Le directeur rendra 'à ses pénitents scrupuleux le plus
grand service en les obligeant, malgré leurs sottes inquiétudes,, à communier sans être absous. Ils obéissent, en effet, à un sentiment égoïste et nullement au désir de plaire à Dieu, quand ils réclament avec instance l'absolution; ;ls espèrent par là vo'r finir leurs troubles, et dans leur lâcheté ils aiment mieux obtenir ainsi la fin de leurs tourments que de faire, coûte que coûte, acte d'obéissance. Quand, au contraire, par soumission aux décisions de leur directeur, ils foulent aux pieds leurs angoisses, alors ils pratiquent excellemment, quoique sans goût et sans consolation, la foi, la confiance en Dieu, l'amour. La foi leur dit que Dieu leur parle par la bouche de leur directeur, ils font donc acte de foi en obéissant; ils font acte de confiance en s'appuyant sur la bonté et la miséricorde divine; enfin et surtout ils font acte d'amour : « j'obéirai, disent-ils, à quelque prix que ce soit,. puisque mon obéissance ravit Je cœur de mon Dieu. Je souffrirai sans doute, j'endurerai de vraies tortures, mais Dieu sera content, et cela me suffit. » Par ces victoires péniblement achetées, ils obtiennent des grâces fort précieuses; ils maîtrisent peu à peu leur imagination et ils acquièrent à Ja longue la paix del'âme. Dieu, qui excelle à tirer le bien du mal, fera servir à leur plus grand bien cette dure épreuve; la paix qu'ils auront conquise sera profonde et durable, et ils serviront Dieu avec une humilité plus profonde et une confiance absolue.
Article III. — Marques de l'inspiration divine
§ 1. — U inspiration divine en général
252. « C'est le propre de Dieu et de ses anges, lorsqu'ils agissent dans une âme, d'en bannir le trouble et la tristesse que l'ennemi s'efforce d'y introduire, et d'y répandre la véritable allégresse et la vraie joie spirituelle. Au contraire, c'est le propre de l'ennemi de combattre cette joie et cette consolation intérieure par des raisons apparentes^, des subtilités et de continuelles illusions.
« Le bon ange a coutume de toucher doucement, légèrement et suavement l'âme de ceux qui font chaque jour des progrès
dans la vertu; c'est, pour ainsi dire, une goutte d'eau qui pénètre une éponge. Le mauvais ange, au contraire, la touche durement, avec bruit et agitation, comme l'eau qui tombe sur la pierre. » (Saint Ignace, Exerc. spir., Discernement des esprits). Si l'inspiration de faire ou d'omettre une chose n'a été précédée d'aucune considération ou réflexion, si elle s'est présentée à l'esprit tout à coup, au moment où l'on n'y pensait pas, et quand rien n'y faisait songer, on peut présumer qu'elle vient de Dieu K La nature ne procède pas si brusquement. Dans ce phénomène habituel à l'tsprit humain, que les psychologues modem' s nomment l'association des idées, il y a toujours une liaison entre les deux idées qui se suivent; elles s'appellent par quelque rapport, et la rêverie en apparence la plus incohérente n'est point exempte de quelque enchaînement naturel. Quant au on, il ne peut agir directement que sur les sens internes ou mes; pour atteindre la volonté, ou bien il proposera des /malion, ou bien il remuera les passions2. Il peut, il est vrai, agir brusquement, mais, comme nous l'avons dit, =on reconnaît facilement le tentateur au trouble et à l'inquiétude qu'il produit.
