CARACTÈRES DE L'ATTRAIT DIVIN
266. L'attrait mis par Dieu dans le cœur de sa créature se distingue des faux attraits produits par la nature ou même par le démon, en ce qu'il est durable, paisible, surnaturel dans ses motifs et salutaire dans ses effets.
Durable. — Nous avons donné la persévérance comme une des marques les moins équivoques des inspirations divines, tandis que l'inconstance et la mobilité caractérisent les aspirations qui viennent de la nature ou des suggestions diaboliques.
Cette persistance de l'attrait n'exclut pas toutefois des tentations et des dégoûts momentanés, œuvre de la nature et du démon. II n'est point étonnant que la nature éprouve des répugnances à accomplir les sacrifices que Dieu demande d'elle : Non est subjecta, nec enim potest l. Ce n'est point merveille non plus que le démon s'oppose à l'exécution d'un dessein qui tend directement à la gloire de Dieu et à la sanctification de l'âme. Il est, du reste, facile de distinguer si cet éloignement pour une vocation que l'on avait d'abord désirée, a une mauvaise origine : l'âme en effet, portée ,à la tiédeur, au relâchement, n'a plus alors la paix intime dont elle jouissait autrefois; elle se sent mécontente d'elle-même.
Si donc l'attrait persiste tant que l'âme reste fervente, si les oppositions ou difficultés que rencontre la vocation ne diminuent point cet attrait, c'est un signe de la volonté de Dieu, « puisqu'il continue son inspiration parmi tant de contradictions^ ». (Saint François de Sales. Lettre du 6 juillet 1612.)
267. Paisible. — Les inspirations divines, avons-nous dit, apportent avec elles paix et suavité, bien différentes des incitations de la nature, où l'imagination a toujours la plus grande part, et où, par conséquent, se trouve toujours une agitation empressée et inquiète. L'attrait surnaturel laisse le cœur en paix, l'esprit en repos; il ne cause point cet enthousiasme exces-
1 La sagesse de la chair n'est point soumise à la loi de Dieu, et elle ne le peut. Rom. yiii, 7.
sif et bruyant, qui dénote une imagination échauffée et qui ne veut pas voir les difficultés. Sous son influence, la volonté poursuit l'objet de ses désifs, non pas avec une raideur et une obstination pleine d'orgueil et d'illusion, mais avec une fermeté douce et calme; elle est prête à affronter les obstacles qu'elle ne méconnaît pas, à accomplir les sacrifices dont elle prévoit toute l'amertume.
Il est bien vrai que le travail de l'imagination peut se joindre à l'opération de la grâce et que des mouvements d'amourpropre ou des représentations fantastiques peuvent s? mêler aux inspirations de l'Esprit de Dieu; il y a alors par moments certaines poussées d'enthousiasme, qui sont évidemment l'œuvre de la nature. On reconnaît que sous cette activité naturelle existe une impulsion réelle de la grâce, en ce que. dans les intervalles de repos, quand l'imagination est calme et le cœur tranquille, surtout dans les heures de recueillement et de prière, par exemple au moment de la communion, l'attrait continue avec les caractères que nous donnions plus haut. S'il était purement naturel et imaginaire, il tomberait brusquement pour reparaître ensuite, suivant ainsi le jeu de l'imagination, et, dans les moments de calme où la grâce agit seule, il n'y aurait plus goût de vocation; à peine même si l'on y penserait.
268. Surnaturel dans ses motifs. — L'attrait, avons-nous dit, n'est autre chose que cette aspiration que Dieu met en nous e<t qui nous fait tendre au genre de vie auquel II nous destine. L'attrait est une grâce, il est donc tout surnaturel, et par conséquent tout pur dans ses motifs. « La vocation divine, dit saint Ignace (Exercices, 2e semaine : de l'élection) est toujours pure et sans souillure, sans mélange des inclinations de 'a chair et des sens ni d'aucune affection désordonnée. » Aussi le principal critérium de l'appel de Dieu est l'intention toute surnaturelle qui fait désirer un état plus parfait, l'état sacerdotal ou l'état religieux, par exemple l'intention d'assurer son salut, ou de mieux procurer la gloire de Dieu.
