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CHAPITRE PREMIER Gomment l'âme parvient à la vie illuminative

§ 1. — Les consolations sensibles

151. Il faut à l'homme des années pour passer de la première enfance à la vigueur de la jeunesse ; de même le chrétien n'arrive pas du premier coup à cette résolution sincère et durable de s'adonner sérieusement au service de Dieu, disposition qui marque Ja jeunesse de la vie spirituelle.

Les anciens Pères, dit saint Dorothée, tenaient pour une maxime constante que ce que l'esprit n'embrasse point avec joie ne saurait être de longue durée. » Tant que la pratique de la piété est sans grand charme pour l'âme, celle-ci pourra bien, de temps en temps, en produire les actes ; elle fera même de louables et pénibles efforts, mais, selon l'axiome « ce qui est violent ne dure pas », elle manquera de constance, et aux moments de dévotion succéderont des périodes peu ferventes. Comment sera-t-elle donc amenée à marcher d'un pas soutenu dans les voies de la piété? par les douceurs sensibles qu'il lui sera donné d'y goûter.

Nous avons dit, en effet, (n° 76) que certains chrétiens, après avoir paru longtemps stationnaires dans les degrés inférieurs, semblent soudain fortement touchés de la grâce; ils prennent

goût aux choses de la piété, Us éprouvent un attrait plus grand au service de Dieu : les exercices de la prière, la fréquentation des sacrements deviennent pour eux pleins de charme, leur esprit paraît avoir reçu de nouvelles lumières et une intelligence plus vive des vérités chrétiennes, mais surtout leur cœur att* ndi i savoure bien mieux qu'auparavant les douceurs de la dévotion.

152. Chez les uns cette action miséricordieuse de Dieu s'exerce dès le début de la conversion, chez d'autres dès l'adolescence, quand la raison est suffisamment développée. Le plus souvent, cependant, c'est après avoir servi Dieu pendant un temps plus ou moins long, avec fidélité, mais sans grande ardeur, que rame éprouve cette poussée de grâce si salutaire et si utile à son avancement. Cette faveur de Dieu vient parfois sans que le fidèle ait rien fait de plus qu'à l'ordinaire; dans ce cas, c'est souvent à l'occasion de quelque événement extérieur que s'opère cet heureux changement : mission, carême, retrait". pèlerinage; d'autres fois, et plus souvent, croyons-nous, ce sera comme une récompense d'efforts un peu plus généreux que de coutume. C'est, d'après sainte Thérèse, la persévérance dans le bien et la victoire dans les combats qui ouvrent ces troisièmes demeures. L'âme a donc déjà fait preuve d'une certaine fidélité quand Dieu, pour aider sa faiblesse encore bien grande, lui communique ses grâces puissantes, pleines 'de suavités et de charnu s.

« Lorsqu'on commence à se donner à Dieu, dit le P. Grou, Il nous traite d'abord avec beaucoup de douceur pour nous gagner; Il répand dans l'âme une paix, une joie ineffables; Il nous fait trouver dit goût à la retraite, au recueillement, aux exercices de piété; Il nous facilite la pratique de la vertu; rien ne coûte, on se croit capable de tout. »(Manueldes âmes inti r. , p. 22.} Xotons-le bien, dit saint Jean de la Croix, dès que l'âme a pris la ferme résolution de servir Dieu, le Seigneur a coutume de la diriger dans lis voies spirituelles, en la traitant comme une tendre mère cpii nourrit son enfant. Elle le réchauffe sur son sein, lui donne un lait bien doux, une nourriture délicate; elle le porte dans ses bras, le comble de caresses et de gâteries. Mais, à mesure qu'il grandit, la mère le sèvre peu à peu de toutes ces jouissances; elle lui retire le sein dont elle le détourneen oignant ses mamelles d'une substance amère, elle cesse de le porter

l.ATK

r de lui-même; elle lui fait .re à des habitudes de Dieu, ère aimante, tient la même conduite à l'égai

gendrer d a en lui cornmuni-

une noui ur. Tout t.st douceur pour cette âme,

nul

• •nt que d< s attraits

vérité, amoureusement sur son

n enfant ; Ile. Aussi le bonheur de cette

n oraison; les

- la réjouissent ; sa consonts et de boire à longs traits

s communications divines. » (Nuit obsc, 1.

