LES PÉCHEURS
e sont beaucoup moins pour eux. Aussi, s'ils ont évité les fautes pii leur faisaient plus horreur, si, en outre, ils ont conservé le •espect de la religion et des sentiments vraiment chrétiens, ils le sont pas loin du royaume de Dieu.
Il suffira souvent d'une simple occasion pour les ramener à eut devoir, par exemple : l'entrée dans un cercle catholique, ians une corporation chrétienne. Ce qui les retenait dans l'infilélité, c'était le manque d'habitude, le respect humain; dès me ces obstacles, qui sont plutôt extérieurs et n'atteignent jas le fond de l'âme, se trouvent contrebalancés par les secours qu'on leur offre, ils reviennent à Dieu sans grand îffort.
Malheureusement, après leur conversion, la plupart demeurent ;ièdes, ou plutôt ils restent fort ignorants. Ainsi s'en trouve-t-il Dar exemple avec lesquels il faudra revenir souvent à la charge, pour leur faire comprendre que l'on pèche non pas légèrement, lomme ils se le figureraient volontiers, mais gravement, en légligeant d'assister à la messe, en s'enivrant, etc. Leur foi est • i peu éclairée, les idées fausses qu'ils se sont faites sont si Drofondément ancrées dans leur esprit que, sans grande faute le leur part, ils retiendront longtemps quelque chose de leurs incienncs erreurs. Il est donc bien à désirer qu'après leur conversion on ne les laisse pas à eux-mêmes, mais que l'on prenne ;ous les moyens pour compléter leur instruction religieuse et es former à des idées plus chrétiennes.
13. Il y a, en second lieu, les pécheurs qui s? livrent au vice )ar faiblesse. Ceux-ci gardent un certain désir du bien, ils •egrettent le mal qu'ils font, ils aiment et estiment les gens vertueux, mais, au moment funeste, l'ivresse de la passion les met lors d'eux-mêmes et, fascinés, étourdisj ils succombant. Ils )èch ut encore par entraînement, ou bien ils n'ont pas le murage nécessaire pour accomplir un devoir pénible. Ce ne ;ont là sans doute que des chutes accidentelles, dont ils pour- *aient se relever; mais il y a de plus, chez ces pécheurs, une lisposition de découragement qui les maintient dans le mal : >e sentant faibles et irrésolus, n'ayant, à cause de cela, guère l'espoir de rompre leurs liens ou de faire acte d'énergie, ils se aissent aller par mollesse et lâcheté et ne font rien pour sortir le leur triste état.
I leuX'là encore no sont pas très mauvais, ni fort avancés dans le péché. Aussi, quand bien même ils mettraient dans leurs désordres quelque légère fanfaronnade, car ils sont vaniteux et •esclaves du respect humain, il ne faudrait pas trop les en croire, ni désespérer de leur amendement.
14. La troisième classe est celle des indifférents. Ceux-ci font le mal par insouciance; ils ne se préoccupent guère de savoir si leurs actes sont permis ou défendus; leur unique pensée, c'est de se repaître de toutes les jouissances possibles. Ces malheureux n'ont plus qu'une conscience bien voilée. C'est l'état d'aveuglement, état fort dangereux et injurieux à Dieu, de qui ils font si peu de cas. Dans cet état d'insouciance complète, la foi est très amoindrie, souvent entièrement éteinte, et il y a beaucoup moins d'espoir de conversion; on voit de ces gens qui meurent tranquillement dans l'impénitence et s'en vont dans l'éternité sans crainte ni souci. S'il y a dans ces âm s une grande part d'ignorance, Dieu les jug?ra sans doute moins sévèrement; mais si c'est le résultat d'un aveuglement volontaire, d'une affectation à rejeter les remords de conscience, leur sort est déplorable.
15. Enfin, il y a les pécheurs qui font le mal de gaieté de cœur, sachant et comprenant très bien la grièveté de leuis désordres, de leur irréligion ou de leurs vices, et en prenant joyeusement leur parti. On peut ranger dans la même elass3 ceux qui font le mal par dépit, par orgueil révolté; ils ont commencé par être trop faibles, puis, leurs désordres leur ayant attiré des humiliations méritées, l'amour-propre a été froissé et ils se sont vengés en s'enfonçant davantage dans l'abîme. Les uns et les autres ne sont pas seulement indifférents, comme ceux dont nous parlions précédemment, ils sont haineux; ils ont de la répugnance pour la vertu et de l'aversion pour les gens de bien. S'ils entretiennent volontairement cette haine du bien, elle prend à la longue des proportions épouvantables, et ils finissent par avoir la rage furieuse des démons et des damnés. Tels sont, dans les sociétés secrètes, les initiés des hauts grades, ces énergu mènes dont on ne peut lire sans frémir les saturnales effroyables, les blasphèmes et tous les actes sataniques. Ils ont laisse l'ange maudit prendre sur eux une telle puissance, ils Stnvenl si facilement et si promptement ses impulsions qu'on
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peut dire d'eux en retournant la parole de saint Paul : ce n'est plus eux qui vivant, c'est Satan qui vit en eux l.
