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Enseignement des auteurs sur Voraison affective

'. A l'oraison de méditation succède d'ordinaire l'oraison C'est, avons-nous dit, une oraison où le raisonnement a moins de part que dans l'oraison discursive, mais où le cœur joue un plus grand rôle; les considérations sont moins nombreuses et les sentiments plus ardents. « Dans la seconde sorte . qu'on nomme l'oraison affective, dit le P. Lallemant, on donne plus aux affections de la volonté qu'aux considérations ut. » « L'oraison affective, dit le R. P. Meynard, :-st une élévation de l'âme à Dieu par différents actes de la volonté. Lr-s considérations ne sont pas complètement exclues de son, principalement sous forme de préparation, mais leur donne que fort peu de développement, c'est la volonté surtout qui agit. » (Traité de la vie intérieure, I, 168.)

L?s différents actes que le cœur produit, dans cette oraison, sont principalement des sentiments d'adoration, de louange, de reconnaissance, de compassion envers les souffrances de Notre- S ,-igneur, de désir de la vertu, de contrition de ses fautes, d'humilité, etc.

Ces actes se rencontrent bien dans la méditation, mais ils naissent moins spontanément; l'âme méditative, encore peu aimante, a besoin de s'y exciter péniblement par de longs et multiples raisonnements, tandis que l'âme affective ' les pro-

1 Ce sens du mot « affectif » n'est pas, il est vrai, selon l'Académie ; on nous pardonnera de l'employer, car il est facile à comprendre, et il dit brièvement ce qu'il faudrait exprimer en beaucoup de mots.

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duit avec facilité, à l'aide de courtes méditations, et trouve, à les exprimer, une grande douceur et suavité.

271. Cette oraison est fort commune. « En général, dit le P. Balthasar Alvarez, le mode de prier par affections et en discourant peu est du grand nombre. » Et. le P. Surin, dans son catéchisme, posant cette question : a Quand est-ce que l'on doit entrer dans cette oraison affective? » répond : « Lorsqu'il y a disposition et facilité de s'entretenir avec Dieu, on ne doit retourner au discours (c'est-à-dire au raisonnement) que fort peu. »

Les grands mystiques n'emploient pas ce mot d'oraison affective. On ne le trouve ni dans sainte Thérèse, ni dans saint Jean de la Croix, ni dans saint François de Sales. Comme ce sont encore des considérations raisonnées qui, dans ce genre d'oraison, donnent naissance aux affections de la volonté, ils ne le distinguent pas de l'oraison discursive. Mais s'ils n'en font pas un degré spécial d'oraison, ils n'en peuvent rejeter la notion.

Le R. P. Meynard (Traité de la vie intérieure, I. 168) fait, au sujet de l'oraison affective, cette observation que, chez quelques anciens auteurs, l'oraison affective paraît se confondre avec la contemplation. En effet, très souvent il arrive que, dans les ardeurs de l'oraison affective, Je raisonnement n'a qu'une bien petite part, l'âme ne s'arrêtant guère aux considérations. Fermement convaincue de la vérité qui l'émeut, il ne lui servirait de rien de 1'approfond'r davantage; elle s'applique alors uniquement àprotesterdesessentimentsouàexprimersesdemandes. Aussi, certains auteurs qui ne distinguent comme modes d'oraison que la méditation et la contemplation sans s'arrêter à ce degré intermédiaire que nous nommons oraison d'affection, ont pu voir dans cette dernière une sorte de contemplation inférieure qu'ils ont appelée la contemplation acquise.

272. Nous disons que les grands mystiques ont décrit souvent l'oraison affective, bien qu'ils ne l'aient pas appelée de ce nom. Nous donnerons plus loin (n° 289) un passage de sainte Thérèse, où elle la dépeint avec autant de justesse que de charme. L'oraison de recueillement, dont la Sainte parle aux chapitres 28 et 29 du Chemin de la Perfection, est aussi une oraison affective.