Ainsi l'opérai ion divine, et elle seule, atteint directement la volonté. Q.iand Dieu agit de la sorte sur. la volonté et que l'action humaine ne vient point troubler l'action divine, l'élan qu'on éprouve est un élan suave, qui tend plutôt à Dieu qu'à l'objet spécial dont il s'occupe, et l'esprit demeure •en repos, ou du moins son action est calme et modérée. Quand, au contraire, le mouvement vient de la nature ou du démon, ce -ont les autres facultés qui sont directement atteintes; l'imagi- >n s'embrase, l'intelligence devient très active, les idéts se
1 Ce n'est qu'une présomption. œ n'est pas un indice suffisant pour -qu'on en tire une règle de conduite absolue. Sainte Théièse parlant des paroles intérieures (Ge D. m., ch. m) dit qu'on reconnaît à divers signe; qu'elles ne viennent pasde l'imagination, entre autres à celui-ci : « Souvint l'âme no pensait pas à la chose qui lui l'inspiration
lui vient comra0 hors de propos, parfois même pendant q
n cette parole intime répond kà - qui ne
que lui traverser l'esprit, ou qui sont même passées, souvent à des s auxquelles elle n'a jamais songé; elles ne peuvent donc être nvre de l'imagination. »
8 Cf. Exerc spir., 2e et S" règles, 29 semaine.
succèdent et se pressent, les raisonnements abondent et la volonté ainsi excitée poursuit l'objet de son désir avec raideur et souvent avec obstination *.
. Telles sont les règles principales doni. ascétiques pour le . discernement d's inspirations divines. Il arrive assez souvent aux âmes pieuses de-poser cette quesl i illm >je, dois-j- :nme-
une inspiration de la grâce et y conformer ma conduite? » Pour répondre sainement à cette demande, voici, en résumé, ce qu'il faut considérer.
1° L'œuvre à laquelle on se sent porté est-elle bonne en ellemêni
2° Est-elle prudente et sage, c'est-à-dire n'est-elle point obstacle à un plus grand bien, ou n'enlraînerait-elle point que!' ise?
ci0 L'intention, c'i st-à-dire le but visé, est-il saint, les motif? qui pressent d'agir sont-ils surnaturels? CVst en effet le motif qui spécifie l'acte, c'est l'intention qui fait la valeur de nos œuvres.
4° Cette œuvre respire-t-elle l'abnégation, la charité? effet, ce qui vient de la nature dénote toujours une certaine de soi-même. La marque la plus sûre de l'abnégatioa est l'indifi et la disposition où l'on est d'ace ■
plir en tout et toujours la volonté divine, n'attendant qu'à la connaître pour prendre une décision.
5° Enfin, l'inspiration est-elle accompagnée de paix, de confiance en 1 ,:iîleurts marques de la bonté detoutes les inspirations, et particulièrement des extraordin-' c'est la paix et la tranquillité du cœur qui ks reçoit : car pEsprit divin est vraiment violent, mais d'une violence douce> suave et paisible. » {Amour de Dieu, vm, 12).
6° S'il s'agit de choses importantes, l'attrait est-il dur et constant? Les inclinations, désirs, projets, qui sont- le fruit de l'imagination, participent au caractère de cette facul tieUement mobile et changeante, ils passent ou se modi:
nn. Lettres, 12 novembre 1841, 12 décembre . 31 décembre 1841, 22 octobre It
bien vite. Il en est de même des suggestions diaboliques, car elles se font, avons-nous dit, par l'intermédiaire de l'imagination.
254. Sainte Chantai s'était m;se sous la direction de saint François de Sales; inquiète de savoir si dans cette affaire elle avait obéi à la voix de la grâce ou si elle s'était laissée conduire par un instinct purement humain, elle faisait part de ses doutes au saint évêque. Or voici la réponse pleine de sagesse qu'elle reçut.
« Le choix que vous avez fait a toutes les marques d'une bonne et légitime élection; de cela n'en doutez plus, je vous supplie. Le grand mouvement d'esprit qui vous y a portée presque par force et avec consolation, la considération que j'y ai apportée avant d'y consentir; ce que ni vous ni moi ne nous en sommes pas fiés à nous-mêmes, mais y avons appliqué le jugement de votre confesseur bon, docte et prudent; ce que nous avons donné de loisir aux premières agitations de votre conscience pour se refroidir, si elles eussent été mal fondées; ce que les prières non d'un jour ni de deux, mais de plusieurs mois ont précédé, sont indubitablement des marques infaillibles que c'était la volonté de Dieu.
