‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 50 sur 170 · DÉVOTION A LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

DÉVOTION A LA SAINTE VIERGE

226. On peut faire cette probation pendant le mois de mai. Nous divisons le sujet en quatre articles, un pour chaque semaine, et nous adopterons cette fois-ci la forme d'examen.

1° Confiance. — On est d'autant plus dévot à Marie qu'on a plus de confiance en Elle. Ai-je eu en cette bonne Mère une confiance vraiment sans bornes; ai-je compris que le véritable enfant de Marie est sûr de son salut, sûr même de sa sanctification? Ai-je regardé la dévotion envers Elle comme un des moyens les plus puissants pour avancer dans la piété ?

Qj'ai-je fait particulièrement aujourd'hui pour accroître ma confiance? J'aurais pu méditer ses grandeurs, me rappeler ses bienfaits, lire quelque ouvrage composé à sa louange, enfin prier Dieu d'augmenter ma piété et ma confiance envers ma Mère céleste; ai-je employé quelqu'un de ces moyens?

2° Affection filiale. — Ai-je agi avec Elle comme urt enfant avec sa mère, lui contant tout ce qui m'intéresse, lui confiant mes joies, mes peines, mes inquiétudes, mes désirs; lui parlant

de mes défauts pour qu'Elle m'aide à m'en corriger, des vertus qui me sont nécessaires pour qu'Elie me les fasse acquérir?

3° Dévotion constante. — Ai-je eu recours à Elle en toutes choses, n'entreprenant rien sans le lui recommander? Lui ai-je offert mon travail pour qu'Elle l'offre Elle-même à Jésus? Lui ai-je offert de même toutes mes œuvres? Le B. Montfort conseille vivement de tout offrir à Marie, et déclare que cette pratique est un secret infaillible d'arriver à une haute perfection. L'ai-je particulièrement invoquée avant de me confesser, de communier, la priant de me conduire comme par la main dans ces grandes et saintes actions?

Surtout ai-je eu recours à Elle dans mes tentations?

4° Pratiques pieuses en son honneur. — Comment ai-je payé chaque jour mon tribut d'hommages à cette bonne Mère, et comment ai-je récité les prières en son honneur, le chapelet, le Souvenez-vous, PAngelus, etc.

Lui fais-je quelquefois des neuvaines pour obtenir Jes grâces qui me sont nécessaires, par exemple quelque vertu dont je sentirais plus vivement le besoin? Pour rendre ces neuvaines plus efficaces et pour mieux honorer Marie, ai-je joint à mes prières quelques pratiques de mortification ?

N'ai-je point été inconstant dans ma dévotion envers cette bonne Mère, recourant parfois à Elle avec ferveur, puis l'oubliant ensuite et négligeant entièrement de la prier?

227. Ces exemples suffiront à faire comprendre en quoi con-. siste ce système de direction par probations.

Il convient d'espacer ces différentes probations, les faisant par exemple durer un mois, puis laissant un intervalle d'un ou deux mois entre la probation finie et la suivante. Dans ces intervalles, on s'appliquera plus spécialement à une pratique exacte et parfaite du règlement, et on fera de cette régularité le sujet de ses examens particuliers.

On peut, à la fin, recommencer le cycle qui, grâce aux intervalles laissés entre les différentes probations, aura duré plusieurs années. Au bout de dedx ou trois ans, il ne sera pas sans utilité de revenir à l'étude de chacune de ces vertus ,qui sont les fondements de la vie spirituelle.

On pourrait aussi, suivant le conseil de saint François de Saks

(Vie dévote, m, 1), choisir la vertu pour laquelle on éprouve plus d'aptitude ou plus d'attraits, ou dont on sent plus vivement ■\n, et s'y exercer plus longtemps.

228. Il y a donc là, on le voit, toute une méthode, qui a certai-

mt ses avantages et qui a produit de grands fruits chez un

bon nombre d'âmes. 11 est bien vrai aussi que ce serait une

erreur de vouloir plier indistinctement tout le monde à une

formation aussi méthodique; bien des àmesseraientréfractaires1.

En effet, un travail de sanctification aussi systématique suppose d'abord une véritable bonne volonté; les âmes qui en sont encore à la vie purgative, et môme bien des chrétiens qui sont dans la vie illuminative, n'auraient pas la constance suffisante pour accepter ce genre de direction; et à vouloir le leur imposer, on s'exposerait plutôt à les rebuter qu'à les faire avancer.

