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D'où vient cette diminution des grâces sensibles

Parlant plus haut (n° 162) de la soustraction momentanée des consolations spirituelles, nous avons dit qu'elle avait souv ut pour cause l'infidélité des âmes chrétiennes. Leur lâcheté, leur négligence à répondre aux appels de la grâce fait que Dieu ne se montre plus aussi prodigue de ses faveurs; leurs péchés, leurs attaches coupables aux choses mondaines, qu> leur causent mille tracas et préoccupations, qui donnent lieu à toutes sortes de désirs et absorbent toute l'activité de leur cœur, les empêchent de goûter les choses divines.

Nombre de personnes pieuses, quand elles tombent dans ces sécheresses, ne savent pas en reconnaître les causes véritables : elles ne s'avouent pas qu'elles répondent mal aux inspirations de la grâce, qui Jes pousse à une vie de recueillement et d'abnégation. Elles contristent l'Esprit-Saint par leurs infidélités et elles s'étonnent qu'il devienne moins pressant et qu'il leur accorde moins de consolations. Le défaut de charité envers le prochain est aussi pour elles une cause fréquente de sécheresses. Si elles s'appliquaient à voir dans leurs frères les qualités surnaturelles, leur foi, leur éloignement du mal, leur attachement au bien, tout ce qui en eux ravit le cœur de Dieu, tout ce qui, étant le principe de leur mérite, demeurera éternellement, et fera pendant les siècles des siècles leur sublime beauté, Dieu .serait content; Il déverserait en elles quelques parcelles de sa joie divine. Elles s'arrêtent au contraire à considérer les défectuosités humaines, qui pourtant passeront un jour sans laisser de traces; elles regardent le prochain, non avec les yeux de la foi, mais d'un regard tout humain; alors les moindres travers les choquent, les aigrissent, les impatientent et étouffent ainsi les doux sentiments de la piété que la grâce tendait à faire naître en leurs cœurs.

Par ailleurs, assueta vilescunt ; les facultés sensibles, — et en cela elles sont bien inférieures aux facultés spirituelles — en arri-

vent assez promptement à n'être plus trachées par les objets qui autrefois les impressionnaient vivement. C'est un fait reconnu que la sensibilité s'émousse. Il est donc naturel que l'influence des grâces sensiblts ne se maintienne pas toujours dans le même degré d'intensité.

Enfin et indépendamment de ces causes, la Providence peut

agir directement dans le même sens. Il ne' serait pas bon, en

effet, pour l'âme chrétienne de demeurer indéfiniment dans cet

état de sensibilité émue, car elle n'y pourrait atteindre la vraie

17 4. Dieu, pour la purifi :r, lui enlève donc, au moins par inter- - et pour un temps, les consolations sensibles. Les émotions snav s qu'elle éprouvait jadis au souv ;nir des vérités religieuses ou dans l'exercice des œuvres de piété cessent alors de se faire sentir; les considérations les plus frappanl t le cœur

froid et comme imj rit ne s'arrête que

difficilement à es considérations; l'imagination a p représenter les mystères qui autrefois l'impressionnai

. du moins elle ne p -ut s*y fixer; aux consolations ont succédé les aridités et un dégoùi inexprimable et universel.

A la peuvent s'ajou - de cœur

nsibles, des tentations v rolongées.

Or, nous laissons de côté les âmes trop lâches chez lèsqui la sécheresse n'a été que la suite de l'infidélité, et qui doivent, pour reconquérir des grâces plus nies, corriger leurs

manquements et se montrer généreuses. Nous passons égale; sous silence, pour le moimnt, les âmes fortes qui sortent de « épreuve plus aimantes et plus saintes; et nous voulons \

lies qui, sans être aussi coupables que les premières, ne sont pas aussi courageus s que les secondes; leur aridité sembie voulue de Dieu pourleuravancememt,maisleurpeudecourageet de constance empêche l'action purifie Urice de produire son effet.

