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CHAPITRE PREMIER Gomment l'âme parvient à la vie illuminative

§ 1. — Les consolations sensibles

loi. Il faut à l'homme des années pour passer de la première -enfance à la vigueur de la jeunesse ; de même le chrétien n'arrive pas du premier coup à cette résolution sincère et durable de s'adonner sérieusement au service de Dieu, disposition qui marque la jeunesse de la vie spirituelle.

« Les anciens Pères, dit saint Dorothée, tenaient pour une maxime constante que ce que l'esprit n'embrasse point avec joie ne saurait être de longue durée. » Tant que la pratique de la piété est sans grand charme pour l'âme, celle-ci pourra bien, de temps en temps, en produire les actes ; elle fera même de louables et pénibles efforts, mais, selon l'axiome « ce qui est violent ne dure pas », elle manquera de constance, et aux moments de dévotion succéderont des périodes peu ferventes. Comment sera-t-elle donc amenée à marcher d'un pas soutenu dans les voies de la piété? par les douceurs sensibles qu'il lui sera donné d'y goûter.

Nous avons dit, en effet, (n° 76) que certains chrétiens, après avoir paru longtemps stationnaires dans les degrés inférieurs, semblent soudain fortement touchés de la grâce; ils prennent

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goût aux choses de la piété, ils éprouvent un attrait plus grand au service de Dieu : les exercices de la prière, la fiéquentation des sacrements deviennent pour eux pleins de charme, leur esprit paraît avoir reçu de nouvelles lumières et une intelligence plus vive des vérités chrétiennes, mais surtout leur cœur attendri savoure bien mieux qu'auparavant les douceurs de la dévotion.

152. Chez les uns cette action miséricordieuse de Dieu s'exerce dès le début de la conversion, chez d'autres dès l'adolescence, quand la raison est suffisamment développée. Le plus souvent, cependant, c'est après avoir servi Dieu pendant un temps plus ou moins long, avec fidélité, mais sans grande ardeur, que l'âme éprouve cette poussée de grâce si salutaire et si utile à son avancement. Cette faveur de Dieu vient parfois sans que : le fidèle ait rien fait de plus qu'à l'ordinaire; dans ce cas, c'est souvent à l'occasion de quelque événement extérieur que s'opère cet heureux changement : mission, carême, reli pèlerinage; d'autres fois, et plus souvent, croyons-nous, ce sera comme une récompense d'efforts un peu plus généreux qu coutume. C'est, d'après sainte Thérèse, la persévérance' dans le bien et la victoire dans les combats qui ouvrent ces troisièmes demeures. L'âme a donc déjà fait preuve d'une certaine fidélité quand Dieu, pour aider sa faiblesse encore bien grande, lui communique ses grâces puissantes, pleines de suavités et de charmes.

« Lorsqu'on commence à se donner à Dieu, dit le P. Grou, Il nous traite d'abord avec beaucoup de douceur pour nous gagner; Il répand dans rame une pa,jx, une joie ineffables; Ij nous fait trouver du goût à la retraite, au recueillement, aux exercices de piété; Il nous facilite la pratique de la vertu; rien ne coûte, on se croit capable de tout. i>(Manueldesâmesinttr.. p

« Xotons-le bien, dit saint Jean de la Croix, dès que l'âme a pris la ferme résolution de servir Dieu, le Seigneur a coutume de la diriger dans les voies spirituelles, en la traitant comme une tendre mère qui nourrit son enfant. Elle le réchauffe sur son sein, lui donne un lait bien doux, une nourriture délicate; le porte dans ses bras, le comble de caresses et de gâterie s. Mais, à mesure qu'il grandit, la mère le sèvre peu à peu de toutes jouissances; elle lui retire le sein dont elle le détourne en oignant ses mamelles d'une substance amère, elle cesse de le porter