« Saint Augustin, dit-elle, après avoir cherché Dieu partout,, finit par Le trouver en lui-même. Pour s'entretenir avec son

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divin Père, il n'est donc pas nécessaire de monter jusqu'au ciel ni, pour goûter le bonheur d'être avec Lui, de parler à haute voix. . . Il est si près de nous qu'il nous entendra; il n'est pas besoin d'ailes pour aller à sa recherche. Mettons-nous dans la solitude et regardons en nous-mêmes; ne nous éloignons pas d'un hôte aussi aimable, mais avec des sentiments de profonde humilité, parlons-Lui comme des enfants, exposons-Lui nos demandes comme à notre Père, contons-Lui nos peines, demandons-Lui d'y apporter remède, reconnaissons que nous ne sommes pas dignes d'être ses enfants. . . Cette oraison s'appelle oraison de recueillement parce que l'âme y recueille toutes ses puissances; » c'est-à-dire qu'elle tient captifs et son entendement, à qui elle ne permet pas de faire de vains raisonnements, et son imagination, dont elle écarte les frivoles fantômes. « Elle rentre en elle-même avec son Dieu. . . Ainsi recueillie, elle peut penser à la Passion, se représenter le Fils de Dieu présent au-dedans d'elle-même, l'offrir à son Père. »

Ainsi, ce à quoi l'on vise dans cette eraison, c'est à émouvoir son cœur et à lui faire produire des actes effectifs. « Voyez dans Jésus-Christ, dit encore la Sainte {Ibid.), un père, un frère, un maître, un époux, et traitez avec Lui selon ce s diverses qualités. » Mais pour exciter dans sa volonté ces pieux sentiments, on fait agir d'abord l'imagination et, de la sorte, par sa propre industrie, on obtient une oraison extrêmement fructueuse; c'est même là, d'après sainte Thérèse, un chemin très rapide pour arriver à la contemplation."

L'oraison dont traite saint Liguori (Praxis conf., n° 127) et qu'il appelle du-même nom que sainte Thérèse, di racoglimento, ne diffère point de celle dont nous venons de parler et est également une oraison affective : quodnam tempus opportunius bonis faciendis actibus voluntatis : Quel moment plus propice pour faire produire à la volonté des actes méritoires?

273. Aux élans affectifs obtenus par des considérations ne tardent pas à se mêler, si l'âme est généreuse, des grâces plus élevéesetleVén. P. Libermann reconnaît avec raison que l'oraison affective, quand el'e arrive à son apogée, comporte « certains dons qu'on peut appeler en quelque sorte passifs ». {Ecrits spirituels, p. 168.)

Il n'est pas toujours facile, ni même toujours possible de

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distinguer ces divers degrés d'oraison; l'oraison affective s Pond parfois avee la méditation, parfois au contraire eil ' ine à la contemplation. En donner les marqms distinctivr

n'est pas chose aisée; nous T'essayerons cependant.

§2. — Caractères distinctifs de Voraison affective

274. Le R. P. Libermann signale, parmi les marque s princide l'oraison affective, tes impressions sensibles de la gî §toe,

qui affectent Tâ-me et lui procurent de douces et vive* émotions.

^pressions, quand elles deviennent fréquentes, sont, en

une preuve que l'âme, saisie et éclaùv , n'a

plus autant besoin de longues réflexions pour se décider a s-.rvir Dieu, et que l'oraison discursive n'est plus celle qui lui convient. Mais comment distinguer ces consolations de V des suavités que goûte l'âme contemplât; afoie

auteur insiste sur ce point que, dans l'afft ction, la grâce agit surtout et plus directement sur 1< s sei - que dans 1; plation elle agit par des impressions intelL :iant

iiatement le fond cl- Tâm • i :

ns, Mais, comme dans ks deux Ca être

touchés et l'appétit sonsitif ch irmé et délecté, il n'y a pas là une marque distinctive bien facile à sa':

11 insiste également beaucoup sur le caractère violent' de l'oraison d'affection et sur le calme de la contemplation. 11 est vrai que l'état ordinaire des âm i, et

l'état ordinaire des âmes unies plus calme. Tous en ôoa Toutefois, ce ne serait pas encore là une note infaillible. 11 y a, en effet, un mode d'oraison affective fort paisible; et, au traire, l'ivresse spirituelle, les transports décrits par sainte Thé- ' rèse, par saint Jean de la Croix, comme une forme de la contemplation, agissent sur l'âme avec viole:

275. Sainte Thérèse, traitant le même sujet et voulant distinguer ce qu'elle nomme les contentements de la méditation et les goûts de la contemplation, compar nkrs aux joies qu'on éprouve à l'annonce de quelque bonne nouvelle, ou à l'occasion de quelque heureuse fortune (IVe Demeure, ch. i.) Il faut donc une cause naturelle, une pensée quelconque, en un

