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ET CONCEPTIONS PUREMENT NATURELLES

239. Indépendamment des suggestions diaboliques et despenchants évidemment mauvais de la nature, l'activité humaine peut produire dans l'âme d'autres mouvements et tendances qu'il importe de discerner, pour ne pas les confondre avec les inspirations divines. Nous rangerons ici sous un même chef, comme procédant en tout ou en partie de la nature : 1° les inclinations purement raisonnables; 2° les mouvements bons mais empressés; 3° enfin, les sentiments de mélancolie et detristesse, et les scrupules qui sont sans doute attisés par l'ennemi mais qui viennent, le plus souvent, d'une disposition naturelle, savoir : d'une tendance aux idées sombres, ou d'une faiblesse de jugement.

§ 1. — Les mouvements bons mais purement raisonnables

240. Lorsque l'âme se laisse aller à un bon mouvement par une considération simplement naturelle, l'acte est bon, mais il n'est pas méritoire de la vie éternelle; ou du moins, si l'on adm°t avee saint Thomas (V. supra, n° 43) qu'il y a toujours chez le juste une intention virtuelle de tout rapporter à Dieu, le mérite de cet acte est inférieur à ce qu'il pourrait être. C'est une perte fâcheuse pour l'âme chrétienne. Un directeur doit faire comprendre que les vertus simplement naturelles, ou dans lesquelles la foi a une si faible part, sont insuffisantes, presque nulles pour le ciel ; il doit recommander à son pénitent d'agir avec des intentions plus élevées et dans des vues chrétiennes.

Il est si raisonnable, si juste et si beau d'agirentoutpour Dieu, de chercher toujours à faire sa volonté ! Aussi ne peut-on trop s'efforcer d'inculquer aux âmes la maxime de saint Paul : « Faites tout pour la gloire de Dieu, Omnia in gloriam DeU facite. a

§ 2. — L'empressement

241. Les actes où la nature agit seule indépendamment de la grâce, sont surtout fréquents chez les imparfaits *. Quant aux chrétiens fervents, ces actes purement naturels sont plus rares chez eux, mais il y a souvent dans leurs actions un mélange de nature et de grâce qui nuit à leurs mérites et peut même devenir un danger. Pour employer le langage de saint Paul, l'or s'unit, dans l'édifice de la vie chrétienne, à la paille et au foin, éléments vils qui devront être purifiés par le feu.

C'est dans la pratique du bien et la poursuite des vertus que l'on rencontre, avec les mouvements inspirés par la grâce, cette activité humaine que i'on appelle Y empressement. En même temps que la grâce éclaire l'âme sur les raisons pressantes qui recommandent la perfection, la nature y trouve aussi son compte, elle jouit d'avance et de l'estime qu'elle inspirera, et de la bonne opinion qu'elle aura d'elle-même. Elle s'agite et s'empresse et son action indiscrète veut aller plus vite et plus loin que l'action de la grâce.

Tandis que celle-ci inspire l'horreur du péché et une crainte salutaire d'offenser Dieu, la nature tombe dans des inquiétudes excessives et sans fondement. La grâce produit la vigilance, mais ne détruit point la sainte liberté des enfants de Dieu; la nature engendre la contrainte et la gêne intérieure. La grâce, après une faute commise, excite au repentir et fait naître dans le cœur un regret sincère, profond, mais confiant et paisible; la nature, au contraire, conçoit un chagrin impatient, plein d'amertume, qui trouble et abat.

Il ne faut donc pas s'y méprendre, ces anxiétés, cet empressement dans la recherche de la vertu ne viennent pas de Dieu, mais de nous et de notre amour-propre. Il en est de même, disons-nous, de ces inquiétudes, et de ce dépit que nous ressentons à la suite de nos fautes; c'est l'estime de nous-mêmes qui en est le principe : « Que veut dire que, s'il nous arrive quelque imperfection ou péché, nous sommes étonnés, troublés ou impatients? Sans doute, c'est que nous pensions être quelque chose

'Nous parlons ici des actes délibérés, car, pour les actes instinctifs et indélibérés, nous n'avons pas à nou- en occuper.

li \ EMENT DES ESPRITS il I .3

1 bon, résolu et solide; et partant, quand nous voyons par effet qu'il n'en esc rien et que nous avons donné du nez en terre, nous sommes trompés et, par conséquent, troublés, offenses et inquiétés. Que si nous savions bien qui nous sommes, au lieu d'être ébahis de nous voir à terre, nous nous étonnerions comment nous pouvons demeurer debout l. » (Saint François de Sales, Lettre à VAbesse du Puits-d'Orbe, avril 1604.)