§2. — Défauts de ceux qui supportent mal répreuve

des sécJieresses

175. C'est à ce moment, d'après le P. Libermann {Ecrits, p. 227) « que le grand et très grand nombre d'âmes quittent la craie voie de leur oraison par les inquiétudes, Iqs découragements , / s fausses persuasions, i entêtement, la raideur et les autres défauts

PIÉTÉ uuiu: 151

lies se laissent aller, par leurs impatiences, leur amourpropre et le désir de surmonter ces difficultés. Il faut absolument qu'elles renoua ni à toutes leurs idées propres et qu'elles se Soumettent à l'épreuve avec une grande humiliation intérieure devant Dieu. Elles ont grand besoin d'un bon directeur en ce moment, et encore plus eT une obéissance parfaite . . . »

« L qui n ayant pas répondu assez généreusement aux

n'ont été que peu de temps dans l'état de jouissances oies ou n'en ont pas été abondamment favorisées « ordinairement soutiennent mal cette purgation douloureuse des sens l ,-généralèment parlant, dits tombent dans les défauts marqués plus haut <t i'miss nt par un de ces trois états : 1° Ou elles tombent ■dans un état de scrupules, d'incertitudes, d'embarras de consdonl elles ont bien de la peine à se tirer, et dont elles ne se ' quelquefois jamais, ou ne se tirent que pour tomber tout dans le relâchement et la dissipation; 2° ou bien elles se iquent, quittent ou négligent l'oraison, et se mettent à ch relier leur plaisir et leur contentement dans les créatur. s OU -dans les satisfactions de l'amour-propre; 3° ou elles sont dans •un état de travail pour aller à Dieu, dans un état d'oraison petit '•I faible; elles restent partagées entre Dieu et les créatures, et rvi mnent jamais à une véritable sainteté. « Un grand nombre d'entre elles servent cependant Dieu et lillent véritablement à sa gloire. Elles se perfectionnent et acquièrent beaucoup de mérites, mais il leur toujours beaucoup de défauts et d'attaches à elles-mêmes, i leurs propres sens et aux créatures. Ces âmes se font toutes S d'habitudes imparfaites et de besoins des choses créées.

1 Est-ce là le phénomène que saint Jean de la Croix appelle la nuit

ns, et dont nous aurons à parier plus araplem nt ? Il est vrai que

l'on ne trouve pas dans les à m -s dont il est ici question cette recherche

de Dieu, cette soif de Dieu qui est l'élément caractéristique de la nuit

H-, et une mirque que cette soustraction des grâces sensibles est

un ''preuve ménagée par la Providence, et non une suite du relâchem nt.

idant, il se peut que, dans les deux cas. le principe soit le même;

mais chez les imparfaits, ou bien le souvenir de Dieu a promptement

disparu, dé- qu'ils ont cédé au dépit et au découragement, ou bien leur

■défaut de soumission et de générosité a empêché le Seigneur d'achever

son œuvre et de leur faire sentir cette attraction puissante qu'il exerce

sur l"s coeurs plus dé'.achés et plus aimants.

Elles n'ont jamais une générosité complète, elles ne volent pasdans le» voies de Dieu, mais elles y marchent; elles ne font pas leurs actions d'une manière parfaite et pure; elles en font cependant beaucoup pour l'amour de Dieu, mais par un amour souvent mélangé et qui, malgré cela, ne laisse pas d'être bon et vrai.

« Ces âmes font beaucoup d'actions et se livrent quelquefois, des temps considérables, à des occupations purement naturelles,, qui n'ont d'autre utilité ni fin que celle de leur faire plaisir. Les actions qui sont nécessaù-es, comme le boire, le manger, la récréation, elles les font par motifs et principes humains, au moins très souvent. Ces personnes se délectent et prennent jouissance dans le plaisir qui se rencontre à faire ce genre d'actions, même lorsqu'elles dirigent leur intention d'une manière surnaturelle. Elles sont quelquefois très bonnes et agréables à Dieu, et très occupées à procurer sa gloire, malgré ces imperfections, dans les actions surnaturelles, par exemple (s'il s'agit d'âmes sacerdotales) dans la célébration de la sainte messe, la confession, la prédication, etc., où elles mêlent toujours une foule de défauts et d'imperfections.