Ce désir, comme le remarque saint Ignace {loco citato), peut être l'effet d'une vive impulsion communiquée par Dieu à la volonté ; l'âme ressent alors une grande inclination. D'autres fois Dieu agit plutôt sur l'intelligence donnant des lumières qui
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montrent : qu'il s'agit d'embrasser.
l'inclination est forte, 1". ; ordinai-
appliqnanl les. règles du discernement des
espri: plus haut (n° 252 et suiv.) on reconnaît faci-
lement l'œuviv de !
s parfois Dieu ne fait pas sentir son action — nous donnons toujours la doctrine de saint Ignace — l'âme nVsi agi 1 6e d • divers esprits; ni les bons ni les mauvais ne se font sentir, l'âme fait us s puissances naturelles librement
et tranquillement. Alors pour faire unw bonne élection, il faut ut dans urne sainte indifférence pi ser les raisons pour et contre et faire son choix. On agit a
intention, ore IN ffet
d'une g signe de la volonté divine. S'il y a répu-
: dont on comprend pourtant la beauté, si
us les motifs qui pourraient la solliciter, la volonté
sincèrement déridé" à s ' conformer à la volonté de Dieu ne
choisit pas cet état, il n'y a pas vocation.
trait, nous l'avons déjà dit, ne se manifeste pas toujours de prira • abord revêtu de Luis les caractères d'un attrait divin; les m av.-nf, au début, n'être pas très purs et
très - ses. Écoutons sur ce point saint François de
I à la vocation de cette damoiselle, je la li ns pour de plusieurs imperfeeth
et qr, it venue à D: ment
et purement pour le bien d'être tout à fait à Lui. Mais Dieu ne ti: lité de motifs tous ceux qu'il app
ainsi, il s'en trouv • peu qui Viennent tout à fait à son s rvice
pour être siens et Le servir. Entre les filles dont la vocation est illustre dans V Evangile, il n'y eut que la Madeleine qui vint par amour et avec amour; l'adultère y vint par confusion publique, comme la Samaritaine par confusion ] culière; la Chananée vint pour être soulagée en son afïlii tion temporelle; saint Paul, , moite, âgé de quinz e ans, se
relira dans sa spelonque pour éviter la persécution, saint Ignace de Loyola par la tribulation, et cent autres. Il ne faut pas vouloir que tous commencent par la perfection; il importe peu comme l'on commence, pourvu que l'on soit bien résolu de bien poursuivre et de bien finir. . . Il y a des âmes qui n'entreraient
point en la religion si le monde leur faisait bon visage, et que l'on voit néanmoins être bien disposées à mépriser la vanité du siècle. » {Lettre à une Supérieure de la Visitation, datée d'Annecy).
Mais, s'il n'est pas parfait du premier coup, l'attrait se purifie à mesure que l'âme se montre plus fervente; elle devient alors et moins sensible à ces raisons d'ordre inférieur et plus désireuse des biens spirituels.
Remarque étonnante et pourtant vraie, il faut exiger un attrait plus fort d'une personne très fervente que d'une imparfaite. Qaand une âme fervente est prédestinée à une vie plus parfaite, les appels de la grâce, que chez elle rien ne contrarie, S3 font d'ordinaire vivement sentir; s'ils étaient faibles, ils seraient par là même suspects.
Par ailleurs, les âmes ardentes ont facilement la pensée d'embrass-r la vie religieuse sans qu'il y ait attrait véritable. Très désireuses de se dévouer entièrement au service de Dieu, craignant, dans leur amour, de ne pas faire assez pour Lui, elles en viennent comme naturellement à se demander si elles ne devraient pas pousser l'immolation jusqu'au bout et sortir du moud?. On voit bien, toutefois, qu'il n'y a pas là de vocation, car tout se passe dans l'esprit, et la volonté ne ressent pas cette action douce et forte qui marque l'opération divine; au milieu de leurs perplexités ces âmes demeurent indifférentes, et même elles gardent toujours cette persuasion intime qu'elles ne sont point faites pour la vie religieuse.
269. Salutaire dans ses effets. — A fructibus eorum cognoscetis eos : vous les distinguerez à leurs fruits. On reconnaît que l'attrait est l'œuvre de l'Esprit de Dieu aux effets excellents qu'il produit. Tandis que les vains projets, les velléités de vocation qui viennent de la nature ne produisent dans la conduite de la vie aucun résultat, tandis que les suggestions de l'ennemi ont toujours des conséquences fâcheuses, l'attrait divin, compris et accepté par une âme droite, porte à la ferveur, excite la piété, rend plus vigilant, plus humble, plus ardent au sacrifice. Si l'on voit une âme souhaitant vivement la vie religieuse ou le sacerdoce, prier assidûment pour y arriver, travailler généreusement à s'en rendre digne, c'est une marque excellente : un désir qui a pour effet de faire prier davantage et de rendre
meilleur, ne peut être suggéré par le démon, il ne peut venir que de Dieu.
