‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 37 sur 170 · Ceci posé, nous disons : ce sont les douceurs sensibles · texte numérisé non relu

Ceci posé, nous disons : ce sont les douceurs sensibles

qu ■ Dieu emploie pour toucher les âm^s novices et assurer

leur pas dans la voie d? la piété. Ces suavités, que l'on appelle

dations spirituelles l, Memor jui jjidiciorum

tuorum, Domine, et consolatus sum 2, et que les théologiens

-e les appelle t les contentements, los contentos ». {Chat. int. 4e Don., chap. I.) *('.- m:' consolation est. depuis long'.cmps. usité dans 1» langage [ue. L'Écriture, les Pèrps. Y Imitation l'ont employé. Mais saint i avoir précisé le s^ns. « J'appelle consolation, dit-il, un mouvem nt intérieur qui est excité dans Pâma, par lequel elle cornai-nce à s'enffiïmrasr dans l'amour de son Oéateur.. . La consolation fait encore répandre des larmes qui portent à l'amour de son Seigneur

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appellent encore la dévotion accidentelle >, supposent bien, il est vrai, comme les émotions esthétiques, dont nous parlions tout à l'heure, l'action des facultés spirituelles ; mais la part qu'y prennent les facultés sensibles est si grande, l'ame est si vivement impressionnée par 1< s joies qui envahissent l'appétit sensitif, que dans le langage ordinaire l'on passe sous silence le rôle joué par l'intelligence et la volonté, et l'on appelle ces phénomènes les opérations sensibles de la grâce. Telles sont let émotions produit* s, soit par des représentations Imaginatives de chos< s saintes, comme la naissance, lapassion de Noire-Seigneur, le ciel, le jugement ; soit par des objets eu faits extérieurs. comme cérémonù s, manifestations éclatantes du culte, chants. imagi s, tableaux.

« Dit u dans sa miséricorde infinie, dit le V. Lrbermann. prend cette âme selon la faiblesse de sa nature et par le côté où elle est attiiée à Lui. Bile est toute répandue darsles sens et, habituée à recevoir si s impressions par h s Sens, à juger, à a;mci et à agir par les sens, elle ne vit que par les sens. La voyant dans cet état et voulant l'attirer à une vie de sainteté, la g) ace divine opère nécessairement sur ses sens intéiieuis, lui fait perce voii Dieu (et les choses divines), par le secours de l'imagination, impressionnne les sens (l'appétit sensitif) et donne à l'âme uneimpulsion sensible vers Die u 2. Autant la jouissance est grande, autant le mouvement passionné qui tend vers cette jouissance est violent (Ecrits spirituels, p. 408) . . . Dieu dispose les iaeultés sensibles à se prête' à ses vues de miséiieoide paria douceur, les jou'ssances et les contentements. Ces -facultés affamées et pleines des ordun s des créatures commencent à voir que c'est en Dieu que réside leur véritable bien. Eih s eeniinreent à rompre avec les créatures et prennent l'habitude d'aller à Dieu.

l'âme touchée du pegrel de ses péchés ou de la Passion de Jésus-Christ

ou de toute autre considération qui se rapporte à son seivice ou à sa louange. Enfin, j'appelle consolation toute augmentation d'espérance, de foi et de charité, et toute joie intérieure qui appelle et attire l'âme aux choses célestes et au soin de son salut, la tranquillisant et la paciCant dans son Créateur et Seigneur. » (Exercices spirituels. Discernement des esprits, 3e règle.)

1 Cf. Suarez De devotione, vn 18, 19.

* Cf. Saint Jean de la Croix. Montée du Carmel, I, II, ch. xvn.

Cela les purifie des désirs grossiers de se satisfaire dans ks créatures; elles sont contentes, elles jouissent de Dieu, elles aiment à ne jouir que de Lui. » (Ibid., p. 226).

158. Ce sont donc les facultés sensibles de l'homme qui sont alors l'objet de ce travail de la grâce. Ce sont elles, du reste, qui dominent chez les imparfaits; c'est par la partie sensible, la moins noble de leur être, qu'ils se laissent habituellement conduire. Cela est si vrai que les défauts même spirituels, comme l'orgueil, revêtent d'ordinaire en eux des formes sensibles, l'imagination ' et J'appétit sensitif ayant une aussi grande part en ces défauts que les facultés intellectuelles. Aussi serait-il comme impossible, ou du moins peu conforme à la marche ordinaire des choses, de captiver sous le joug de la grâce ces imparfaites natures par des considérations de pure raison et par des attraits communiqués a la volonté indépendamment de ''appétit sensitif; la réaction serait trop forte de la part des facultés sensibles, si elles n'étaient elles-mêmes subjuguées tout d'abord par les jouissances que Dieu leur accorde.