•nt dans rame un vif

- jouissances spirituelles vanités et m'ébahis

saint François de Saks, si Dieu, donnant le goût de s; pus ace', vous a, petit à petit,

ia fille, rien ne fait trouver le ;rir de miel. Quand nous savourerons • ra plus possible que les mondaines

:it. » (Lettre 885, édition Briday.)

-ont là, dit aill int Docteur, des grains sucrés que

petits enfants pour les amorcer; ce sont des

cordial' s qu'il kur présente pour les conforter; ce sont

■qu fois des arrhes des récompenses éternelles. »

(Vie dévote, 4e partie, ch. xm.)

— X al ure de ces jouissances spirituelles

question, il nous faut faire ici un p> u

•kjgie et i brièvement les principes philoso-

basée la distinction des facultés de

- êtres qui s'offrent à l'âme sont de deux sortes : les uns

utres purement spirituels. Les premiers sont

perçus ou ms extérieurs, la vue, l'ouïe, le goûter, etc.,

ou par l'imagination qui est aussi un sens « un peu plus intérieur que les autres, mais dans le fond aussi grossier, puisque après tout, ce qui y entre n'est toujours que corps ». (Bossuet, Instruction sur les états d'oraison, Livre V.) Ce qui est spirituel est perçu par l'intelligence ou la raison. C'est par l'intelligence que nous atteignons le monde des esprits, D'eu, les anges, l'âme humaine ; c'est par l'intelligence que nous découvrons les qualités morales de nos semblables; c'est par la raison que nous apercevons les avantages que nous procurera telle ou telle mesure.

154. Aux connaissances fournies par les sens et la raison correspondent des mouvements de l'âme qu'on appelle en langage philosophique passions, et sentiments dans là langue courante. Ainsi à la perception d'un objet bon, agréable, succède instinctivement un mouvement d'attraction vers cet objet; si l'objet est mauvais ou répugnant, c'est un mouvement de répulsion. Si l'objet aimé est possédé, c'est la joie; s'il est enlevé, c'est la tristesse.

La faculté qui produit ces divers sentiments est nommée appétit ou faculté appétitive. Ce mot indique proprement le mouvement d'amour ou d'inclination vers le bien perçu par les sens ou l'intellect, parce que ce mouvement est le premier de tous, et celui d'où procèdent tous les autres. « Les autres passions, dit Bossuet, se rapportent au seul amour qui les enferme et les excite toutes. La haine de quelque objet ne vient que de l'amour qu'on a pour un autre : je ne hais la maladie que parce que j'aime la santé ; je n'ai d'aversion pour quelqu'un que parce qu'il met un obstacle à posséder ce que j'aime. Le dés'r n'est qu'un amour qui s'étend au bien qu'il n'a pas, comme la joie est un amour qui s'attache au bien qu'il a. La fuite et la tristesse sont un amour qui s'éloigne du mal par lequel il est privé de son bien, et qui s'en afflige. L'audace est un amour qui . entreprend, pour posséder l'objet aimé, ce qu'il y a de plus difficile, et la crainte un amour qui, se voyant menacé de perdre ce qu'il recherche, est troublé de ce péril. L'espérance est un amour qui se flatte qu'il possédera l'objet aimé, et le désespoir est un amour désolé de ce qu'il s'en voit privé à jahiais, ce qui cause un abattement dont on ne peut se relever. La colère est un amour irrité de ce qu'on lui veut ôter son bien, et s'efîorçant

' ITIONS SENSIBLES 133

.1" le défendre. Enfin, ôtez l'amour, il n'y a plus de passion, et / l'amour, vous les faites naître toutes. » (Connaissance de Dieu et de soi-même, 1,6.)

- passions seront sensibles si l'objet en est sensible : te'le s sont les émotions produites par la vue ou par la représentation fmaginative de tout ce qui excite la sensualité. Les émotions sensibles supposent l'union de l'âme et du corps; c'est l'un et l'autre, ou mieux c'est le composé bumain qui est alors remué; elles nous sont communes avec les animaux.

La faculté qui est le siège de ces émotions sensibles est appelée par les philosophes appétit sensitif.

155. Les objets spirituels perçus par l'intelligence, ou à 1 l'aide du raisonnement, produisent dans l'âme des mouvements

analogues, soit spontanés (motus primo-primi), soit délibéré-: tels sont les mouvements d'amour, de désir, de crainte, de satisfaction, de regret.