En résumé, quand un directeur sera interrogé sur le sujet de la vocation, il devra tout d'abord faire attendre. Il répondra que celui qui sollicite une décision dans une question si délicate doit, avant tout, s'affermir dans la piété ; il est en effet bien plus difficile chez une âme imparfaite de discerner les inspirations qui viennent vraiment de Dieu '.
Non seulement il serait imprudent de donner de suite une décision, mais même il vaudrait mieux, croyons-nous, que le directeur ne parût pencher ni dans un sens ni dans un autre. Les idées de vocation peuvent n'être qu'un produit de l'imagination ; dans ce cas, si le directeur s'y montrait trop favorable, il pouss?rait, dans une voie funeste. Il peut se faire, au contraire, qu'un attrait réel et vraiment surnaturel soit combattu par une âme trop peu généreuse ; si, sous couleur de l'éprouver, le père spirituel commençait par Ja rebuter, il la confirmerait dans ses résistances à la grâce et s'exposerait à empêcher l'accomplissement des desseins de Dieu. « Qu'on conseille donc d'abord à ces âmes de ne pas se préoccuper trop de leurs pensées de vocation, de se préoccuper plutôt de leur sanctification, et de se tenir tranquilles là-dessus, abandonnant la chose entre les mains de Dieu, mais qu'on ne leur défende pas absolument d'en parler et qu'on ne les repousse pas par la raillerie ou par des paroles dures; on peut les prévenir de veiller sur leur imagination, mais qu'on ne leur dise pas que leurs idées sont purement imaginaires. En agissant ainsi on verra que ceux qui n'avaient pas une
1 II est superflu de dire qu'un prêtre" ne fait que remplir un devoir quand il montre soit dans ses prédications, soit dans ses exhortations particulières les grands avantages de la vie religieuse ou de l'état sacerdotal. Dieu ne fait-il pas souvent dépendre ses grâces, aussi bien la grâce de la vocation que les autres, de la parole humaine? Quomodo eredent ei quem non audierunl, quomodo autem audient sine prœdicante ? (Rom. x, 14). Un prêtre qui a le zèle de la gloire de Dieu et l'amour de l'Église est un éveilleur de vocations; de même aussi les simples fidèles : « Si les parents, dit saint Gaudence, ne peuvent pas user de contrainte pour engager leurs fils à la cléricature, ils doivent les y convier, les y exhorter, les former et les élever pour cela autant qu'il est en leur pouvoir. Si c'est un crime de les y forcer, c'est une action méritoire de les y porter. » (Cité par le P. Hurtaud : La Vocation sacerdotale, p. 126.)
lion réelle oublieront peu à peu leur projet, parce qu'un mouvement imaginaire ou un attrait naturel, qui n'est pas nourri et entretenu sans cesse par quelque chose de nouveau, ne se soutient pas, tandis qu'une vocation vraie persévère. Je dis même que, lorsqu'un goût de vocation produit évidemment un bien spirituel dans une âme, si cela la porte à renoncer à elle-même, il faudrait lui donner quelque espérance dès le commencement et lui dire un mot de temps en temps, veillant cependant pour ne pas mettre en train l'imagination. » (Yen. Libirinann. Lettre du 15 déc. 1835 à un directeur de séminaire.)
Qaand même ceux qui manifestent ces goûts i faite
auraient encore de grandes imperfections, il ne faudrait pas conclure à une non-vocation, s'ils sont décidés à combattre; « car, enfin, qui ne voudrait recevoir que les esprits avec lesquels il n'y eût ppint de peine, les religions (ordres religieux) ne serviraient guère au prochain, puisque ces esprits-là feraient presque bien partout. » {Lettre de saint François de Sales à sainte Chantai, du 13 mai 1615.)
Qaand' Je pénitent aura donné des preuves de persévérance, que ses bonnes dispositiwns se seront consolidées, que, de consert avec son directeur, il aura sincèrement prié pour connaître sa vocation, a'ors il faudra l'engager à se mettre dans une sainte indifférence, prêt à faire ce que Dieu voudra : « Parlez, S?igneur, votre serviteur écoute; il n'attend qu'un signe de votre main, qu'un mot de votre bouche. Paratum cor meum,Deus, mon cœur est prêt, ô mon Dieu, prêt à tous les sacrifices, car il compte sur la puissance de votre grâce. »
Qaand le pénitent sera dans ces excellentes dispositions, il deviendra facile de reconnaître aux marques ci-dessus données si sa vocation est surnaturelle, et il ne restera plus au directeur que la douce tâche de l'encourager à suivre fidèlement l'appel de Dieu.