LAME Y ARRIVE GRADUELLEMENT
commune par la méditation et par le raisonnement, lorsqu'ils sont déjà avancés et disposés pour ce mode de prier dans un repos intérieur, en présence de Dieu et par voie de contemplation l. Il faut leur conseiller, toutefois, de ne pas abandonner entièrement la méditation, mais de diminuer peu à peu le discours. »
4. Sainte Thérèse enseigne que les âmes qui sauront pratiquer l'oraison ordinaire de recueillement, « s'enfermer dans ce petit ciel de l'âme où habite Celui qui a créé le ciel et la terre, qui s'accoutumeront à ne rien regarder au dehors. . . ne tarderont pas à s'abreuver à la fontaine », c'est-à-dire, suivant le langage figuré de la Sainte, à goûter aux délices de la contemplation, o Elles marchent, ajoute-t-elle, rapidement vers ce terme. » Ainsi, d'après sainte Thérèse, la contemplation est préparée par l'oraison de recueillement et, tôt ou tard, si l'âme est fidèle elle passera de celle-ci à celle-là. « Habituée, dit-elle encore, à recueillir ses puissances, bientôt l'âme, Dieu le voulant ainsi, obtiendra qu'elles partagent le repos de la contemplation parfaite. » {Chemin, xxviii. Édition Bouix, xxix.)
5. Écoutons maintenant saint François de Sales. « Voyez la reine de Saba, Théotime, comme considérant par le menu la sagess; de Salomôn en ses réponses, en la beauté de sa maison, en la magnificence de sa table, les logis de ses serviteurs. . . elle demeura tout éprise d'un ardent amour, quL convertit sa méditation en contemplation. . . La vue de tant de merveilles engendra dans son cœur un extrême amour, et cet amour produisit un nouveau désir de voir toujours plus et jouir de la présence de celui auquel elle les a\ait vues. . . Ainsi nous con-
1 L? P. Balthasar Alvarez avait eu à subir à ce sujet, selon le mot du Vén. Louis Dupont, son historien, une tempête de contradictions. D'autres religieux de son ordre, recommandables du reste par leur zèle et animés de bonnes intentions, attaquèrent vivem3nt sa spiritualité. Ils réprouvaient sa doctrine au sujet do l'oraison de quiétude et sa prétention d'enseigner ce genre d'oraison à ceux qu'il y pensait appelés de Dieu. Oa voyait là l'erreur des illuminés ou quiétistes et le mépris de la méthode d'oraison donnée par saint Ignace. Le Père n'eut pas de peine à se disculper et à prouver que son enseignement était orthodoxe et bien fondé. On sait que le P. Balthasar Alvarez, tenu en si haute estime par Bossue t , f ut l'un des guides les plus éclairés de sainte Théi èse. Notre-Seigneur attesta à la Sainte l'éminente perfection de cet admirable religieux.
10 l'oraison contemplative
sidérons au commencement la bonté de Dieu pour exciter notre volonté à l'aimer; mais l' amour étant formé dans nos cœurs, nous considérons cette même bonté pour contenter notre amour, qui ne se pçut assouvir de toujours voir ce qu'il aime et, en somme, la méditation est mère de l'amour, mais la contemplation est sa fille. » (Amour de Dieu, vi, 3.)
Ains', d'après le saint Docteur, à force de méditations, l'amour grandit dans nos cœurs et allant toujours croissant, il finit par donner naissance à la contemplation.
6. Saint Jean de la Croix n'est pas moins explicite : « Dans les commencements de cet état contemplatif, dit-il, cette connaissance amoureuse — c'est là, d'après lui, comme nous le dirons plus loin, ce qui forme le fond de la contemplation — se fait à peine remarquer, et cela pour deux raisons : l'une parce que dans les commencements cette connaissance est ordinairement si intime, si délicate, qu'il est difficile de s'en rendre compte; et l'autre parce que l'âme, étant habituée à faire la méditation d'une manière sensible, ne sait pas apprécier et perçoit à peine cette connaissance insensible et purement spirituelle, qui est pour elle une nouveauté. Cela arrive spécialement lorsque, faute de comprendre son état, l'âme s'agite et s'efforce de revenir à sa première méthode. Tout en jouissant d'une paix intérieure et savoureuse, plus abondante qu'autrefois, son trouble l'empêche de la sentir et de l'apprécier. . . Mais plus elle se formera au calme, plus aussi en elle croîtra de jour-' , en jour et s'y fera sentir cette connaissance générale et amoureuse de Dieu, qui est pour elle une source de jouissance et de paix. » (Montée, n, 11.) Plus loin (ch. xm), il enseigne encore que, dans les commencements, il sera souvent nécessaire d'employer la méditation, parce que, dit-il, pendant la période du progrès, il y a mélange de l'une et l'autre voies l ; mais peu à peu l'habitude de la contemplation se perfectionne, et on arrive à la longue à ce point que, chaque fois qu'on se met à prier, on se sent favorisé de cette paisible et douce connaissance, sans avoir aucun besoin de méditer 2.
1 Voie méditative et voie contemplative.
1 Gartains auteurs mystiques ont même voulu déterminer pendant combien de temps dure cet état intermédiaire que nous appelons