« Les mouvements de l'esprit malin ou de l'esprit humain sont bien d'autre condition. Ils sont terribles et véhéments mais sans constance. La première parole qu'ils jettent à l'oreille de l'âme qui en est agitée, c'est de n'ouïr point de conseil, ou si elle en ouït, que ce soient des conseils de gens de peu et sans expérience. Ils pressent, ils veulent qu'on trousse marché avant que de l'avoir traité, et se contentent d'une courte prière, qui ne sart que de prétexte pour établir les chosesles plus importantes. » (Lettre du 14 oct. 1604).
255. Telle est donc la marche à suivre dans les affaires importantes : il faut autant que possible ne pas prendre à la hâte une décision, se donner le temps de prier Dieu, de consulter des gens vertueux et prudents, et de laisser apaiser l'impression première qui; si elle est naturelle, tombera d'ordinaire assez vite.
Après cela, pour être plus sûr de suivre la volonté divine, on renoncera à toute considération naturelle, on se placera dans une indifférence complète, de façon à dire en toute sincérité, comme saint Paul : Domine, quid me vis facere? Seigneur, je n'ai •qu'un désir, c'est de faire votre volonté.
De la sorte, on parviendra à agir purement pour Dieu, à obéir uniquement à l'impulsion de l'Esprit-Saint et à donner à ses œuvres un plein mérite, et cela même dans les cas où la nature et la grâce tendent au même but et inspirent les mêmes desseins.
256. Écoutons encore là-dessus saint François de Sales : « Quand la prudence humaine se mêle de nos desseins, il est malaisé de la faire taire, car elle est merveilleusement importune et se fourre ardemment et hardiment en nos affaires malgré nous. Qae faut-il faire là-dessus, afin que l'intention soit purifiée ? Regardons si notre dessein peut être légitime, juste et pieux, et s'il le peut être, proposons et délibérons de le faire, non plus pour obéir à la prudence humaine, mais pour en icelui accomplir la volonté de Dieu.
« Si nous avons une fille, par exemple, que la prudence humaine dicte devoir être colloquée en religion, pour quelque raison de l'état de nos affaires, or sus nous dirons en nousmêmes, je ne dis pas devant les hommes, mais devant Dieu : O Seigneur, je vous veux offrir cette fille, parce que telle qu'elle est, elle est la vôtre; bien que ma prudence humaine m'inéite et incline à cela, si est-ce, Seigneur, que si je savais que ce ne fût pas aussi Votre bon plaisir, malgré ma prudence inférieure, je ne le ferais nullement, rejetant en cette occasion ladite prudence, que mon cœur sent, mais à laquelle il ne désire point consentir, et, embrassant votre volonté, que mon cœur- n'aperçoit pas salon son sentiment, mais à laquelle il consent selon sa résolution... Et cela fait, laisser clabauder la prudence humaine tant qu'elle voudra : car l'œuvre ne sera plus la sienne, et vous lui pourrez dire, comme les Samaritains dirent à la Samaritaine, après qu'ils eurent ouï Notre-Seigneur : « Ce n'est pas meshuy pour ta parole que nous croyons, mais parce que nous-mêmes l'avons vu et entendu. »
« Ce ne sera plus pour la prudence humaine, bien que ce soit •ille qui ait excité la volonté, que vous ferez cette résolution, mais parce que vous avez connu que Dieu l'aurait agréable; ainsi par l'infusion de la volonté divine, vous corrigerez la volonté humaine. » (Lettre à une Dame. Édition Briday, t. VI, p. 389).