2t2. Il est facile de le comprendre, toutes ces inquiétudes chagrines, tous ces empressements n'opèrent point l'œuvre qu'ils poursuivent, ils l'empêchent, au contraire. « L'inquiétude provienl d'un désir déréglé d'être délivré du mal que l'on sent, ou d'acquérir le bien que l'on espère, et néanmoins il n'y a rien qui empire plus le mal et qui éloigne plus le bien que Pinquiétude el l'empressement. Les ois -aux demeurent pris dedans les filets et lacs, parce que, s'y trouvant engagés, ils se débattent it remuent dérèglement pour en sortir, ce que faisant, ils s'enveloppent toujours tant et plus. Q tand donc vous serez pressée du désir d'être délivrée de quelque mal, ou de parvenir à quelque bien, avant toutes choses mettez votre esprit en repos et tranquillité, faites rasseoir votre jugement et votre volonté, et puis tout b llement et doucement pourchassez l'issue de \ot?e désir, prenant par ordre les moyens qui seront convenables. Et quand je dis tout bellement, je ne veux pas dire négligemment, mais sans empressement, trouble et inquiétude : autrement, en lieu d'avoir l'effet de votre désir, A^ous gâterez tout et vous vous embarrasserez plus fort. » {Vie dévole, iv, 2.)

243. Le moyen d'arriver à cette tranquillité, à cette possession de soi-même, paisible et douce, c'est de s'oublier et de regar-

1 a Quand l'humilité est véritable, l'âme sans doute reconnaît son abj ection ; elle gémit de se voir si misérable, elle est très persuadée de sa propre malice, et comprend que ces sentiments qu'elle a d'elle-même ne sont que la pure vérité; mais cette vue ne lui cause ni trouble, ni inquiétude, ni ténèbres, ni sécheresses; bien au contraire, elle produit en elle paix, joie, suavité et lumière. La peine même qu'elle éprouve la console, parce qu'elle comprend que c'est un bien pour elle de ressentir cette peine; elle voit que cette peine est une grande grâce de Dieu. Si elle gémit d'avoir off-nsé Dieu, d'un autre côté, la pensée de la miséricorde divine dilate son cœur; la lumière qui l'éclairé la couvre, il est vrai, de confusion, mais elle lui fait aussi louer le Seigneur de l'avoir si longtemps soufferte. » (Sainte Thérèse, Vie, ch. xxx.)

21 i DIRECTION DES AMES PT]

der bien plus à Dieu qu'à soi; et quand le regard de l'âme se porte malgré elle sur elle-même, c'est d'accepter son abjection et de ne pas vouloir devancer l'action de la grâce., « D'examiner si votre cœur Lui plaît, il ne le faut pas faire, m.iis oui bien si son cœur vous plaît ; et si vous regardez son cœur, il sera impossible qu'il ne vous plaise, car c'est un cœur si doux, si suav. si condescendant, si amoureux des chétives créatures, pourvu qu'elles reconnaissent leur misère ; si gracieux envers les misérables, si bon envers les pénitents ! Et qui n'aimerait ce cœur royal paternellement maternel envers nous? » (Saint François de Sales, Lettre du 18 février 1618.)