Ainsi, que l'on propose à un mathématicien quelque problème ardu, il en dés're la solution ; ce désir spontané une fois accepté, consenti par lui, devient la déteiminalion de trouver cette solution; la solution rencontrée, un sentiment de satisfaction naît dans l'âme. La faculté qui poursuit ou repousse ces biens ou ces maux intellectuellement connus, qui s'en réjouit ou s'en attriste, est appelée par les philosophes l'appétit intellectut-1 ou la volonté. Elle est dans l'âme à l'exclusion du corps, et se rencontre non seulement chez l'homme, mais chez les êtres purement spirituels comme chez les bons anges et les démons.

L s mouvements de cette faculté, amour, désirs, volitions,

regrets, etc., étant tout spirituels, on ne les sent pas. Cependant,

à leur occasion, le corps ressent souvent des émotions que l'on

confond à tort avec les sentiments purement spirituels. Il ne

pas hors de propos d'insister sur ce point.

156. Par eux-mêmes, les deux appétits sont absolument distincts : on ne trouve chez les animaux que l'appétit sensitif, chez les anges que l'appétit intellectuel; mais chez l'homme ils sont si étroitement liés que les actes de l'un et de l'autre sont parfois difficiles à discerner.

La principale cause de cette liaison intime, c'est que le plus souvent le même être agit à la fois sur les sens et sur l'intellect; l'époux peut aimer l'épouse et à cause des grâces extérieures qui

134 LES i'il \<ES DE LA PIÉTÉ

e eh irm ml , et en raison d>s qualités morales qu'il remarque.en :11e : bonté, dévouem snt, finesse, prudence. L'affection de cet •poux s ta à la fois smsible et spirituelle; la présence de son ;pous? lui causera à la fois une joie smsible et une satisfaction si elle est absente, son imagination lui peignant, Joigne de lui, l'objet de sa tendresse, il éprouvera une émotion

: et en même temps la pensée des s?i lont il s^ra privé lui causera du regret. Évidemment, dans c es deux appétits sont émus simultanément. Ii en est de même les é;: quas où l'intelligence saisit l'idéal sous des

orm s sensibles : ainsi devant un beau spectacle, une douce oélodie, un tableau de grand maître, l'homme ment

•emué et d ms son ê're intellectuel et dans son être sensi

II y a plus, même quand l'objet est purement spirituel, les «notions qu'il excite, et qui devraient être aussi purement piriti jnent souvent l'appétit s'msitif ; celui-ci éprouve

•lors des m mvem snts s snsibles répondant à ceux de la volonté. Vins; quand l'a i nouvelle de quelque événe-

heureux, du sucés d° quelque entrepris:1, le cœur se tila' ■■; quand l'âme s'afTlig?, subit quelqu icore

sonçoit du regret pour une faute passé0, le cœur se resserre. Cependant, cette connexion n'est pas essentielle; l'appétit ntellectuel peut être ému, sans qu'il y ait répercussion dans 'appétit sensitif; la contrition s^ra parfois très intens° dans une im • livrée à l'aridité et qui gémira de se trouver insensible.

157. Ceci posé, nous disons : ce sont les douceurs smsibles pje Dieu emploie pour toucher les âmes novices et assurer mr pas dans la voie de la piété. C°s suavités, que l'on appelle îouvent consolations spirituelles1, Memor fui judiciorum uorum, Domine, et consolatus sum-, et que les théologiens;

se les appelle <t les contentements, los contentas ». j Chat. int. 4e Dent., chip. I.)

*C- me-t consolation es», depuis 1 usité dans le langag,

que. L'Écriture, les Pè-es. V Imitation l'ont emp saint

'smac? semble en avoir pr* as. a J'appelle consolation, dit-il, i

m m Hivernent intérieur qui est excité dans l'âme, par lequel elle com-j nence à s'enflammer dans l'amour de son Créateur. . . La consolation] ait encore répandre des larmes qui portent à l'amour de son Seigneur]

ONSOLATIONS SENSIBLES 13.'

appellent encore Ja dévotion accidentelle !, supposent bien, i est vrai, comme les émotions esthétiques, dont nous parlion: tout à rii'-ui-f, l'action des facultés spirituelles; mais la part qu'; prennent les facultés sensibles est si grande, l'âme est si vive ment impressionnée par les joies qui envahissent l'appéti sensitif, que dans le langage ordinaire Ton passe sous silence 1 rôle joué par l'intelligence et la volonté, et l'on appelle ces phe nomènes lis opérations sensibles de la grâce. Telles sont h émotions produites, soit par des représentations imaginatives d chos» s saintes, comme la naissance, la passion de Nôtre-Seigneur le ciel, le jugement; soit par d- s objets ou faits extérieur? comme cérémonies, manifestations éclatantes du culte, chants i i u .- l -. !;ib)eaux.