257. Dans les choses de moindre importance, ce serait une erreur de vouloir longuement délibérer.
226 1MRF.CTL0N DF.S A MKS MHlSt'S
« Es menues actions journalières, esquelles même la faute n'est ni de conséquence, ni irréparrable, qu'est-il besoin de faire l'embesogné, l'attentif et l'empêché à faire des importunes consultations? A quel propos me metlrai-je en dépense pour apprendre si Dieu aime mieux que je dise le Rosaire ou l'Office de Notre-Dame, puisqu'il ne saurait y avoir tant de différence entre l'un et l'autre qu'il faille pour cela faire une grande enquête? que j'aille plutôt à l'hôpital visiter les malades qu'à vêpres; que j'aille plutôt au sermon qu'en une église où il y a indulgence? Il n'y a rien pour l'ordinaire de si apparemment remarquable en l'un plus qu'en l'autre, qu'il faille pour cela entrer en grande délibération. Il faut aller tout à la bonne foi et sans subtilité en telles occurenccs et, comme dit saint Basile, faire librement ce que bon nous, semblera pour ne point laisser notre esprit perdre le temps et nous mettre en danger d'inquiétude, scrupule et superstition. » (Traité de V Amour de Dieu., viil, 14). |
258. Un des sujets les plus fréquents de préoccupations et d'inquiétudes pour les âmes pieus s ce sont les sacrifices qui se présentent à elles; souvent elles ne savent si elles doivent les accomplir. D'une part, en effet, elles sont portées à pratiquer le renoncement toutes les fois qu'il est possible; d'un autre côté, elles se demandent s'il est sage de prendre en toute occasion le contre-pied, de leurs idét s et de leurs volontés; est-ce bien toujours l'Esprit de Dieu qui les pousse dans cette voie? N'y a-t-il point crainte pour elles d'excéder et de commettre de réelh s imprudences?
Pour résoudre ces doutes, il faut se reporter aux règles <!•■ saint Ignace, données plus haut, et, pour savoir si les remord* que l'âme ressent après avoir suivi le parti de la nature viennen; de Dieu ou de l'ennemi, on doit examiner avant tout quelle es la disposition habituelle de cette âme. Si elle est pleine de foi, maie encore trop sensuelle et immortifiée, l'Esprit de Dieu lui reproche certainement, par dt s inspirations, intérieures, son amour d'elle-même et son attachement excessif à sa volonté propre; ce sera donc faire écho à l'Esprit-Saint que de l'encourager à la mortification et au sacrifice.
Mais s'il s'agit des âmes d'une entière bonne volonté, « de ces personnes qui travaillent courageusement à se purifier de leurs
r.\i:Mi:\'T df.s r.si'RiTS 227
péchés », les inspirations de la grâce sont bien plus douces et
suaves : « C'est pour ainsi dire une goutte d'eau qui pénètre
une éponge » (V. Supra, n° 252), y entrant sans secousse et
comme insensiblement. Si donc ces personnes se sentent trou-
. inquièl' s, ces troubles, ces angoisses ne procèdent pas de
; ils viennent ou de la nature ou de Satan. Il faut donc s'en
défier et ne pas se laisser entraîner dans la voie du sacrifice au
les limites de la prudence chrétienne. Non pas qu'on doive
•cesser de regretter ses faiblesses et abandonner la sainte vertu
de mortification; mais on doit la pratiquer, selon le mot de
suint François de Sales, « rondement, à la bonne franquette »,
tout en s'humiliant quand on y manque, et en se promettant
toujours d'être plus fidèle à l'avenir.
259. Ce sont là 'es conseils que donnèrent à Mmc de la Maisonfort ses deux illustres directeurs : « En me conseillant de me livrer à ces petits sacrifices, on — c'est de Fénelon qu'elle parle — on m'a pn s, rit les bornes qu'ils doivent avoir, comme de ne rien faire contre l'édification, à plus forte raison contre la charité, le secret; de ne pas même suivre certains instincts qui pourraient aller à des choses trop fortes et qui iraient à me faire •croire insensée, que Dieu ménage trop ma faiblesse pour rien exiger de semblable de moi, et qu'enfin l'obéissance me mettrait à couvert de tout ce qui irait au delà de certaines simplicités, qui ne peuvent jamais aller à l'éclat, ni me rendre inutile à l'œuvre d« ma vocation. On m'a dit de plus, lorsque je ne discerne pas bien si c'est une simple pensée de l'esprit ou un mouvement de grâce qui me porte à ces petits sacrifices, de décider, dans le doute, en ma faveur, et de supposer que tout ce qui me vient avec inquiétude et par réflexion vient de mon scrupule et point de l'Esprit de Dieu. »
Bossuet, à qui ces lignes étaient adressées, approuva pleinement cette doctrine. Dans une autre lettre, Bossuet lui écrivait : « En général il est bon de faire ces petites choses, parce qu'on obtient par là la grâce d'en faire de plus grandes; mais dès que Cela vient avec trouble, il est mieux de le laisser; la paix est préférable à ces petits sacrifices, qui se peuvent faire ou laisser. »
260. En résumé, si l'âme vraiment fervente, habituée à la mortification, demeure parfois en balance, se demandant si elle ferait sagement de s'imposer tel sacrifice dont l'occasion se
présente, qu'elle ne cherche pas à se raidir contre elle-même, ce qui serait ag>r par activité naturelle et non par le mouvement de la grâce. Elle devra plutôt se mettre dans l'indifférence, protester qu'elle ne veut rien de contraire à la volonté divine, demander amoureusement à Dieu de venir au secours de sa faiblesse et attendre en paix que les circonstances lui indiquent, la moment venu, la conduite à suivre; et tout cela sans trouble, sans empressement, rondement et aimablement. Cette manière de faire est plus humble et certainement plus conforme à ce que Dieu demande d'elle.