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mot, un^ raison pour les faire naître, >A , en ce sens, ils sont naturels : « Ils commencent en nous, dit la Sainte, et se terminent ?n Dieu, tandis que les goûts tirent leur principe de Dieu ' » ït pénètrent Uâme bien plus profondément. « Pour 1rs contenus, dit-elle ailleurs (ch. n), c'est par nos pensées, par la considération des œuvres de Dieu, par le travail de notre entenat que nous les obtenons. Ils sont l'ouvrage de notre nduslrie, de nos efforts. Les goûts ressemblent, à cette eau qui, me qui est Dieu, jaillit dans le bassin de l'âme », )ar conséquent, sans qu'il soit b?soin de considérations préa- B. Saint Jean de la Croix explique très bien la cause de ce îhénomène : a Dans cet état (contemplatif) c'est Dieu qui agit it l'âme qui reçoit. Dieu instruisant l'âme et lui infusant dai.s a contemplation des biens très spirituels, qui sont la connais- ;ance et l'amour divin joints ensemble ». ( Vive flamme, strophe 3, .

Ainsi, dans l'état affectif, on sait l'origine, la cause des consoations qu'on éprouve; on peut expliquer ce qui émeut, ce qui :harme; on verra que c'est, par exemple, la pensée de la Passion ur, le désir de la vertu, etc. Dans l'état contem- >latif les goûts sont bien plus inexplicables. Souvent ils naissent ans cause bien déterminée, et même s'ils 9ont accompagnés de s pensées, de saintes considérations, on sent fort bien [u'ellcs ne suffiraient pas à les produire. Ce que nous dirons de 'oraison contemplative fera mieux comprendre cette doctrine. Il est un autre principe de distinction qui, il est vrai, le tient pas à la nature même de ces deux genres d'oraisons,, nais qui peut aider à les discerner : ce sont les tendances et les ispositions différentes qu'on y éprouve. L'oraison d'affection end a la pratique d I 2. L'âme affective, peu avancée

ans la pratique du détachement, est encore fortement préoc- 1 lais, vivement éclairée par la foi et ressenant les premières ardeurs de la charité, elle désire et recherche on bien spirituel, des -vertus plus solides; elle est avide d'amas-

1 Los contenlos oomienzan de nuesiro natural mismo, y aeaban en Dios. .os gustos comieman de Dios, y sientdos el natural, y goza tanlp dellos, omo goxan los que tengo dichos, y mucho mas.

1 Cf. Lib?rmann. Ecrits spirituels, p. 523.

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ser beaucoup de mérites; c'est dans cette vue surtout qu'elle demande à Dieu de la rendre meilleure. L'âme contemplative envisage Dieu plus quelle-même; elle se complaît dans la pensée de ses perfections, brûle du désir de Le voir glorifié, et surtout elle est remplie d'un amour profond et paisible delà volonté divine. Si elle souhaite ardemment, elle aussi, sa propre sanctification, c'est par amour pour son Dieu et afin de Le mieux servir, plutôt que pour la satisfaction de se voir plus parfaite; et ainsi, même dans ses demandes en apparence intéressées, c'est encore l'amour qui domine.

277. Nous avons dit (V. Supra, n° 198), à la suite du P. Lallemant et du P. Surin, que l'oraison affective convient à la vie illuminative. En effet, pour la pratiquer, il faut avoir déjà un certain amour de Dieu, un commencement de détachement, il faut que l'âme soit dégagée des obstacles de la voie purgative pour permettre à la grâce de produire ses suaves opérations. Si l'on en est encore aux premières luttes avec le péché, si l'esprit est encore tout absorbé par mille préoccupations temporelles, par mille soucis profanes, comment éprouverait-on ces sentiments de piété, ces saints désirs, cette familiarité avec Dieu pleine d'amour et de simplicité, qui caractérisent l'oraison affective?

§ 3.' — Les sentiments affectifs sont plus ou moins intenses

278. Si l'oraison affective convient aux âmes qui sont dans la vie illuminative, elle n'atteint pas chez toutes le même degré de perfection. Nous l'avons dit déjà au début de ce troisième livre, les impressions sensibles* de la grâce sont plus ou moins vives selon la puissance des secours* ménagés par la Providence, l'abondance des lumières communiquées, et aussi selon les dispositions plus ou moins favorables de l'âme elle-même.

Nous croyons utile d'emprunter ici au Yen. Libermann la description des sentiments d'une âme affective, favorisée dans un degré intense de ces grâces sensibles.

« Dans cet état l'impression ou la touche de grâce reçue varie : tantôt c'est une impression de joie, tantôt de douleur, tantôt d'amour, tantôt de compassion, etc.; elle varie selon les mystères ou selon la variété de l'objet.

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