« Il y en a cependant qui mettent un soin très grand à se préparer à ces saintes occupations et à tâcher de s'en acquitter Je mieux possible; mais, malgré cela, elles y mêlent toutes ces imperfections et défauts. D'autres fois, après des préparations très considérables et très soigneuses, elles tombent dans degrandes fautes dans l'exercice de ces saintes fonctions, quelquefois avant, quelquefois après.

176. « Tous ces défauts viennent de ce que les puissances supérieures ne vont à Dieu que par les sens, qu'elles sont, pour ainsi dire, dépendantes des facultés sensibles, et que ces dernières ne peuvent jamais obtenir une grande perfection par elles-mêmes; leur unique perfection consiste à se tenir en repos, en docilité, soumission et dépendance des puissances supérieures et à n'agir que par leur impulsion. La perfection d'un inférieur est d'obéir et non de commander. Cette conduite de l'âme abandonnée aux puissances inférieures est une conduite aveugle : elle ne saurait acquérir la parlaite prudence. Elle rencontre quelquefois juste, quelquefois non.

« Il résulte de là que l'âme » st dans l'ignorance de ce que Dieu

demande d'elle; elle ignore encore ses dispositions propr s et s ■ laisse entraîner dans une foule de pièges et d'illusions. Sa conduite est aussi une conduite passionnée : elle juge et agit souvent par impulsion et prévention. »

Le Vénérable auteur explique donc cet état imparfait par la prédominance des facultés sensibles, qui sont toujours avides de jouissances et empressées à se satisfaire; les facultés supérieures, intelligence et volonté, n'ayant pu se dégager suffisamment pour agir par elles-mêmes, comme chez les âmes contemplatives, demeurent faibles et impuissantes, et il est comme impossible à l'âme de pratiquer la véritable abnégation chrétienne.

177. « Les facultés supérieures, dit le P. Libermann, ne vont â [»ieu que par les sens l. » Ainsi, pour qu'elles s'unissent à Dieu dans une prière fervente, ou encore pour que la volonté conçoive de fortes résolutions, il faut que les sens soient favorablement disposés, comme cela arrive, par exemple, devant certains spectacles, certaines pompes religieuses vraiment saisissantes; ou bien il faut que l'imagination soit vivement impressionnée et le •cœur ému. Alors tout va bien; mais si l'âme est dans la sécheress?, sa générosité l'abandonne. Ainsi encore on sera capable de certains sacrifices, parfois même assez pénibles, s'ils sont agréables à l'imagination et s'ils apparaissent sous un jour favorable; mais si les facultés sensibles ne sont pas touchées, si la raison seule envisage froidement la bonté de l'acte à accomplir, alors plus de ressort, plus d'élan; on retombe inerte et impuissant.

Pour le même motif, ces âmes « ont la dévotion facile lorsque tout leur va à souhait, tandis qu'elle est nulle dans les contrariétés. C'est le contraire de ce qui arrive aux âmes fortes et solidement à Dieu : celles-ci n'éprouveront jamais plus de bonheur, de dévotion que lorsqu'elles sont accablées de peines, et elles .s >mblent être vides lorsqu'elles réussissent. « (Yen. Libermann, Ecrits, p. 591.)

Enfin, il en est de même dans 'es tentations. On les surmonte facilement quand les grâces sensibles sont abondantes, mais si

1 II ne faudrait pas prendre ces paroles au pied de la lettre, la pensée de l'auteur n'est pas aussi absolue ; elle est du reste facile à saisir.

elles font défaut, on est fort exposé à être vaincu. Ainsi, ces âmes sont réellement dans une disposition sincère de ne pas pécher, elles voudraient même éviter les fautes légères, mais, comme elles ont en tète une foule de préoccupations toutes naturelles, elles sont fort souvent surprises et cèdent avec une demi-advertance à des mouvements rapides d'amour-propre,, d'impatience, de vanité, etc. ; la plupart de leurs fautes sont di s fautes de ce genre. Si elles ont te temps de la réflexion, elles succombent moins facilement; cependant, même dans ce cas,. si leur intérêt est en jeu, ou si la passion est surexcitée, elles ne peuvent se résoudre à sacrifier leur intérêt, à surmonter cette passion. Prises alors entre cette double alternative ou de pécher ou de se faire violence, et voulant éviter l'un et l'autre, elles cherchent à se faire illusion et se payent de mauvaises excuses. Au fond, elles ne parviennent point à se tromper entièrement, et elles ont bien conscience de leur faute; mais ces faut* s commises à contre-eceur et non de parti-pris, tiennent plus à la fragilité qu'à la malice. Il y entre toutefois de la lâcheté.