Il est, en effet, de saints désirs, ne tendant qu'à la gloire de Dieu, ayant toutes les marques de l'inspiration divi.îe, et que Dieu, cependant, ne veut pas voir accomplir l. « Il veut alors que nous profitions, pour notre sanctification, du seul désir qu'il nous a donné, et cela produit parfois plus de bien dans nos âmes que si, avec la grâce divine, nous avions réalisé ce désir. » (Vén. Libermann. Lettre du 24 janvier 1842). Ainsi en est-il de certains désirs de mortification, de zèle, de dévouement, désirs partant d'un cœur sincère et généreux, mais auxquels les circonstances s'opposent, ou que dis événements ménagés par la Providence empêchent d'exécuter. « Ce qu'il y a à faire dans ce cas, c'est de se contenter de ses soupirs devant Dieu, sans vouloir absolument en venir à l'exécution, attendant que Notre- Seigneur nous fasse agir. . . Ces désirs (quand ils viennent vraiment de la grâce) produisent une grande humiliation, un grand anéantissement devant Dieu, une très grande ferveur d'esprit et de cœur, un parfait abandon à la volonté divine, et, dans ces âmes où Dieu agit par amour, ils opèrent cette langueur d'amour qui produit en nous une grande perfection. »
Si, au lieu de demeurer de la sorte entièrement soumis à l'action de la grâce, on y mêlait de l'empressement, si on cédait à l'impulsion inquiète de la nature, les effets seraient tout diffé-
1 Sœpe Spiritus Sanctus prsebet desiderium alicujus rei cujus exeeutioncm non vult, sicut prsebuit Davidi voluntatem œdificandi templum et Abrahamo voluntatem sacrificandi filium, a quibus executionem non acceptavit; immittit enim interdum Spiritus Sanctus taie desiderium propter bonum et meritum ipsius, quamvis ad executionem perventurum non sit, aut pervenire non expédiât. — Suarez. De religionc, tract, vu, lib. v., cvin, n° 3.
rents : « Un mal qui arrive souvent consiste en ce que les âmes sentant cette impression du désir que la grâce divine excite en elles, agissent ensuite par elles-mêmes, se poussent et s'animent avec violence pour en venir à l'exécution. Elles vont plus loin que Notre-Seigneur ne les pousse, et, ce qui est pire, même lorsque le Maître ne les pousse plus du tout, elles veulent toujours aller. L^s résultats de cette conduite ne sont pas bons, au moins pour l'ordinaire. Tantôt elle excite l'amour-propre, l'ambition spirituelle, la présomption, etc., tantôt elle porte au découragement, tantôt elle produit la contention, le trouble, l'inquiétude, le scrupule même. Dans tous les cas, cette conduite fait entrer l'âme dans une fausse \oie, l'expose à des illusions et la met sous l'empire de l'imagination et de sa propre action, inconvénients graves et qui éloignent de Dieu. » (Yen. Libermann. Lettre du 2i janvier 1842.)
A § 2. — La Vocation
261. Xous avons donné les marques des inspirations divines; les plus importantes de ces inspirations sont celles que Dieu nous envoie pour nous faire connaître quel genre de vie nous devons embrasser. L'ensemble de ces grâces et de ces lumières constitue la vocation.
