REMARQUES PRÉLIMINAIRES
231. Nous avons indiqué, dans le chapitre précédent, combien il importe à l'âme pieuse de suivre fidèlement la direction de l'Esprit-Saint. « Toute notre perfection dépend de cette fidélité et l'on peut dire que l'abrégé de notre vie spirituelle consiste à remarquer les voies et les mouvements de l'Esprit de Dieu en notre âme, et à fortifier notre volonté dans la résolution de les suivre, employant pour cet effet tous les exercices : l'oraison, la lecture, les sacrements, la pratique des vertus et des bonnes œuvres. » (P. Lallemant, Doctrine spirituelle, 4e principe, chap. il;
Aussi tous les moyens de sanctification que nous avons signalés n'ont, au fond, pas d'autre fin que de dégager le cœur humain des mille entraves qui l'empêchent d'écouter et de suivre l'appel de Dieu. L'âme pieuse, grâce à de louables efforts, a surmonté les principaux obstacles qui, dans la vie purgative, s'opposaient à ses progrès; elle a commencé à ressentir les opérations suaves de la grâce, à éprouver les douceurs salutaires de la dévotion, qui sont comme les prémices d'une direction plus intime de l'Esprit-Saint; mais il reste encore des causes qui peuvent retarder son avancement; ce sont, le plus souvent, des tendances plus ou moins prononcées à la dissipation, à la recherche du bien-être et à l'amour-propre. Quand elle les aura combattues fidèlement par le recueillement, la mortification, la patience et l'humilité, alors l'action divine, trouvant moins de
rcera avec plus de liberté, et ks inspirations deviendront, sauf les moments d'épreuve et de sécheresse, plus nombreuses et plus pressantes.
232. Il est évident que celui qui. suivrait fidèlement ces inspirations, qui se laisserait guider en tout par l'Esprit de Dieu, n'aurait qu'à s'applaudir d'une aussi sage conduite l. « 0 Dieu, Théotime,-si nous recevions les inspirations cél. stes selon toute l'étendue de leur vertu, qu'en peu de temps nous ferions de grands progrès en la sainteté. » (Saint François de Sales, Amour de Dieu, H, 11.
Xotre plus grand mal est l'opposition que nous apportons aux desseins d" Dieu et la résistance que nous faisons à ses inspirations; car, ou nous ne les voulons pas écouter, ou les t écoutées, nuus les rejetons, ou les ayant reçues nous les affaibl'ssons et les souillons par mille imperfections d'attache, de complaisance en nous-mêmes et de propre satisfaction.
a Cependant, le principal point de la vie spirituelle consiste tellement àse disposer àla grâce parla pureté de cœur, que de deux personnes qui sa consacrent en même temps au service de Dieu, si l'une se donne toute aux bonnes œuvres, et que l'autre s'applique entièrement à purifier son cœur et à retrancher ce qui s'oppose en elle à la grâce, cette dernière arrivera deux fois plus tôt à la perfection que la première. » (Lallemant. Loco citato, § 6.)
Anne de. Jésus, nommée par sainte Thérèse maîtresse des novices à Salamanque, fit de toutes ses novices autant de saintes. Un célèbre professeur de Salamanque lui demanda un jour comment elle obtenait de si beaux résultats : « Je me borne, répondit-elle, à considérer et à suivre la conduite de Dieu dans la direction de chacune d'elles et je ne fais pas autre chose que
1 Un ancien auteur disait que trois mois de fidélité parfaite à toutes les inspirations du Saint-E-prit établissent l'âme dans un état qui la conduirait sûrement à la perfection. Et le P. Pergmayr, S. J. (opuscule sur les Dons du Saint-Esprit, sur la pureté du coeur, p. 106), dit : « Qu'on fasse l'épreuve seulement pendant trois mois de ne jamais rien refuser à Dieu, et l'on verra quel changement il s'opérera et comment tout l'intérieur sera changé. » Un moyen très efficace d'obtenir cette fidélité est de recommander — on pourrait même parfois imposer comme pénitence sacramentelle — la pratique de noter, chaque soir, les résistances à la grâ:e faites de plein gré et avec pleine lumière, mêm- si iésistances ne sont qu; des imperfections.
d'éviter tout ce qui pourrait ou obstruer ou embarrasser ou changer la voie particulière par laquelle II les mène. »
233. Mais connaît-on toujours les inspirations divines, et n'est-on point exposé, parfois, à prendre le change? L'ange deténèbres peut se transformer en ange de lumière, et les conception» de notre imagination ne se distinguent pas toujours, de prime abord, des pensées saintes mises en nous par l'Esprit de Diou.
Aussi les auteurs ont-ils regardé ce qu'ils nomment les règlesdu discernement des esprits, comme un point fort important de la spiritualité.
Les esprits qui agissent sur le cœur de l'homme sont l'Esprit divin, l'esprit humain et l'esprit diabolique.
Parlons d'abord de l'esprit diabolique.