« Vous vous occupez beaucoup trop de vous-même, écriv un séminariste le Vénérable Libermann, c'est une des choses qui vous sont un grand obstacle pour triompher de vos défauts. . . Pourquoi vous mettre toujours en peine et vous troubler, parce que vous avez de la difficulté à vaincre vos défauts? C'esL un pur orgueil. Dieu ne demande pas précisément que vous les vainquiez, mais il veut que vous ayez le désir de les vaincre, et que vous y travailliez pour vous rendre agréable devant Lui. Travaillez-y doucement et paisiblement dans cette vue, et tenez-vous tranquille; mettant ainsi toute votre confiance en Lui seul, vous souffrirez avec patience et tranquillité les défauts qu'i1 plaira à Dieu de vous laisser pour le moment. Si vous vous troublez et vous impatientez, cela vient de ce que vous voulez en être débarrassé pour d'autres raisons qui sont mauvaises : par exemple, pour être plus estimable et plus estimé, etc. Mais tant que vous vous impatienterez ainsi, vous ne les vaincrez pas. » (Lettre du 5 septembre 1837.)

244. Los maîtres de la vie spirituelle sont unanimes à conseiller le mépris de ces petites inquiétudes; tous assurent qu'il serait nuisible d'y prêter attention : « Tâchez, mes filles, disait sainte- Thérèse, de bien comprendre que Dieu ne s'arrête pas, comme vous le croyez, à des minuties, et no laissez pas votre âme et votre esprit se resserrer par des inquiétudes qui pourraient vous faire perdre de grands biens. Ayant une intention droite, une volonté bien déterminée à ne pas offenser Dieu, dilatez voire âme; autrement, au lieu d'acquérir la sainteté, vous tomberiez dans beaucoup d'imperfections auxquelles le démon saurait bien vous pousser, et vous ne feriez, ni pour vous, ni pour les autres,

ut de bien que vous pourriez en faire. » (Chemin de la lion, ch. xli, édit. Bouix, xlii.)

it François de Sales conseillait à sainte Chantai de lire ce ge des œuvres de la « Bienheureuse Mère Thérès<- : il vous i, lui disait-il, à bien entendre le mot que je vous ai dit nt, qu'il ne faut point trop pointiller en l'exercic .-, qu'il faut y aller rondement, franchement, n; à la vieille française, avec liberté, à la bonne foi, grosso modo, c'est que je crains l'esprit de contrainte et de mélancolie. > (Lettre écrite probablement en 1605.)

En - int, dans s. s lettn s, revient souvent sur ce

importance qu'il y attachait :

>mmandement est que vous fassiez comme lant qu'ils sentent leurs mères qui les tiennent par les manchettes, ils vont hardiment et courent tout autour, et ne s'étonnent point des petites bricoles, que la faibl s leur fait faire : tandis ainsi que vous

u vous tient par la bonne volonté et résolution i ir, allez hardiment et ne vous étonnez point de ces petites secousses et choppements que vous , et ne s'en faut fâcher, pourvu qu'à certains intervalles, vous vous jetiez entre ses bras et Le baisiez du baiser de la charité. Allez j :it et à cœur ouvert le plus tôt que vous pourrez; et, si vous n'allez pas toujours joyeusement, allez toujours courageusement et fidèlement. » (Lettre à une novice du 16 janvier 1613.) ,

Surtout il ne voulait pas qu'on se laissât aller, après les chutes, à ces accès de découragement qui portent à tout briser, à tout abandonner. « Il ne faut pas ni rompre les cordes, ni quitter le luth, quand on s'aperçoit du désaccord; il faut prêter l'oreille pour voir d'où vient le détraquement, et doucement tendre la corde ou la relâcher, selon que l'art le requiert. . . » ( A une Supérieure de la Visitation, édition Briday, t. VI, p. 110.)

« Croyez-moi, Philotée, dit-il dans la Vie dévote (1. III, ch. ix), comme les remontrances d'un père, faites doucement et cordialement, ont bien plus de pouvoir sur un enfant pour le corriger que non pas les colères et courroux, ainsi quand notre cœur aura fait quelque faute, si nous le reprenons avec des remontrances douces et tranquilles, ayant plus de compassion de lui que de

passion contre lui, l'encourageant à l'amendement, la repentance qu'il en concevra entrera bien plus avant et le pénétrera mieux que ne ferait pas une repentance dépiteuse, ireuse et tempéteuse.