§ 5. — Conduite à tenir envers les pécheurs
16. Quelle est la conduite à tenir envers ces malheureux enfoncés dans le péché, comment chasser Satan qui a fait de leur cœur sa demeure permanente? L'Évangile nous dit qu'un jour les apôtres, auxquels Xotre-Seigneur avait donné le pouvoir de chasser les démons, se virent tenus en échec par un de ces esprit infernaux, qui résistait à tous leurs exorcismes; il fallut l'intervention de Jésus lui-même pour faire lâcher à Satan sa proie. Les apôtres, étonnés, interrogèrent alors le Sauveur : Quare nos non potuimus ejicere illum? Pourquoi 'iis-nous pu le chass r? — Hoc genus, répond le divin Maître — non ejicitur nisi per orationem et jejunium : cette sorte de démon ne peut s? chasser que par la prière et le jeûne (Marc, ix, 27)»2. — La prière et la mortification, tels sont, en effet, les moyens souvent indispensables et seuls capables de procurer la conversion des pécheurs invétérés ; il faut à tout prix obtenir de Dieu des grâces plus qu'ordinaires pour toucher ours endurcis. Oa connaît le mot du curé d'Ars à un curé qui ss plaignait de ne pouvoir convertir s?s paroissiens : « Av ezvous jeûné, avez-vous veillé, vous êtes-vous donné la discipline? tant que vous n'aurez pas pris de pareils moyens, ne croyez pas avoir tout fait. »
ts aller aussi loin, tous ceux qui. d'une façon ou d'une autre,.
un à leur aid3, donnant à cet infernal ennemi une
ice trèj redoutable sur eux; il leur faudra un grand effort pour
r le joug qu'ils ont mi< sur leurs épaules; le premier usage que
ivoir qui lui est ainsi laissé est de les emj
Pour la mèm- raison, certaines pratiques snp-rs-
,'S ou plutôt diaboliques, comm? les tables tournantes, sont fort
. parce que tout recours, mèrn:1 implicite.au tentateur
î p?ut entraîner des conséquences déplorabl i muât exerc ■ encore ses ravages sur les âm-s: n'est-ce pas lui qui arrête sur les lèvres de csrtains pénitents l'aveu de leurs f :
out confesseur devrait se rapp?lerles paroles de Notre-Saigneur, bon cœur ses jeûnes et pénitences pour chasser Satan îrs q l'il possède et qu'il retient dans le sacrilège.
17. Le prêtre est sur la terre le continuateur de l'œuvre de Jésus; quelle illusion serait la sienne s'il pensait sauver les âmes sans recourir aux moyens employés par le Sauveur. Jésus s'est offert pour nous aux coups de la divine justice : Père, disait-Ii, frappez sur moi; je consens à payer la dette de tant d'iniquités, mais aux pécheurs pardonnez, car ils ne savent pas ce qu'ils font. Le prêtre, qui est un autre Christ — sacerdos altcr Christus — doit, lui aussi, faire pénitence pour ses frères.
Il se rencontre des âmes qui, au milieu même de leurs désordres, semblent l'objet d'une attention très délicate de la Providence : elles sont beaucoup plus que d'autres poursuivies par les remords, la foi chez elle reste très vive; ou bien elles sont préservées d'une manière humainement inexplicable des dangers où tant d'autres S3 perdent : d'où vient ce privilège? que Dieu se laisse toucher par les prières d'une âme fidèle; les sacrifices qui Lui sont offerts apaisent sa justice et tiennent le châtiment suspendu; ils finissent par obtenir de sa miséricorde des grâces en quelque sorte irrésistibles.
Or qui donc plus que le prêtre peut et doit rendre aux pauvres pécheurs cet immense service; il n'a pas été appelé à l'honneur du sacerdoce pour son avantage personnel, mais pour le bien de ses frères; — on est chrétien pour soi, on est prêtre pour les autres, christianus propter se, sacerdos propter alios. — Jésus, le bon Pasteur lui a confié d s âmes. Il lui demandera compte de son administration : Redde rationem villicationis tuœ. Oh ! qu'heureux seront, au jour du jugement, les prêtres qui se seront faits victimes pour les pécheurs, qui auront tout sacrifié et se seront sacrifiés eux-mêmes pour le salut de leurs frères !
18. Mettons donc toujours en première ligne les moyens surnaturels. Il paraît superflu d'énoncer une vérité si évidente : est-elle pourtant généralement admise, et ne sont-ils pas, au contraire, trop nombreux, ceux dont toute l'activité, tout le zèle se dépens. >nt dans la recherche de procédés adroits, dans la mise en œuvre d'industries purement humaines?