178. De même, et plus facilement encore, cèdent-elles à bien des désirs qu'elles savent n'être point inspirés par des motifs surnaturels; mais là aussi elles cherchent à se couvrir de prétextes spécieux, o Quand nous avons envie de quelque chose. dit le P. Lallemant, mille raisons se présentent pour colorer notre passion. L'on se trompe, lorsqu'ayant formé quelque dessein par l'instinct de la nature, on cherche encore quelque raison du côté de la grâce, pour appuyer ce dessein : je vais voir Monsieur un tel; aussi bien l'exhorterai-je à faire 'une retraite. Pour l'ordinaire cet aussi bien vient d'un mauvais principe; c'est une invention de Pamour-propre, ingénieux à trouver de semblables raisons. » (4e Princ, ch. vi, art. 4.)

Si le P. Lallemant avait vécu de nos jours, il eût peut-êtredonné à cette remarque une autre forme; il nous eût montré ci s gens circonspects qui, devant un devoir pénible, se dérobent et savent si bien trouver à leur inaction des excuses habiles : < I; stons en paix, évitons ce tracas, ne nous embarrassons p; g de cette affaire; aussi bien pourrait-il de notre intervention résulter de vrais inconvénients. » Hélas ! ce n'est point ces inconvénients que Ton redoute, car il y en a souvent de plus grands à se soustraire au devoir, mais le cher re>pos serait sacrifié-

PIÉTÉ ARIHE 1 •",."►

Peut- ndant, à la réi' s prodents se décideront-

quoi qu'il leur r que penseraient les gens de

de leur estime et de leur approbation remporte - sur l'amour du r<pos, la vanité est plus forte que !

que l'on rencontre chez des chrétiens convaincus, qui

! qui ont en effet de la piété.

;s disons qu'au fond ces chrétiens ne se font pas illu-

up qui, à la longue, finissent

:it aller à des défauts véritables

ce; ils sont alors, par rapport

•ertaines fautes légères, cornu

!^s fautes mortelles, ils n'en font

-. et n'en ressentent plus de remords.

nt à prendre pour de la fermeté ce qui n'est

es naturel de voir leurs volontés exécuté % et à

• un ■ qualité la raideur qu'ils apportent dans

lient sentiment de dignité ce qui

st u ' • amour-] frand esprit d'ordre

c ■ qui n'est que l'amour du bien-être. Ceux-ci décorent du nom

- )in naturel d'agir ou de contenter ! 'ur vanité. Ceux-là nomment décision ce qui n'est

ion ; prudence cû qu^ saint Paul appell. de la

• . sapientia carnis. Csux qui s° plaisent dans les jugements • - -our l'amour de la vérité et le zèle

du bien ce qui est l'effet de l'amour-propre et de l'estime de soimêni ir qui remplit leurs discours devrait leur faire

fils ne sont point inspirés par l'Esprit de Dieu. gens d'une piété pourtant sincère s'acquitter de leurs d voirs d'état, parce que, toujours oecul'eux-mêmes, ils passent une parti-- de 1 sur vie dans le suin ^rsonne; i>s ont fini par se persuader que leur santé délicate exig?ait les p'us minutieuses précautions. On en v îrra f-ncor3 qui, trop attachés aux biens de ce monde, poussent Koès les préoccupations d'intérêts et s? donnent naïvement me des modèles d'ordre et d'économie.