159. Ces consolations spirituelles ne sont pas inconnues même dans les degrés inférieurs de la vie purgative. Il est certaines circonstances dans lesquelles, les sens étant vivement frappés, peu d'âmes chrétiennes demeurent froides et impassibles, par exemple au jour d'une première communion et dans ces solennités touchantes du culte catholique, processions du Très Saint Sacrement, cérémonies extraordinaires de missions, de fêtes, dans ces grands pèlerinages où la foi se manifeste si admirablement; dans tous ces cas l'émotion peut être vive et les consolations abondantes. Les âmes en état de péché elles-mêmes sont parfois fortement remuées par ces spectacles et en reçoivent une impression fort salutaire. En dehors de ces occasions, les

1 Par le mot imagination on désigne souvent cette activité de l'esprit qui tire des plans, fait des combinaisons, calcule ou iêve, en un mot escompte l'avenir ou le prépare. Il y a là, sans doute, le produit de plusieurs facultés, mais l'imagination — nous prenons ce mot dans le sens philosophique — y joue un grand rôle. Combien d'imag tableaux fait-elle passer sous les yeux de l'âme ! Si on semble attribuer à elle seule tous ces projets ou ces rêveries, c'est qu'elle y a souvent la part prépondérante; elle séduit et entraîne la raison, dont elle cause presque tous les égarements.

débutants sont peu favorisés de ces douceurs intimes. Ils goûtent bien une certaine paix, ils éprouvent une certaine satisfaction du devoir accompli, qui soutientjeur fidélité et contribue à les maintenir dans leur état; mais ce ne sont point là Jes joies suaves dont nous voulons parler, et que les âmes plus avancées éprouvent en s'acquittant des devoirs ordinaires de la piété chrétienne.

160. C'est un moment important de la vie spirituelle que celui où s'exerce cette action de la grâce; ce serait un réel malheur si le directeur ne s'en apercevait pas, car il ne ferait rien pour la favoriser, et l'effet en serait moins puissant. Il est rare pourtant que Jes dirigés fassent d'eux-mêmes connaître qu'ils éprouvent ces sentiments vifs et suaves. Mais à certains signes un directeur attentif et vigilant pourra les reconnaître ou du moins être amené à les soupçonner, et il lui sera facile alors, grâce à quelques interrogations, de changer ses soupçons en certitude. I! s'apercevra qu'une âme est devenue soudain plus fidèle à fréquenter les sacrements, plus avide de la sainte Eucharistie, capable de surmonter les obstacles qui la retenaient jusque-là élo'gnée de la communion. Il constatera plus d'assiduité à la prière et aux exercices de dévotion, moins de respect humain, une conscience plus clairvoyante et plus délicate, et en même temps des désirs de progrès se manifestant par des efforts appréciables et par des demandes de conseils, etc. Un autre signe des grâces sensibles, c'est le goût que trouve une âme à lire des ouvrages de piété et à entendre les sermons; tout ce qui lui parle de Dieu l'émeut et la charme. Enfin, si elle est tombée autrefois dans de grands écarts, le père spirituel verra naître en elle un vif regret de ses anciennes fautes et un désir sérieux de les réparer. Les âmes moins avancées et qui ne sont pas favorisées de ces grâces sensibles ont bien une disposition sincère de ne pas retomber dans leurs égarements, ma;s elles n'éprouvent pas ces vifs sentiments de pénitence; le souvenir de leurs péchés ne les poursuit guère et ne leur cause pas une douleur bien profonde. A ces diverses marques le directeur reconnaîtra le travail intérieur de l'Esprit de Dieu; souvent auss» à ces mêmes signes il pourra juger si l'action divine est plus ou moins intense.

En effet, ces douceurs, ces émotions suaves, qui saisissent le

LES l'HVSLS DF. LA PILTÉ

cœur et le gagnent au service de Dieu varient, selon les sujets, de force et d'intensité. Maître de s s dons, Dimi peut les accorder plus ou moins abondamment suivant son bon plaisir. D'un autre côté, l'action de la grâce peut être favorisée par une ■, un recueillement plus profond, un plus grand esprit d'oraison et d'union à Dieu; l'impression en sera vive et durable et pourra se prolonger pendant toute une jour- Vu contraire, par une demi-dissipation, par une légèreté insuffisamment réprimée ou une certaine inconstance dans le bien, l'âme peut empêcher en partie les opérations de la grâce; alors les effets seront moins sensibles et les prog lenta

§ 3. — Durée de cet état de jouissances

161. Cet état si prêt i -ux. "ù les facultés sensibles sont purifiées et détourné s de leurs f - par Les jouissances

spirituelles est loin d'être identique chez tous. Nous venons de voir qpi ■ ce s ira ch z les uns comme un courant puissant; il z les autres; ajoutons qu", parfois, cet état si doux s • prolonge baaucoup et que, parfois, au contraire, il est d'ass -z courte du

Les j i - clercs et les n<> tt bons et réguliers

d in u.' :;t ordinairement sous cette influence pendant la d • leur séminaire ou d" leur noviciat *, quelquesuns plus longtemps. Non pas, assurément, qu'ils soient pendant cette période exempts de tout combat; il y a toujours en cette vie une certaine alternative d^ joies et de peines, de luttes et d 3 repos; mais, en général, les épreuves sont légères, la pratique des vertus est puissamment aidée en eux par les consolations

1 « L:*s personne.- retirées du monde sont soumises à l'épreuve dont nous parlons — les aridités d ■ la nuit obscure — plus vite que les autres, dit saint'Jean de la Croix, et habituellement de-; leurs débuts dans la vie ure. . . Ii ne se passe ordinairement guère de temps pour elles sans qu'on I ' te nuit el tomberdat. sse. »

(Nuit obsc.,L. I, ch. vin), filais il faut ajouter que la plupart de ces dernières, avant d;- quitter le monde, ont déjà éprouvé d onso-

latioh- s; presque toujours elles ont trouvé dans cette abon-

dance d^ grâces sensibles la force de surmonter les obstacles que le monde et le démon opposaient à leur vocation.

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