« Dieu dans sa miséricorde infinie, dit le V. Libermam prend cette âme selon la faiblesse de sa nature et par le côl où elle est attirée à Lui. Elle est toute répandue dars les secs e habituée à n cevoir ses impressions parles sens, à juger, à a!mi et à agir par les sens, elle ne vit que par les sers. La voyant dai cet état et voulant l'attirer à une vie de sainteté, la grâce divii opère nécessairement sur ses sens intérieurs, lui fait percevo Dieu (et les choses divines), par le secours de l'imaginatior impressionnne les sens (l'appétit sensitif) et donne à l'âme ur impulsion sensible vers Dieu 2. Autant la jouissance est grand' autant le mouvement passionné qui tend vers cette jouissant est violent [Ecrits spirituels, p. 408). . . Dieu dispose les îacultt sensibles à se prête' à ses vues de miséricorde par la douceur les jouissances et les contentements. Ces facultés affamées c pleines des ordures des créatures commencent à voir que c'es en Dii u cpje réside leur véritable bien. Elles commencent . rompre' avec les créatures et prennent l'habitude d'aller à Dieu

l'âme touchée du regret de ses péchés ou de la Passion de Je us-Chri; ou de toute autre considération qui se rapporte à son seivice ou à slouange. Enfin, j'appelle consolation toute augmentation d'espéranc de foi et de charité, et toute joie intérieure qui appelle et attire l'âm aux choses célestes et au soin de son salut, la tranquillisant et 1 pacifiant dans son Créateur et Seigneur. » {Exercices spirituels. Discei nement des esprits, 3e règle.)

1 Cf. Suarez De devotione, vi. 18, 19.

* Cf. Saint Jean de la Cioix. .'doutée du Carmel, I, II, ch. xvn.

Cela les purifie des désirs grossiers de se satisfaire dans les créatures; elles sont contentes, elles jouissent de Dieu, elles aiment à ne jouir que de Lui. » (Ibid., p. 226).

158. €e sont donc les facultés sensibles de l'homme qui sont alors l'objet de ce travail de la grâce. Ce sont elles, du reste, qui dominent chez les imparfaits; c'est parla partie sensible, la moins noble de leur être, qu'ils se laissent habituellement conduire. Cela est si vrai que les défauts même spirituels, comme l'orgueil, revêtent d'ordinaire en eux des formes sensibles, l'imagination ' et l'appétit sensitif ayant une aussi grande part en ces défauts que les facultés intellectuelles. Aussi serait-il comme impossible, ou du moins peu conforme à la marche ordinaire des choses, de captiver sous le joug de la grâce ces imparfaites natures par des considérations de pure raison et par des attraits communiqués à la volonté indépendamment de ''appétit sensitif; la réaction serait trop forte de la part des facultés sensibles, si elles n'étaient elles-mêmes subjuguées lout d'abord par les jouissances que Dieu leur accorde.

159. Ces consolations spirituelles ne sont pas inconnues même dans les degrés inférieurs de la vie purgative. Il est certaines circonstances dans lesquelles, les sens étant vivement •frappés, peu d'âmes chrétiennes demeurent froides et impassibles, par exemple au jour d'une première communion et dans ces solennités touchantes du culte catholique, processions du Très Saint Sacrement, cérémonies extraordinaires de missions, d3fêtes, dans ces grands pèlerinages où la foi se manifeste si admirablement; dans tous ces cas l'émotion peut être vive et les consolations abondantes. Les âmes en état de péché elles-mêmes sont parfois fortement remuées par ces spectacles et en reçoivent une impression fort salutaire. En dehors de ces occasions, les

1 Par le mot imagination on désigne souvent cette activité de l'esprit qui tire des plans, fait des combinaisons, calcule ou rêve, en un mot escompte l'avenir ou le prépare. Il y a là, sans doute, le produit de plusieurs facultés, mais l'imagination — nous prenons ce mot dans le sens philosophique — y joue un grand iôle. Combien d'images, de tableaux fait-elle passer sous les yeux de l'âme ! Si on semble attribuer à elle seule tous ces projets ou ces rêveries, c'est qu'elle y a souvent la part prépondérante; elle séduit et entraîne la raison, dont elle cause presque tous les égarements.

débutants sont peu favorisés de ces douceurs intimes. Ls goûtent bien une certaine paix, ils éprouvent une certaine satisfaction du devoir accompli, qui soutient leur fidélité et contribue à les maintenir dans leur état ; mais ce ne sont point là les jou s suaves dont nous voulons parler, et que les âmes plus avancées éprouvent en s'acquittant des devoirs ordinaires de la pié'ié chrétienne.