Parmi ces âmes abusées, quelques-unes, plus que d'autres se trompent, et, par l'ardeur qu'elles témoignent pour leur avancement peuvent tromper leurs directeurs, qui les entendent parler voient pas agir. Ces âmes avides de perfection parlent

volontiers du prix des croix, de la beauté du sacrifice, de ]a nécessité de l'union à Dieu; mais elles ne comprennent pas en quoi consiste la véritable abnégation, et, sans bien s'en rendre compte, elles ne désirent pas la pratiquer. Dieu ne leur donne pas Ks lumières qu'elles ne veulent pas avoir. L'imagination, qui domine chez ces personnes, leur peint sous de vives couleurs la vie parfaite, et parce qu'elles se sentent éprises de cet idéal, elles se croient animées des meilleures dispositions; mais elles ont peu d'énergie pour le bien, elles excusent leurs faiblesses et même elles les justifient; elles trouvent toujours des raisons de suivre leurs goûts, de faire leur propre volonté, et elles se mettent peu en peine de corriger leurs défauts. Les quelques sacrifices qu'elles font — souvent plus par nécessité que par amour — coûtant beaucoup à leur lâcheté, leur semblent très méritoires et leur donnent une estime exagérée d'elles-mêmes ; et elles ne voient pas qu'en refusant de faire d'autres sacrifice s plus importants, elles se ferment le chemin de la perfection.

Qielle stupéfaction éprouveront ces âmes abusées, au jour de leur comparution devant le Juge suprême, quand, tout voile étant enlevé, le tableau de leurs misères leur sera présenté à une lumière qui en éclairera les moindres détails.

Toutes les âmes pieuses ne sont pas aussi aveugles sur huis défauts. Il en est beaucoup qui, plus sincères avec elles-mêmes, reconnaissent leurs faiblesses, les déplorent et voudraient s'en défaire, mais ne combattent que mollement et avec inconstance. « On passe ainsi des années entières et souvent toute la vie à marchander si on se donnera tout à Dieu. On ne peut se résoudre à faire le sacrifice entier, on se réserve beaucoup d'affections, de desseins, de désirs, d'espérances, de prétentions, dont on ne veut pas se dépouiller pour se mettre dans la parfaite nudité d'esprit, qui dispose à être pleinement possédé de Dieu. » (Lallemant, 2e Principe, Section I, ch. ier, art. 2.)

180. Il y en aurait long à dire sur ce mélange de bien et de mal, de qualités et de défauts qui se trouvent chez les chrétiens dont nous parlons. Ils ont des vertus réelles, un désir sincère et habitue] de servir Dieu, ils commettent peu, et même pour la plupart ils ne commettent pas de fautes graves; ils ne passent pas de jour sans penser souvent à Dieu; s'ils sont honorés du sacerdoce, ils auront du 7èle,de la régularité, un'louable attache-

ment à leurs fonctions saintes. TouUs tes bonnes qualitéssont dues à leur foi ardente, foi qui s'est développée, avons-nous dit, sous l'influence des grâces sensibles que Dieu leur a accordées, et qui est entretenue par I< ur vie de piété, la pratique de certaines vertus et la fidélité à la prière.

Mais elle est longue aussi la liste de leurs défauts : inconstance, amour-propre, grand amour de leurs aises, attachement souvent opiniâtre à leurs idées ou à leurs caprices; le même homme qui se dépensera sans compter, parce que l'exercice du zèle lui est agréable, ne pourra souffrir la contradiction. Celui-ci cherchera à rabaisser les autres, surtout ceux qui, opérant sur le même terrain, lui portent ombrage; il contestera leurs connaissances, leur prudence, leur savoir-faire; il incriminera leurs intentions; tout cela sans doute d'une manière peu consciente, mais qui cependant n'est pas exempte de faute.

181. L'abnégation chez tous ces chrétiens du troisième degré n'est pas nulle, mais elle est incomplète; ils ne semblent pas comprendre tout le prix du parfait renoncement, ils n'y asp irent pas. De là il résulte que leurs vertus et leurs imperfections non seulement se succèdent, mais se mélangent souvent dans l'accomplissement d'une même oeuvre. Ainsi, quand ils exercent le zèle, ils mêlent à des pensées de foi beaucoup d'agitation purement naturelle; ils s'appuient fort sur les moyens humains et n'ont pas en Dieu cette confiance absolue qui donne aux âmes parfaites une si tranquille énergie et une pleine possession d'elles-mêmes.