Il nous semble superflu de nous attarder sur la vocation à l'état séculier; l'absence d'aspirations ou d'aptitudes à un état supérieur suffirait à l'indiquer comme un état voulu de Dieu, puisque c'est la voie commune, et que l'on doit y rester, si l'on ne se sent pas poussé par la grâce à un genre de vie plus parfait.
Que l'on soit appelé, en restant dans le monde, à tel état plutôt qu'à tel autre, c'est la Providence, par le cours régulier des événements ou par un goût nature), qui le détermine.
Dieu incline en effet les âmes, par les attraits qu'il met en elles et par les aptitudes qu'il leur donne, à l'accomplissement des desseins de sa Pro^dence. Notons seulement que pour faire Connaître les vues de Dieu, des attraits peu durables ou des répugnances faibles et momentanées ne prouveraient rien, tandis que des attraits ou des répugnances persistantes sont une marque de sa volonté.
230 imu-.cTiox des a. mes pieuses
262. Écoutons, pour ce qui regarde l'état du mariage, deux décisions de saisît François de Saks.
« Puisque votre désir n'est nullement en l'indifférence, mais totalement penché au choix du mariage, et que, nonobstant ipte vous avez recours à Dieu, \ous vous y sentez encore attachée, il n'est pas expédient que vous fassiez violence à une si forte impression par aucune sorte de considération; car toutes les autres circonstanoes n'ont point de poids au prix <le cette inclination et propension que vous avez, laquelle, à la vérité, si elle était faible et débile, serait peu considérable, mais, étant puissante et ferme, elle doit servir de fondement à la résolution. »
Lis bon Saint voulait donc que, sur ce point comme sur les autres, on commençât par implcirer le secours de Dieu, puis qu'on s'en rapportât à l'attrait intérieur comme signe de la volonté divine; si l'attrait faisait défaut, il conseillait vivement de ne pas embrasser ce parti; il recommandait surtout de ne pas l'embrasser à contre-cœur. « Hélas ! écrivait-il, ces âmes qui ont une inclination toute partiale pour le mariage, pour h rureux qu'il soit, y trouvent tant d'occasions de patience et de modification qu'à grand'p.-ine en pt uv •nt-eîh s porter le tord • au; et comment feriez-vous, y entrant tout à fait à contrecœur? En d'autres conditions, j'ai vu cent fois de l'allégement, en celle-ci jamais. » (Lettre du 31 mars 1G20). Tribulationem carnis habebunt hujusmodi, a dit saint Paul parlant des époux, ils auront en partage beaucoup de tribulations. Que dire après cla des chrétiens qui s'engagent dans le mariage sans réflexion, par boutade ou par entraînement, et non pour accomplir la volonté de Dieu?
2G3. La vocation à un état supérieur doit être surtout examinée avec soin l\ donnons d'abord les marques de non-vocation, puis les sigm s positifs de l'appel divin.
L s marques de non- vocation sont l'existence de devoirs
1 On ne doit point juger soi-itrême de sa location: ei itière,
plus qu'en aucun- au i Privait
trs ou le dir d.1 ians l'examen de la
vocation. Dieu ne refuserait pas ses g lui qui aurait humble-
ment obéi, tandis que calui-là s'exposerait grandement qui ne prendrait conseil que de lui-même dans une chose aussi grave.
urgents et certains, incompatibles avec le genre de vie que l'on rait à embrass-r, et le défaut d'aptitude.
« Si ton père ou ta mère ont une vraie nécessité de ton assistance pour vivre, il n'est pas temps alors de pratiquer le conseil de la retraite en un monastère. » (Saint François de Sales, Traite de V Amour de Dieu, vill, 6.) C'est ainsi encore que le droit canon défend d'admettre à la profession religieuse ceux qui ont d< s dettes et que l'on placerait par là dans l'impossibilité de li s acquitter.