160. C'est un moment important de la vie spirituelle que celui où s'exerce cette action de la grâce; ce serait un réel malheur si le directeur ne s'en apercevait pas, car il ne ferait rien pour la favoriser, et l'effet en serait moins puissant. Il est rare pourtant que Jes dirigés fassent d'eux-mêmes connaître qu'ils éprouvent es sentiments vifs et suaves. Mais à certains signes un directeur attentif et vigilant pourra les reconnaître ou du moins être amené à les soupçonner, et il lui sera facile alors, grâce à quelques interrogations, de changer ses soupçons en certitude. 11 s'apercevra qu'une âme est devenue soudain plus fidèle à fréqu inter les sacrements, plus avide de la sainte Eucharistie. capable de surmonter les obstacles qui la retenaient jusque-là élo'gnée de la communion. Il constatera plus d'assiduité à la prière et aux exercices de dévotion, moins de respect humain, une conscience plus clairvoyante et plus délicate, et en même temps des désirs de progrès se manifestant par des efforts appréciables et par des demandes de conseils, etc. Un autre grâces sensibles, c'est le goût que trouve une âme à lire des ouvrages de piété et à entendre les sermons; tout ce qui lui parle de Dieu l'émeut et la charme. Enfin, si elle est tombée autrefois dans de grands écarts, le père spirituel verra naître en elle un vif regret de ses anciennes fautes et un désir sérieux de les réparer. Les âmes moins avancées et qui ne sont pas favorisées de ces grâces sensibles ont bien une disposition sincère de ne pas retomber dans leurs égarements, ma;s elles n'éprouvent pas ces vifs sentiments de pénitence; le souvenir de leurs péchés ne les poursuit guère et ne leur cause pas une douleur bien profonde. A ces diverses marques le directeur reconnaîtra le travail intérieur de l'Esprit de Dieu; souvent auss; à ces mêmes signes il pourra juger si l'action divine est plus ou moins intense.

En effet, ces douceurs, ces émotions suaves, qui saisissent le

•œur et le gagnent au service de Dieu varient, selon les sujets, le force et d'intensité. Maître de ses dons, Dieu peut les accorlei plus ou moins abondamment suivant son bon plaisir. D'un mtre côté, l'action de la grâce peut être favorisée par une idélité plus exacte, un recueillement plus profond, un plus ,'rand esprit d'oraison et d'union à Dieu; l'impression en sera riva et durable et pourra s? prolonger pendant toute une jourié( -. Au contraire, par une d-mi-dissipation, par une légèreté nsuffisamment réprimée ou une certaine inconstance dans Je ùen, l'âme peut empêcher en partie les opérations de la grâce; dors les effets seront moins sensibles et les progrès plus lents.

§ 3. — Durée de cet état de jouissances

161 . Cet état si précieux, où les facultés sensibles sont purifiées ;t détournées de leurs tendances vicieuses par les jouissances spirituelles est' loin d'être identique chez tous. Nous venons de voir que ce sùra chez les uns comme un courant puissant; il ;era fable chez les autres; ajoutons que, parfois, cet état si loux se prolonge beaucoup et que, parfois, au contraire, il est l'ass?z courte duré0.

L s jeunes clercs et les novices vraiment bons et réguliers lemeurent ordinairement sous cette influence pendant la iremière partie de leur séminaire ou de leur noviciat 1, quelquesins plus longtemps. Non pas, assurément, qu'ils soient pendant ette période exempts de tout combat; il y a toujours en cette de un° certaine alternative de joies et de peines, de luttes et le repos; mais, en général, les épreuves sont légères, la pratique les v -rtus est puissamment aidée en eux par les. consolations