Quant aux âmes ardentrs et capables >l'une plus longue persévérance, il ss présente souvent pour elles un autre obstacle; elles sentent ass -z fréquemment l'action de l'Esprit-Suint, qui les éclaire sur leurs besoins et leur communique certains attraits dont il faut tenir grand compte pour ne pas substituer à cette direction divine une direction purement humaine. Qui ne souscrirait aux paroles si sages du Vén. Libermanh écrivant à un jeune piètre : « Reconnaissez comme un principe fondamental, en fait de direction, qu'il ne faut pas gêner ni resserrer trop le dirigé; il ne faut pas lui prescrire trop de règles; il ne faut pas suivre d? système dans la vie spirituelle, sinon on s'expose à faire tort aux âmes. . . Je regarde comme un point capital en direction de laisser agir la grâce avec grande liberté, de distinguer les faux attraits des vrais et d'empêcher les âmes de s'écarter ou d'excéder dans ces attraits. » (Lettre du 10 janvier 18 ii.)

1 « Il y a, dit le P. Surin, des directeurs qui se forment une idée et un dessein qu'ils estimant beaucoup, qu'ils appliquent par après à toutes les âm 'S qui se présentent, croyant que, s'ils les peuvent ajuster à cette idée, ils auront fait un grand coup. Ainsi, ils n'ont autre vue ni propos que d'exécuter ce qu'ils ont dans l'imagination, comme celui qui voudrait donner une même forme d'habit à tous ceux qui se présentent, grands ou patits; ou encore, dit ailleurs le même auteur, comme ceux qui n'ont qu'un même emplâtre à toutes blessures. » (Catéch., spir. t. II, 3a partie, ch. n.)

TIONS SLR DIVERSES VERTt'S 203

229. Pour les commençants qui n'éprouvent guère de ces attraits particuliers, la part du directeur est nécessairement plutgrand" ; au début de la piété, la direction demande à être plus détaillée, plus minutieuse, mais, à mesure que l'âme av l'action de l'Esprit-Saint s'exerce davantage, et il faut se garder de la contrarier.

Écoutons saint François de Sales écrivant à une Supérieure de la Yisitatijn : « Le Directoire du noviciat propose quantité d'ex' rcices, il est vrai, et il est encore bon et convenable, pour le commencement, de tenir les esprits rangés et occupés : mai? quand, par le progrès du temps, les âmes se sont un peu exercées en cette multiplicité d'actes intérieurs et qu'elles sont façonnées. dérompue.- gourdies, alors h s exercices s'unissent à un

exercice de plus grande simplicit é ou à l'amoUr de con* | ou à l'amour de bienveillance, ou à l'amour de confiance, ou de l'union et réunion du cœur à la volonté de Dieu, de sorte que cette multiplicité se convertit en unité.

« Et, de plus, s'il se trouve quelque âme, voire même au noviciat, qui craigne trop d'assujettir son esprit aux ex } marqués, pourvu que cette crainte ne procède pas du ca] outrecuidance, dédain ou chagrin, c'est à la prudente mai de la conduire par une autre voie, bien que, pour l'ordinaire, celle-ci soit utile, ainsi que l'expérience le fait voir. » {Lettre du 22 février 1820.)

230. C'est surtout quand elles sont parvenues à la vie unitive. comme l'indique saint François de Sales, que ks âmes sentiraient vite du dégoût pour une direction trop minutieuse et trop systématique; l'âme contemplative est attirée, le plus souvent, à une simple présence de Dieu et à une union douce et affectueuse; une méditation sur une vertu déterminée lui serait fort à charge; elle se dépouille volontiers de cette multiplicité de pratiques extérieures qui l'aidaient et qu'elle affectionnait autrefois, comme on laisse l'échelle une fois monté K Plus elle avance, plus elle se simplifie; ses tendances, ses pensées, ses affections et ses actes se concentrent, en effet, de plus en plus dans le désir, l'amour et l'accomplissement de la seule volonté divine2.

1 Cf . Libermann, Lettre du 19 août 1835.

1 Cf. Grou, Manuel des âmes intérieures : de la simplicité.

Si donc, dans l'emploi de cette formation spirituelle par probations, il ne faut pas laisser les dirigés s'affranchir par caprice ou par paresse des pratiques qu'on leur suggère, il faut aussi avoir égard aux dispositions ordinaires des âmes avancées et laisser à celles-ci plus de latitude, pour ne pas les détourner de la voie où Dieu les conduit.

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