‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 77 sur 170 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le passage de l'état affectif à l'état contemplatif se fait, pour l'ordinaire, par une transition douce et progressive.

2. On s'imagine assez communément — du moins nous avons été nous-même longtemps dans cette croyance — qu'entre l'oraison commune et la contemplation il y a une différence si considérable, un fossé tellement profond que, pour le franchir, pour passer de l'état méditatif à l'état contemplatif, il faut comme une envolée soudaine de l'âme, un souffle impétueux de la grâce, une opération quasi miraculeuse de l'Esprit de Dieu.

Ce que nous avons dit jusqu'ici montre déjà qu'il n'en va point de la sorte, que le sentier qui mène à la contemplation ne franchit pas de précipice, mais s'élève par une pente continue jusqu'à ce haut degré de la vie spirituelle. Mais il n'est pas inutile d'insister et de montrer quel est, sur ce point, l'enseignement des meilleurs auteurs spirituels.

« Dans le commencement, dit Fénelon, la méthode la plus naturelle pour méditer est de prendre un livre, etc. . . Dans la suite on diminue peu à peu en réflexions et en raisonnements; les sentiments affectueux, les vues touchantes, les désirs augmentent. . . Le cœur goûte, S3 nourrit, s'échauffe, s'enflamme, il ne faut qu'un mot pour occuper longtemps. Enfin, l'oraison va toujours croissant par des vues plus simples et plus fixes, en

L ORAISON CONTEMPLATIVE

sorte qu'on n'a plus besoin d'une si grande multitude d'objets et de considérations. On est avec Dieu comme avec un ami. D'abord on a mille choses à dire à son ami, et mille à lui demander; mais, dans la suite, ce détail de conversation s'épuise, sans que le plaisir du commerce puisse s'épuiser. On a tout dit, mais sans se parler; on a plaisir à être ensemble, à se voir, à sQntir qu'on est l'un près de l'autre, à se reposer danç le goût d'une douce et pure amitié : on se tait, mais dans ce silence on s'entend. On sait qu'on est d'accord en tout et que les deux cœurs ne font qu'un ; l'un se verse sans cesse dans l'autre.

« C'est ainsi que, dans l'oraison, le commerce avec Dieu parvient à une union simple et familière qui est au delà de tout discours. Mais il faut que Dieu fasse uniquement par lui-même cette sorte d'oraison en nous; et rien ne serait plus téméraire ni plus dangereux que de vouloir s'y introduire soi-même. » (Avis sur la prière et les principaux exercices de piété.)

Dans un autre de ses ouvrages, le même auteur remarque très justement que la méditation la plus discursive, et à plus forte raison l'oraison affective, renferment souvent certains actes directs, qui sont un mélange et un commencement de contemplation.

D'après ces passages, la contemplation ne serait que la suite et comme la conséquence naturelle des oraisons inférieures. Il faut, il est vrai, l'intervention divine pour faire passer l'âme d'un état à l'autre; mais ici encore le Souverain Maître suit la règle qu'il semble s'être tracée de ne point procéder par changement brusque et inattendu : Natura non facit saltus.

3. Fénelon, sur ce point, n'a fait que résumer la doctrine des mystiques, qui admettent comme le cas le plus ordinaire cette transition lente et progressive entre les états inférieurs d'oraison et la contemplation.

Écoutons d'abord Balthasar Alvarez : « C'est par cette méthode (li méthode commune d'oraison en usage dans la Compagnie de Jésus) que l'on doit commencer, à moins d'une inspiration spéciale de Notre-Seigneur, et c'est d'elle que naît cet autre mode d'oraison (la quiétude), puisque c'est par le moyen de la méditation que l'on acquiert le repos de la contemplation. . . On peut initier à cette voie (Yoraison de quiétude) ceux qui se sont exercés pendant plusieurs années dans l'oraison

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