1 « L?s personnes retirées du jnonde sont soumises à l'épreuve dont ous parlons — les aridités de la nuit obscure — plus vite que les autres, .it saint Jean de la Croix, et habituellement dès leurs débuts dans la vie itéri lire... Il ne se passe ordinairement guère de temps pour elles in^ qu'on les voie entrer dans c?tte nuit et tomber dans la sécheresse. » Nuit obsc, L. I, ch. vm). Mais il faut ajouter que la plupart de ces Lemières, avant de quitter le monde, ont déjà éprouvé de grandes consultions spirituelles; presque toujours elles ont trouvé dans cette abon- ^anc '■ -lisibles la force de surmonter les obstacles que le

nonde et le démon opposaient à leur vocation.

l ETIONS SENS! ! 13'.

qu'ils y trouvent ; el si la répr< ssion de leurs défauts li un coûte ejle I< m coûte, p< u. tant ils sont portés par la gi âce.

Sa t. s suaviter equitat, quem gratia Dei />• riat1

162. Pendant cette période de la jeunesse spirituelle, le; consolations sont, assez habituellement, la récompense de li fidéli u contraire, la diminution de ci s je uissanec:

sensil)!' s esl souvent le résultat de l'inconstance < t une !• ço: que Di< u donne pour amener à veiller davantage sur soi-mêm et à incer plus généreusement2. Cependant, cett

épreuve, comme celles qui viendront plus tard, peut avoi déjà pour but de consolider les débutants dans la piété par le: efforts plus grands qui sont alors 1 1< 3. Dans ce caé

Fépreuve n'est pas continue, et des inti rvalles de repes et d douceurs surviennent bientôt fort à "propos pour soutenir leu faibl échauffer leur ard< ; r.

Quand l'âme est vraiment fidèle, recueillie, quand elle s'àj plique couragi us ment à l'humilité et à la mortification, comm aussi quand elle accepte amoureusement li s peines que la divin Provie'c ncè lui ménage, alors elle obtient de Dieu des consoh tions abondante s et prolongées et entre bientôt dans la ferv< ui Nui. s montri rons plus tard, en traitant du quatrième degré d la vi lie, la voie qu'elle suit en pareil cas. Nous avons .

parler, pour le moment, de celles qui ne s'élèvent pas aus;haut dans la vertu et qui demeurent dans ce que nous j pell rions la simple piété.

Les chrétiens du troisième degré sont donc ou ceux qui son encore dans l'effervescence d'une dévotion naissante, ou ceu: qui même se trouvant depuis longtemps dans l'état de piél n'ont pas répondu assez généreusement aux appels de la gi âç pour mériter de s'élever plus haut dans l'échelle de la sainteté

1 II avança aisément et avec joie celui que la grâce soulève (///m n. 9).

4 Cf. Saint Ignace. Exercices. — Discernement des esprits, lr" se main i 9e règle.

§ 1. — ■ Fruits produits dans Vâme par les consolations sensibles

163. Avant de continuer à décrire le travail de la grâce et son mode d'opération, montrons ce que produit sur le cœur chrétien cet état de jouissances et de suavités sensibles, et citons tout d'abord à ce propos les paroles de sainte Thérèse. « Les âmes qui ont surmonté les premières difficultés et sont entrées dans la troisième demeure ont reçu de Dieu non une petite faveur, mais une grâce insigne. Par la bonté divine elles sont, je crois, nombreuses dans le monde. Elles ont un vif désir de ne pas offenser Dieu, elles se tiennent en garde contre les péchés véniels, elles aiment à faire pénitence, elles ont leurs heures de recueillement, elles emploient bien leur temps, elles s'exercent dans les œuvres de charité envers le prochain, elles sont réglées dans leur conversations et dans leur mise; si elles ont une maison à gouverner, elles s'acquittent bien de ce devoir. Leur état est assurément digne d'envie; il semble que rien ne peut les empêcher d'arriver à la dernière demeure et que, si elles le veulent, le Seigneur ne leur en refusera pas l'entrée, car Jes dispositions dont elles font preuve, l'inclinent à leur accorder toutes sortes de grâces. » (3e Demeure, ch. i.)

Telle est bien la peinture des âmes pieuses. Grâce à Dieu, files sont de nos jours, comme du temps de sainte Thérèse, en ^rand nombre dans le monde. Sans doute, et nous le montrerons bientôt, elles sont loin d'être sans défaut, mais elles sont cependant la vie de l'Église, le soutien des bonnes œuvres, l'instrument dont Dieu se sert souvent pour ramener les pécheurs et affermir les faibles. Fort attachés à la cause de Dieu, ces chrétiens pieux ressentent un grand éloigement pour les ennemis de l'Église. Leur foi est bien plus ferme et bien plus éclairée que dans les degrés inférieurs. Si par malheur ils font des chutes, ils sentent vivement la gravité de leurs fautes et en éprouvent de cuisants remords. I's comprennent l'amour de Dieu pour eux, et ce n'est pas seulement par une affection de raison, c'est avec des sentiments de tendresse filiale que leur cœur se porte vers Lui.