Dans J'édifice que chacun de nous bâtit pour l'éternité, il y a, dit l'Apôtre (I. Cor., III, 12), des matériaux de valeur bien diverse; tout passera par le feu : l'or, l'argent, les pierres précieuses s'y purifieront; le bois, le foin, le chaume y seront consumés. Ceux dont nous parlons mettent sans doute dans leur œuvre de chaque jour des matériaux de prix, mais ils y laissent entrer aussi beaucoup d'éléments vils, qui deviendront autant d'aliments pour le feu purificateur.

En attendant '« le jour du Seigneur, où l'œuvre de chacun apparaîtra comme elle est. . ., uniuscujusque opus manijestum erit, dies enim Domini declarabit, il n'est pas facile à l'œil humain d'apprécier la valeur de l'édifice. Parfois sous une couche de riches métaux se cachent des matériaux moms précieux ; parfois,.

au contraire, l'or et l'argent sont dissimulés sous des dehors vulgaires : chez les uns ce sont les qualités, chez les autres ce sont les défauts cjui se montrent à première vue. Tout jugement préeipité risque fort d'être erroné.

182. On peut toutefois assurer, sans crainte d'erreur, que les défauts plus ou moins visibles que nous avons attribués aux chrétiens de cette catégorie, nuisent grand< ment à leurs mérites; et s'ils sont obligés par état de travailler au salut et à la sanctification des autres, — beaucoup de prêtres et de religieuses ut être classés dans cette troisième demeure — des imperfections aussi nombreuses ^font grand tort à leurs œuvres. Trop 3 d'eux-mêmes, ces ouvriers évahgéliques « ne font rien purement pour Dieu ; ils se cherchent en tout et mêlent toujours secrètement leur propre intérêt avec la gloire de Dieu dans leurs meilleures entreprises ».

Voyez comme ils se dépitent et sont tentés de se décourager ju un! leurs œuvres n'ont pas tout le succès désirable; s'ils tenaient tant à réussir, c'était bien pour la gloire de Dieu, mais c'était aussi — leur dépit en est la preuve — pour leur satisfaction personnelle.

Tant qu'ils ne seront pas plus avancés dans le renoncement, leurs travaux, leur activité paraîtront peut-être fort efTn eux-mêmes ne seront pas les derniers à h s croire tels; en réalité leur zèle, sans être stérile, ne produira pas de grands fruits.

183. Sainte Thérèse décrit, comme nous l'avons fait, l'état des âmes de la troisième demeure; elle signale ce mélange de piété et d'imperfection que l'on rencontre chez elles :

« J'ai connu, dit-elle, des personnes, et je crois pouvoir dire en assez grand nombre, parvenues à cet état. Elles avaient mené pendant de nombreuses anné. s une vie correcte; l'âme, le corps, tout en elles était bien réglé, autant qu'on en pouvait juger, et voilà qu'après ces années de fidélité, lorsqu'on pouvait croire qu'elles foulaient le monde sous leurs pieds, du moins qu'elles en étaient complètement désabusées, Dieu venant à les éprouver dans des choses de peu d'importance, elles se laissaient aller à tant d'inquiétudes, à de telles angoisses de cœur que j'en étais tout interdite, et même je craignais pour elles. . .

« Quelque chose de semblable se passe pour peu qu'on méprise <es personnes ou qu'on touche à leur honneur. Souvent, il est

l'IÉlt ARIDE

vrai, Dieu leur faii la grâce de bien le support, r, car 11 aime à rendre la vertu recammandable, Il ne veut pas que l'estime qu'on a pour elle souffre d'atteinte; de plus II veut récompenser ces ârat s de leurs fidèl s services, car II est si bon, Lui, notre vrai Bien: niais, même dans ce cas,illeurresteuneinquiétude qu'elles ne peuvent maîtriser, et qui ne cesse pas de sitôt. Et pourtant, ô grand Dieu, ci s personnes-là n'ont-elks pas tant et tant de fois considéré les souffrances du Seigneur, et compris combien il

■ n de souffrir, et même ne le désirent-elles pas? Que dis-je.