ras et le force à ii: lui-même; elle lui fait

perdre les faiblisses de l'enfance et le prépare à des habitudes

fortes et à d. s œuvres p!us grandes. La grâce de Dieu,

bère aimante, tient la même conduite à l'égard de

qu'elle vient d'engendrer de nouveau en lui communi-

I une nouv' Ue f iveur. Tout est douceur pour cette âme,

le lait des f; Lrituelks; nul

obsta xercices de piété n'ont que d; s attraits

pour elle. Dieu la porte, en vérité, amoureusement sur son

comme un enfant à la mamelle. Aussi le bonheur de cette

gués heures en oraison; lès pénitences fon1 heur; les jeûnes la réjouissent ; sa conso-

lation est de fréquenter les sacrements et de boire à longs traits s communications divines. » [Nuit obsc, 1, 1.) En même temps qu'elles développent dans l'âme un vif ur les choses de la piété, c»s jouissances spirituelles dégoûtent des vanités et des plaisirs mondains : Je ne m'ébahis pas, ma chère cousine, écrivait saint François de Sales, si Dieu, vous donnant le goût de sa présence, vous a, petit à petit, dégoûtée du monde. Sans doute, ma fille, rien ne fait trouver Je ciiicotin si am r que de se nourrir de miel. Quand nous savourerons les chos s divines, il us possibi Mondaines nou> : ,1 donm r appétit. » (Lettre 885, édition Briday.) « Ce sont là, dit ailleurs ce saint Docteur, des grains sucrés que Die-u donne à ses petits enfants pour les amorcer; ce sont des eaux cordiales qu'il leur présente pour les conforter; ce sont 'quefois des arrhes des récompenses éternelles. » (Vie dévote. 4e partie, ch. xni.)

— Mature de ces jouissances spirituelles

153. Pour traiter cette question, il nous faut faire ici un peu -ychologie et rappeler brièvement les principes philosophiques sur lesquels est basée la distinction des facultés de l'âme.

I. s êtres qui s'offrent à l'âme sont de deux sortes : les uns

blés, les autres purement spirituels. Les premiers sont

perçus ou par le-s sens extérieurs, la vue, l'ouïe, le goûter, etc.,

ou par l'imagination qui est aussi un sens « un peu plus intérieur que les autres, mais dans le fond aussi grossier, puisque après tout, ce qui y entre n'est toujours que corps ». (Bossuet, Instruction sur les états d'oraison, Livre V.) Ce qui est spirituel est perçu par l'intelligence ou la raison. C'est par l'intelligence que nous atteignons le monde des esprits, D'eu, les anges, l'âme humaine; c'est par l'intelligence que nous découvrons les qualités morales de nos semblables; c'est par la raison que nous apercevons les avantages que nous procurera telle ou telle mesure.

154. Aux connaissances fournies par les sens et la raison correspondent des mouvements de l'âme qu'on appelle en langage philosophique passions, et sentiments dans la langue courante. Ainsi à la perception d'un objet bon, agréable, succède instinctivement un mouvement d'attraction vers cet objet; si l'objet est mauvais ou répugnant, c'est un mouvement, de répulsion. Si l'objet aimé est possédé, c'est la joie; s'il est. enlevé, c'est la trist» sse.

La faculté qui produit ces divers sentiments est nommé» appétit ou faculté appétitive. Ce mot indique proprement le mouvement d'amour ou d'inclination vers le bien perçu par les sens ou l'intellect, parce que ce mouvement est le premier d<tous, et celui d'où procèdent tous les autres. « Les autn s passions, dit Bossuet, se rapportent au seul amour qui les enferme et les excite toutes. La haine de quelque objet ne vient que de l'amour qu'on a pour un autre : je ne hais la maladie que parce que j'aime la santé; je n'ai d'aversion pour quelqu'un que parce qu'il met un obstacle à posséder ce que j'aime. Le dés!r n'est qu'un amour qui s'étend au bien qu'il n'a pas, comme 'a joie est un amour qui s'attache au bien qu'il a. La fuite et la tristesse sont un amour qui s'éloigne du mal par lequel il est privé de son bien, et qui s'en afflige. L'audace est un amour qui entreprend, pour posséder l'objet aimé, ce qu'il y a de plus difficile, et la crainte un amour qui, se voyant menacé de perdre ce qu'il recherche, est troublé de ce péril. L'espérance est un amour qui se flatte qu'il possédera l'objet aimé, et le désespoir est un amour désolé de ce qu'il s'en voit privé à jamais, ce qui cause un abattement dont on ne peut se relever. La colère est un amour irrité de ce qu'on lui veut ôter son bien, et s'efîorçant

de le défendre. Enfin, ôtez l'amour, il n'y a plus de passion, et posez l'amour, vous les faites naître toutes. » (Connaissance de Dieu et de soi-même, 1, 6.)