« Pour moi, si j'avais, par exemple, grande affection de ne point tomber au vice de la vanité, et que j'y fusse néanmoins tombé d'une grande chute, je ne voudrais pas reprendre mon cœur en cette sorte : N'es-tu pas misérable et abominable, qu'après tant de résolutions tu t'es laissé emporter à la vanité? Meurs de honte, ne lève plus les yeux au ciel, aveugle, impudent, traître et déloyal à ton Dieu, et semblables choses. Mais je voudrais le corriger raisonnablement et par voie de compassion : Or sus, mon pauvre cœur, vous voilà tombé dans la fosse, laquelle nous avions tant résolu d'échapper. Ah ! relevons-nous, et quittons-la pour jamais, réclamons la miséricorde de Dieu, et espérons en elle, qu'elle nous assistera pour désormais être plus ferme, et remettons-nous au chemin de l'humilité. Courage, soyons meshui sur nos gardes, Dieu nous aidera, nousferonsprou. EL voudrais sur cette repréhension bâtir une solide et ferme résolution de ne plus tomber en la faute, prenant les moyens convenables à cela, et mêmement l'avis de mon directeur. »

2iô. Tous ces conseils tendent au même but, ne jamais céder aux mouvements de la nature et ne suivre en toutes choses o/ie l'impulsion de la grâce.

Ce sont les cœurs ardents, surtout, qui ont besoin sur ce point d'une direelion ferme et constante : on retrouve l'empressement dans tout le détail de leur piété.

Ainsi, dans la pratique du recueillement, souvent 'Js se feront violence pour allier la présence sensible de Notre-Seigneur avec leurs occupations : ils se banderont la tête et se condamneront à un serrement de cœur et à une tension d'esprit excessive, au lieu de pratiquer un recueillement suave et paisible. De même s'ils éprouvent de l'aridité dans leur oraison, ils feront d< s efforts inouïs pour tirer de leur cœur des actes affectifs au lieu de se tenir simplement devant Dieu avec un amour tout intérieur et une disposition de profond anéantissement.

Il en est d'autres qui, dans leurs examens de conscience, épluchent leur conduite avec un soin exagéré, dans la crainte qu'il ne leur échappe quelque chose. « Pour vos examens,

écrivait à un séminariste le Vén. Libermann, le mieux, je crois, est de vous mettre, tranquillement devant Dieu, attendant toute chose de Lui seul. Quand vous sentirez voire cœur bien paisible et bien uni à Dieu, commencez à ouvrir doucement les ytux intérieurs de votre âme sur vous-mêmes, pour examiner en quoi vous avez péché. Je vous dis de les ouvrir doucement, car il ne faut pas que vous mettiez trop de vivacité et trop d'avidité dans la recherche de vos fautes. » [Lettre du 19 août 1835.)

Mais ce qui est plus fréquent encore et peut devenir grandement nuisible aux progrès spirituels, c'est l'ardeur naturelle, l'activité empressée que l'on apporte dans ^accomplissement des devoirs d'état. Comme l'objet en est louable, on n'est pas en garde contre ce défaut, et on s'expose à rejeter la conduite de l'Esprit de Dieu et à ne plus agir qu'humainement. En s'abandonnant au goût que l'on éprouve pour des travaux auxquels on doit se livrer, on arrivera même à négliger d'autres devoirs tout aussi pressants, mais moins agréables.

2'i6. Il est sur toute cette doctrine une remarque importante à faire : dans la première période d'une vie dévote, quand l'âme qui vient de s'engager résolument au service de Dieu ressent toutes les ardeurs d'une piété naissante, ces élans généreux et violents sont dans la marche ordinaire des choses; il faut les diriger plutôt que les réprimer, vanter à cette âme novice la beauté, lasubl;mité delà venu à laquelle elle se sent si vivement attirée, et lui inspirer un désir puissant et profond de l'acquérir.