voudraient que tout le monde imitai leur vie! Plaise au Ciel qu'elles ne rejettent pas sur les autres la cause des pi qu'elles subissent et ne s'en attribuent que le mérite. La Saillie donne d'autres exemples des défauts que l'on

>ntre dans cette troisième demeure : une attache plus ou moins avouée aux biens de ce monde, l'empressement à les augmenter, et cette crainl Lve d'en trop faire, de dépasser

mites de la prudence, de compromettre son repos ou sa santé au service du bon Maître, de. Telles sont les faiblesses que blâme avec raison sainte Thérèse; on les trouve in effet chez cls âmes sincèrement bonm s qui, du reste, ont bien conscience de leur mérité, mais qui sont encore loin de la perfection.

§ 3. — Défauts provenant du tempérament

i . Dans toutes les âmes dom. nous avons parlé jusem'ici les défauts de tempérament M stent très apparents. On les re marque surtout dans les premiers degrés de la vertu; ils deviennent moins choquants, mais ne disparaissent pas, pendant la période des consolations sensibles ; ensuite ils rede viennent plus visibles, si l'ai: le s'élever dans la vertu. Le tempérament est en

effet une disposition naturelle provenant de l'organisme : tant que les puissances supérieures de l'âme ne sont pas assez f. pour résister aux impulsions des facultés inférieures, le tempérament fait vivement sentir son action.

Avant la faute originelle tous les éléments du corps humain nt dans un équilibre parfait, aucun n'avait sur les au une prépondérance nuisible; depuis le péché, ce bel ordre a disparu. Sans doute chez certaines personnes les divers principes d'activité, de modération, d'impressionnabilité?

fermeté, se contrebalancent très heureusement; mais chez beaucoup d'autres l'un des éléments a une grande puissance et les autres une action très faible; l'organisme alors est mal harmonisé et exerce sur l'âme une influence fâcheuse.

On distingue assez généralement les tempéraments sanguin, lymphatique, nerveux et bilieux. Qu'on ait raison ou non d'attribuer à la prédominance des éléments désignés par ces mots les caractères que nous allons décrire, nous ne l'examinerons pas : cette question n'est pas de notre compétence; mais on ne peut contester l'existence des caractères eux-mêmes; le lecteur nous permettra de Jes rattacher, ne serait-ce que parce que cette hypothèse est généralement admise, à l'influence de ces divers éléments. '

185. Il se rencontre des personnes qui par disposition native sont ardentes mais peu réfléchies, actives mais inconstantes, aimables et prévenantes quand rien ne les choque, mais, quand elles se heurtent à quelque obstacle, vives et impatientes; leur mauvaise humeur est du reste passagère et ne dégénère point en rancune. Elles sont optimistes, mais parce qu'elles voient tout en rose et ne prennent guère le temps de réfléchir, elles sont imprudentes : quand on leur expose une affaire, en trois mots, elles veulent la régler. Elles ne sont ni molles ni paresseuses, ne manquent pas d'initiative, se mettent de bon cœur au travail» mais facilement elles deviennent ombrageuses, jalouses quand d'autres réussissent mieux qu'elles. Elles sont d'une humeur agréable, souvent d'une gaieté expansive, elles ont un esprit primesautier, prompt aux réparties, mais sont mobiles, brouillonnes et téméraires. Le sang, quand il est vif et bouillonnant, et ■quand les autres éléments ne viennent pas modérer son action, serait, croit-on, le principe de ces qualités et de ces défauts; aussi appelle-t-on ce tempérament le tempérament sanguin.

186. Tout autres sont les défauts que l'on attribue au tempérament lympathique, à savoir la lenteur, l'insouciance, la mollesse : « Je ne puis pas, c'est trop difficile, c'est impossible » telle est la plainte qui s'échappe fréquemment des lèvres du Jymphatique; le sang paraît figé dans ses veines, et rien ne peut l'échauffer. Son indolence le préserve des grands crimes, mais tant qu'e'le n'aura pas fait place à une énergie surnaturelle, •elle le rendra incapable de vraie vertu. Quand l'élément qui

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