G s passions seront sensibles si l'objet en est sensible : te'les sont les émotions produites par la vue ou par la représentation Imaginative de tout ce qui excite la sensualité. Les émotions sensibles supposent l'union de l'âme et du corps; c'est l'un et l'autre, ou mieux c'est le composé humain qui est alors remué; elles nous sont communes avec les animaux.

La faculté qui est le siège de ces émotions sensibles est appelée par les philosophes appétit sensitif.

155. Les objets spirituels perçus par l'intelligence, ou à l'aide du raisonnement, produisent dans l'âme des mouvements analogues, soit spontanés (motus primo-primi), soit délibé-

tels sont les mouvements d'amour, de désir, de crainte, de satisfaction, de regret.

Ainsi, que l'on propose à un mathématicien quelque problème ardu, il en dés're la solution ; ce désir spontané une fois accepté, consenti par lui, devient la détermination de trouver cette solution; la solution rencontrée, un sentiment de satisfaction naît dans l'âme. La faculté qui poursuit ou repousse ces biens ou ces maux intellectuellement connus, qui s'en réjouit ou s'en attriste, est appe-lée par les philosophes l'appétit intellectuel ou la volonté. Elle est dans l'âme à l'exclusion du corps, et se rencontre non seulement chez l'homme, mais chez les êtres purement spirituels comme chez les bons anges et les démons.

Les mouvements de cette faculté, amour, désirs, volitions, regrets, etc., étant tout spirituels, on ne les sent pas. Cependant, à leur occasion, le corps ressent souvent des émotions que l'on confond à tort avec les sentiments purement spirituels. Il ne sera pas hors de propos d'insister sur ce point.

156. Par eux-mêmes, les deux appétits sont absolument distincts : on ne trouve chez les animaux que l'appétit sensitif, chez les anges que l'appétit intellectuel; mais chez l'homme ils sont si étroitement liés que les actes de l'un et de l'autre sont parfois difficiles à discerner.

La principale cause de cette liaison intime, c'est que le plus souvent le même être agit à la fois sur les sens et sur l'intellect ; l'époux peut aimer l'épouse et à cause des grâces extérieures qui

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nt, et en raison des qualités morales qu'il remarque en

elle : bonté, dévouement, finesse, prudence. L'affection de cet

époux s^ra à la fois sensible et spirituelle; la présence de son

à la fois u me satisfaction

si elle est absente, son imagination lui peignant,

éloigné de lui, T< -a tendresse il éprouvera une émotion

: et en même temps la ; dont il sara privé loi eaus -ra du reg aiment, dans ce cas

ix appétits sont émus simultanément. Il en est de même des éni fcjues où l'intelligence saisit l'idéal sous des

formes Sînsibles : ainsi devint un b^au spectacle, une douce mélodie, un tableau de grand maître, l'homme est fortement remué et dans son être intellectu 1 et dans son être sera

a plus, même quand l'objet est purement spirituel, les

>ns qu'il qui devraient être aussi purement

spiritu - -nt l'appétit, s iui-ci éprouve

alors I sibles répondant à eux de la volonté.

[a Ique événement heureux, du - qu ilque entreprise, le cœur se : quand l'âme s'afflige, subi ou encore conçoit du regret pour un" faute pas-- ff s:- r -sserre. . cette connexion n'est pis essentielle; l'appétit I p^ut ê*lr tns qu*iJ y ait répercussion dans l'appétit sensitif ; la contrition sera parfois très intense dans une âme livrée à l'aridité et qui gémira de se trouver insen-' sible.

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