L'habileté et la finesse sont d'un très petit secours, quand il s'agit de rompre les liens du péché et de ramener la charité dans un cœur. Les moyens humains serviront à rendre possible l'emploi des moyens surnaturels, ils seront dans la main des pêcheurs d'hommes comme l'appât qui recouvre l'hameçon;
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mais qu'on s' garde de leur donner l'importance qu'ils. n'ont pas, de leur attribuer le rôle principal. Une méthode tout humaine n'obtiendrait que des résultats humains. La conversion des âmes est une œuvre divine : l'Ouvrier divin, seul, la peut mener à bonne fin.
19. Après la prière et la pénitence — Bona est oratio cum jejunio : la prière est excellente quand elle, est jointe au jeune (Tobie, xii, 6), — qui touchent le cœur de Dieu et obtiennent son invincible concours, l'un des moyens surnaturels 1< s plus efficaces, c'est la formation à l'apostolat d'auxiliaires dévoués, plus à même d'approcher des pécheurs et de tra leur
conversion que les ministres de Dieu eux-mêmes. Le général qui forme de bons capitaines augmente beaucoup s s chi d vii lui qui voudrait tout faire par lui- -lies
que s [ualitésf, sentirait vite son impuissance. Dans les
pays infidèles, les missionnaires s? font aider dans leurs travaux apostoljques par des catéchistes, véritables précurs surs qui préparent h s voies et disposent les païens à recevoir la bonne nouvelle; cette mélhode est en usaga dans touï 3 do
mission, aussi bien chez les peuples civilisés de l'Extr Orienf que chez les nègres de l'Afrique.
Dans les paroisses peu ferventes, où le nombre des pécheurs est souvent considérable, l'un d°s premiers soins d'un bon ur doit être de travailler tout particulièrement à former des chrétiens d'élite, qui seront pour lui des lieutenants précieux dans la lutte contre le mal.
Ils l'aideront d'abord par leurs prières. Dix justes auraient sauvé Sodome : combien de Sodomes modernes ont été sauvées par les justes ignorés qu'elles renfermaient dans leur s 'in ! Combien de paroisses, malgré la rage de l'enfer, malgré tous les moyens d'action employés de nos jours par les ennemis de l'Égl: ut solidement chrétiennes, grâce aux béné-
dictions qu'attirent sur elles les âmes saintes qu'elles contiennent !
Pour ramener les pécheurs, ces âmes ferventes sont d'un grand secours. Il est relativement rare qu'une âme pécheresse soit atteinte directement par le prêtre. Le premier travail de conversion se fait le plus souvent par un chrétien, une chrétienne zélée, dont la salutaire influence s'exerce doucement et
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prudemment sur le pécheur et le rapproche insensiblement de Dieu. Or, ce sont surtout les âmes foncièrement pieuses qui réussiss înt dans cet apostolat.
20. S'il ne peut placer de vrais amis de Dieu près de ces vétérans du péché, le prêtre doit travailler lui-même à s'insinuer dans leur esprit, nouer avec eux des relations amicales, corapatir à leurs peines,. leur prodiguer son dévouement et gagner ainsi leur cœur. Mais, en mèm ' temps, qu'il ne cache pas son désir de les gagner à Dieu, qu'il n'omette aucune occasion de leur adresser de bonnes paroles; en un mot qu'il soit toujours prêtre et se montre en toute circonstance Le vrai représentant et le continuateur de Jésus-Christ.
Qj'il prêche surtout d'exemple : le spectacle d'une vie sainte dans le prêtre produit sur les pécheurs eux-mêmes plus d'im- -ion qu'on ne se le figure. Qu'il ne cherche pas à éblouir p ir l'étalage de s^s connaissances, par l'éclat d'une éloquence tout humaine ou de qualités purement naturelles : les préoccupations de la vanité, outre qu'elles déplaisent fort à Dieu et éloignent les grâces, n'échappent point aux yeux d^s hommes; elles diminuent, loin de l'augmenter, le prestiga du prêtre de Jésus-Chris'. Évidemment il ne s'agit point pour lui de viser à passer pour un ange exempt d'imperfections. Que l'on reconnaisse en lui un homme, sujet comme ses frères à bien des fais, mais que l'on constate aussi que, les reconnaissant humblement, il s'applique à se mettre en garde contre elles et qu'il sait par sa générosité dans la lutte, par sa fidélité prière, obtenir de Dieu des grâces puissantes qui peu à peu le transforment. Alors ses vertus prêcheront mieux que s^s paroles : les bons se sentiront encouragés à les imiter ; des pécheurs eux-mêmes verront leur foi s • ravivor et le désir d'une vie plus chrétienne renaître en eux.