16'i. Quel est celui qui n'a pas rencontré nombre d'âmes chré- 1 iennes dans ces excellentes dispositions ? Eh bien ! nous le répétons, des dispositionssi peu naturelles supposent une action toute particulièrede lagrâce, non seulement sur l'espYit.maissurlecœur.

Combien ils se trompent, ceux qui s'imaginent que, pour former des chrétiens solides, il suffit de leur donner une instruction religieuse bien complète. La science de la doctrine chrétienne ne suffît pas à gagner la volonté, elle ne peut lui assurer cette fermeté qui rend les chutes peu probables. L'instruction religieuse est requise, — c'est la base nécessaire de l'édifice chrétien, — mais, de plus, il faut qu'une pratique courageuse de la vertu ait affaibli les inclinations vicieuses, et que la grâce, trouvant moins d'obstacles, ait pu s'étendre davantage, qu'elle ait attendri le cœur, qu'elle l'ait pénétré profondément. Gustate et videte quoniam suavis est Dominus. Quand le cœur a ainsi « goûté et reconnu combien le S?igneur est doux », quand, ravi par ses douceurs, il s'est donné complètement à Lui, non par un don d'un jour, qui ne laisserait que peu de traces, mais par une pratique assez longue et fidèle, la foi devient plus profonde, et alors il est plus difficile aux ennemis de l'âme de la séduire et de la détourner de ses devoirs.

Pour être bien comprises, il faut que les vérités religieuses aient été pratiquées et aimées; la foi, étant un effet de la grâce, vient autant du cœur que de l'esprit, la volonté y a autant de part que la raison. Ainsi les âmes foncièrement pieuses que nous rencontrons dans le monde ne doivent pas cette constance presque inébranlable, cet attachement à Dieu, que nous admirons en elles, à une connaissance plus approfondie, mais qui serait purement spéculative, de la religion; il ne faut pas non plus chercher à l'expliquer par des habitudes de famille. Toutes elles ont subi un travail spécial de la grâce, une formation intime qui a été plus ou moins lente et aussi plus ou moins complète, mais toujours énergique et suave. Toutes elles ont su prier, s'adonner à de sérieuses réflexions, toutes elles ont eu plus ou moins à lutter et à pratiquer l'abnégation, ne serait-ce que dans le combat contre leurs défauts, et telle a été leur part dans ce travail de formation. Mais toutes aussi ont éprouvé la double action de Dieu sur les âmes fidèles, à savoir : les consolations spirituelles et des épreuves qui ont épuré leur amour.

165. Voilà pourquoi ce serait faire fausse roule que dé prétendre tout obtenir par l'instruction. L'éducation chrétienne. la formation à la vertu doit, même chez les enfants, être méfiée (1. pair avec les leçons du cal et, pour les jeunes gens

vet les jeunes personnes, il faut tendre à obtenir d'eux une vraie piété, si ''on veut assurer leur persévérance. S'il se rencontrait des prêtres qui méconnaîtraient, ou qui, du moins, ne comprendraient qu'imparfaitement ces grands principes, nous pourrions les convaincre par leur propre expérience. Où ont-Us puisé leur amour de l'Église, leur zèle pour la gloire de Dieu, leur esprit de fidélité au devoir? Ne doiv nt-ils pas, pour expliquer ces sentiments devenus en en une seconde nature, s •

reporter au temps de leur séminaire ou de leur noviciat, à cette époque bénie où leur générosité naissante était si fortement encouragé' par les charni s ' h ! iuc urs qu'ils trouv dans une vie toute de recueil'

se faisait-elle pas plus vive d îprit, à mesure que leur-

cœur était plus ému: la véril ivélait-elk pas à eux de

plus en plus, parce qu'ils l'aimaient de jour en jour davantage, et n'est-ce pas parmi ces nobl - de dévotion et d»- géné-

rosité que leur foi a poussé des raoin s si virai

|-2. — - Défauts et imperfections des âmrs pieuses

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