellemment la raison : « Si le temps est trop court, on le passe à débarrasser l'imagination et à régler le cœur et lorsque l'on était prêt, et qu'il eût fallu commencer l'exercice, on le laisse. C'est donc avec raison que l'on conseille de prendre, pour faire l'oraison, le plus de temps possible; et il serait mieux d'y employer une seule fois un temps considérable, que deux fois peu de temps chacune. (De l'oroison, ch. xn, 6e avis.) »
Ceux qui écrivent plus spécialement pour les religieux, demandent une heure et demie ou deux heures 2. Ainsi Grenade (Part. I, ch. xi, 6e avis)., saint Pierre d'Alcantara (loco citato), sainte Thérèse (Sa vie, ch. vm). Saint François de Sales, qui a plus spécialement en vue les gens du monde et les personnes plus adonnées à la vie active, demande une heure (Vie dévote, 2e partie, ch. i). Cependant il commençait par ne demander qu'une demi-heure ou trois quarts d'heure, comme ses Lettres le prouvent. Saint Alphonse de Liguori veut que l'on augmente peu à peu, à mesure que la ferveur s'accroît; mais que l'on ne commence pas par exiger plus d'une demi-heure 3.
A ceux qui déclarent ne pouvoir donner qu'un quart d'heure à
^Domine, mane exaudies vocem meam. — Mane adstabo tibi. (Psaume 5.) — Auditam fac mihi mane misericordiam tuam. (Psav.me 142, f. 8.) — Et mane oratio mea prœveniet te. (Psaume 87, f. 14.) — Oportet przeeenire solem ad benedictionem tuam et ad ortum lucis te adorare. (Sap., xvi, 28.)
* Ils y mettent toutefois ce tempérament que, si l'oraison suit un autre exercice de dévotion, ou si elle se fait à un moment où l'on soit facilement recueilli, elle peut alors être plus courte.
3 Ab initio non plus quam médium horœ spalium assignet, quod deinde, crescente spiritu, plus minusve augebit. (Praxis, 123.)
l'oraison discursive 125
cet exercice ne vaudrait-il pas mieux conseiller de consacrer un quart d'heure exclusivement à l'oraison et de la continuer en travaillant, de façon à y passer quand même le temps convenable? Sans doute un simple quart d'heure de méditation vaudrait mieux que rien, mais les effets d'une si courte oraison seraient si minimes, l'âme y trouverait si peu de fruits et surtout si peu d'attraits, qu'elle ne s'y attacherait guère et ne demeurerait pas longtemps fidèle à ce saint exercice.
147. Continuité de Voraison mentale1. — Est-ce une faute d'interrompre son orason mentale? En soi, non, si l'interruption se fait pour un bon motif et d'une façon respectueuse envers Dieu. Mais comme ces interruptions, même involontaires, sont toujours funestes à l'âme, et que la cause doit très souvent en être attribuée au démon, on doit les éviter avec le plus grand soin.
D'ailleurs ces interruptions sont souvent légèrement coupables, car elles se font par négligence et légèreté d'esprit , elles sont par là même irrespectueuses envers Dieu et contraires à notre bien spirituel. Et cela est vrai également des interruptions dans les prières vocales.
148. Distractions. — Les chrétiens qu1' s'adonnent à l'oraison mentale sont souvent détournés d'y persévérer par les distractions qu'ils y éprouvent; ils s'imaginent que c'est un temps perdu et que la méditation est pour eux un exercice absolument inutile. Ils ont peine à accepter cette vérité que, quand la distraction est involontaire, elle n'enlève rien à la valeur de l'oraison. Dieu ne demande que la bonne volonté et non le succès et, à ses yeux, une oraison pleine de distractions involontaires a autant de prix que si elle était faite sans aucune distraction. Pour l'âme elle-même, ces distractions pénibles mais non coupables peuvent produire un effet des plus salutaires; elles obligent l'âme à soutenir un combat très méritoire, et elles l'amènent à agir d'une façon plus désintéressée, persévérant dans cette lutte contre elle-même, non pour les consolations qui lui sont refusées, mais par pur esprit de devoir et d'attachement à Dieu.