Mais ce qui est violent ne dure pas. Quand l'âme sera complètement gagnée et solidement résolue, il faudra écarter d'elle la précipitation, le trouble, l'activité inquiète et empressée. « Votre grande mortification, écrivait à un Directeur de séminaire le Vénérable Libermann (1839. Lettre 187), doit être d'amortiret de modérer la trop grande activité et vivacité de l'esprit et du cœur; de viser en toutes choses à Dieu, mais doucement, suavement et paisiblement; de ne jamais admettre de mouvement violent qui vous emporte, même les mouvements de piété, qui doivent être amortis, adoucis, modérés, lorsqu'ils ont un caractère de violence et d'impétuosité d'esprit. Il ne faut jamais suivre un mouvement intérieur qui ne laisse pas votre esprit en repos devant Dieu, qui ne vous attire et ne vous unit

pas uniquement et paisiblement à Dieu . . . Dieu attire vivement mais toujours en toute paix. »

Si le dirigé porte jusque dans ses prières et ses oraisons cette impétuosité excessive, il faut l'engager à s'y comporter avec plus de tranquillité et de paix. « Il faut, tâcher avec douceur de réprimer la violence de ces élans, dit sainte Thérèse, et faire peu à peu rentrer Pâme dans le calme, de même qu'on apaise les pleurs des enfants en leur donnant à Loire. La raison doit tenir la bride pour modérer ces mouvements impétueux, dans la crainte qu'il ne s'y mêle de l'imperfection et qu'ils ne soient en grande partie F ouvrage des sens et de la nature. Ainsi, il faut calmer l'âme comme le petit enfant, par une caresse d'amour, et la porter à aimer Dieu d'une manière suave, non avec une impétueuse violence. Cette âme doit s'appliquer à recueillir son amour au dedans d'elle-même, sans le laisser se répandre au dehors comme un vase qui bout trop fort et déborde de tous côtés, parce qu'on a jeté au feu du bois sans discrétion. » {Vie, ch. xxix).

247. De cette activité inquiète de la nature naît souvent encore un autre mal : c'est le désir d'être ailleurs que là où Dieu nous veut, de chercher la perfection, en dehors des voies où Dieu nous a placés. « C'est le mal des maux, disait saint François de Sales, entre ceux qui ont des bonnts volontés, qu'ils veulent toujours être ce qu'ils ne peuvent pas être, et ne veulent pas être ce qu'ils peuvent être. » (Lettre à une religieuse, 3 avril 1606)

248. Tel est donc l'empressement, défaut très commun chez. les âmes ardentes. « J'ai é'té malade de cette maladie », écrivait saint François de Sales à sainte Chantai (Lettre du 21 novembre 1604), et on voit qu'au début de sa direction cet admirable Saint regardait comme l'un de ses principaux devoirs de prémunir l'âme généreuse de sa pénitente contre cette activité naturelle et imparfaite. En effet, moins on laissera la nature agir, plus seront puissantes les opérations de la grâce.

§ 3. — Les scrupules

249. Il y a une crainte d'offenser Dieu inspirée par la grâce; mais à côté se place souvent, chez les âmes pusillanimes ou d'un jugement défectueux, une peur excessive et déraisonnable,

' RNEMENT DES ESTHÏPS 219

•qui voit le mal où il n'est pas et qui produit les angoisses les plus -douloureuses. Cette tendance au scrupule est une disposition déplorable; ellr peut être grandement funeste. Les scrupules

urnent de la prière, dégoûtent de l'oraison, éloignent des

ments, affaiblissent la confiance en Dieu, enlèvent toute force et toute énergie; enfin, par les ténèbres, les troubles qu'ils

ient, et surtout parle découragement qu'ils produisent, ils font plus qu'empêcher lout progrès, ils engendrent bien des tes et amènent insensiblement la ruine de la piété '. Les scrupuleux ne se rendent pas assez compte des dangers qui les menacent; il faut les éclairer, afin que, désireux d'obtenir une grande liberté de cœur, ils la demandent à Dieu par des prières ferventes, et qu'ils fassent des efforts sincères pour se •corriger de leur malheureuse inclination.