Xuus disons des devoirs pressants et certains : il ne faudrait pas s'arrêter, en effet, à des considérations purement humaines et r.fuser obstinément d'approuver une vocation, sous prétexte que l'àme, qui se dit appelée, ferait beaucoup plus de bien dans un autre état que dans celui auquel elle aspire, dans la vie active, par exemple, que dans l'état contemplatif. Dans ce cas, il est sage, sans doute, de rendre l'épreuve plus longue et plus rigoureuse; mais si l'attrait persiste avec toutes les marques d'un attrait divin, il faut se rappeler que la sagesse de l'homme est toujours courte, que tes jugements de Dieu sont bien différents des nôtres — non enim cogitationes meœ cogitationes vestrae, neque viœ vestrœ vise mess (Isaïe, lv, 7) — et ne pas résister à l'Esprit-Saint.
264. Le défaut d'aptitude est un signe de non-vocation, car quand Dieu dest'ne une de ses créatures à un genre de vie ou à une situation quelconque, sa Providence lui donne les moyens indispensables pour cette fin. Et cela est si vrai que, quand bien même lattrait aurait toutes les marques d"un attrait inspiré de Dieu, en cas d'inaptitude on devrait n'en pas tenir compte, comme nous le disions plus haut. Dieu peut, pour la sanctification des âmes, leur inspirer des désirs dont il ne veut pas ution. Remarquons-le toutefois, quand l'attrait si at éprouvé se montre revêtu de tous les caractères d'un attrait divin, il ne faut pas prononcer à la légère surl'inca] du suj.-t. Comme l'écrivait saint François de Sales à une Supérieure de la Visitation : « C'est pitié parfois comme on s'arrête s epuestions à des considérations purement humaines; on dirait que la vocation se fait par l'artifice de la sagesse nalu- . tant on y mêle de finesse mondaine. Toujours les pauvres nt eu la bénédiction et la multiplication, comme Lia,
Anne et les autres. » (Lettre du 24 juillet 1621)- Remarquons en passant que saint François de Sales dit la même chose de la fondation et de l'érection des monastères, et qu'on peut appliquer sa doctrine à toute sainte entreprise; combien de fois, quand il s'agit de ces œuvres qui ont pour but la gloire de Dieu, se laisse-t-on conduire par « la finesse mondaine »; combien de fois s'appuie-t-on uniquement sur « l'artifice de la sagesse naturelle » !
Le bon Saint exprimait la même pensée à sainte Chantai : « Ma très chère Mère, sur cet article que vous m'écrivez de la réception des filles, il y a un extrême danger qu'on se jette trop sur la prudence humaine, qu'on ne se fonde trop sur la nature et trop peu sur la grâce de Dieu. J'ai peine d'empêcher qu'on ne considère la faiblesse de la complexion et les infirmités corporelles. On voudrait qu'au festin il n'y entrât ni borgne, ni boiteux, ni malade. En somme, on a bien de la peine de combattre contre l'esprit humain pour l'abjection et pure charité. » .
265. Marque positive de vocation. — La vraie, la grande marque de l'appel divin, ou mieux l'appel divin lui-même, c'est donc l'attrait, c'est cette inclination mise par Dieu dans le cœur humain, cette grâce actuelle, prévenante et excitante, qui fait aspirer au genre de vie plus parfait auquel on est prédestiné de toute éternité.
Cet attrait ne se manifeste pas toujours de prime abord. La Providence divine, aussi variée que sage dans ses voies, peut ordonner les événements de façon à préparer l'accomplissement de ses desseins avant que l'attrait surnaturel soit bien manifeste ; on la voit, par exemple, amener certains sujets au seuil du cloître ou à la porte du séminaire, a\ant qu'ils aient ressenti un goût bien vif pour la vie qui va devenir la leur. D'ordinaire, c'est que ces âmes sont encore trop faibles, trop peu aimantes ou trop dissipées pour avoir l'attrait du sacrifice que suppose leur vocation; elles ont bien quelque pensée, quelque velléité de se donner à Dieu, mais l'amour des plaisirs et des jouissances terrestres couvre et étouffe ces sentiments; il y a loin de ces vagues aspirations aux désirs ardents, à l'attraction douce et forte qu'éprouvent les cœurs généreux.
Mais s'il tarde à se manifester, l'attrait apparaîtra, cependant, quand le détachement aura grandi, et que l'âme, purifiée,
affranchie de ses tendances mauvaises, sera devenu plus apte à recevoir les inspirations de la grâce.