250. Après la prière, le remède le meilleur, ou plutôt l'unique — • nous traduisons saint Liguori — c'est l'obéissance. Avant tout, continue le saint Docteur (Praxis confessarii, n° 95), que le directeur persuade bien ses pénitents scrupuleux de c> s deux vérités, qu'ils n'ont rien à craindre en obéissant, et qu'ils ont tout à craindre .s'ils n'obéissent pas. Il leur rappellera souvent le mot de Jésus-Christ : Qui vos audit, me audit. « Qui vous 'écoute. » Il leur remontrera l'insulte qu'ils font à Dieu. I de sa parole, doutant de sa bonté et violant ses

recommandations. Il leur alléguera l'autorité de tous les Docteurs et de tous les Sain! s. Saint Liguori cite à ce sujet saint Bernard, saint Antonin, saint François de Sales, saint Philippe i îiérèse, saint Jean de la Croix, saint Ignace, etc.

rappellent que jamais l'âme obéissante n'a péri et que la nce en cette matière peut entraîner les plus grands maux, empêchant tout progrès, ruinant toute dévotion et conduisant au désespoir et même à la damnation. Il se montrera très dt»ux quand ils auront été obéissants, très sévère en cas d'insoumission. (Id. Theolog. mor. L. I, n° 16). El l'obéissance qu'il faut exiger est une obéissance aveugle : « Point de raisonnement, leur dira-t-il; votre imagination est une folle; on ne raisonne pas avec les fous. Par ailleurs, le démon met en œuvre

1 C'est ce qui arriva notamment à Luther. Dans sa jeunesse religieuse ait en proie à de grands scrupules.

toutes ses ruses pour embarrasser votre pauvre esprit; il vous éblouit par toutes les raisons plus ou moins spécieuses qu'il vous présente; il vous embrouille à plaisir, puis il se rit de vous, quand il vo:t que vous l'avez écouté et que vous l'avez cru. »

Ainsi, le scrupuleux ne doit pas disputer avec son imagination ni chercher à résoudre les difficultés qui se présentent en foule à son esprit, à peser les objections aux décisions données; il doit se contenter de faire des actes de foi brefs, fermes, répétés, aux vérités qui lui ont été exposées par son confesseur : Dieu est un Père d'une bonté infinie ; Il ne punit pas les pensées involontaires; Il récompense, au contraire, ceux à qui ces pensées déplaisent; Il a institué la confession pour le repos des âmes et non pour leur torture; son Église enseigne formellement qu'une simple confession faite de bonne foi suffit pour effacer les péchés les plus graves, même si le pénitent a oub-.'é de les accuser.

S'appuyant sur ces principes, le confesseur défendra de reve- / nir. sur le passé sans permission formelle de sa part. Il vaut mieux, enseigne saint Liguori, manquer à l'intégrité de la confession que de s'enfoncer dans le scrup^e. Il ordonnera de chasser impitoyablement, comme on chasse des pensées obscènes, tous les troubles, inquiétudes et découragements qui envahissent l'esprit, de n'en tenir nul compte dans la pratique, de ne jamais, par exemple, se priver de la communion, à moins que l'on puisse jurer devant Die/u que l'on est coupable de péché mortel.

Il interdira toute réflexion de nature à entretenir les angoissa s de l'esprit, même ces pensées de l'enfer, du jugement de Dieu, qui sont excellentes en elles-mêmes, mais nuisibles aux scrupuleux. Ceux-ci ne devront méditer que la bonté de Dieu, sa miséricorde infinie, l'amour incompréhensible du Cœur de Jésus, le désir brûlant qu'il a de sauver les âmes; la puissance <]<■ Marie, la tendresse de cette bonne Mère pour les pécheurs, etc.

Enfin, il recommandera d'être gai, affable, aimable avec chacun, de ne rien laisser paraître de sa mélancolie. « Gardez- vous des empressements, des mélancolies et des scrupules. Vous ne voudriez, pour rien au monde, offenser Dieu; c'est bien assez pour vivre joyeuse. » (Lettre de saint François de Sales à sainte Chantai. 24 juin 1604).

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