CHAPITRE III
L'union amoureuse, fondement de l'oraison contemplative
17. De la doctrine que nous v< nons d'exposer il r.ssor* déjà que les éléments constitutifs de l'oraison conf i sont
des* grâces actuelles et non d gratis datée ; ce sont d:s
grâces éminentes de foi, qui éclairent Fâme sur la grandeur et la bonté incompréhensibles de Dieu, et un attrait u'amour, par lequel Dieu, attirant l'âme fidèle, l'unit à Lui par les liens d'une douce et sainte affection. L'union à Dieu, en effet, se fait parla connaissance et l'amour, tel est l'enseignement dus théologiens comme celui des mystiques l, et plus parfaits sont la connaissance et l'amour, plus est parfaite l'union avec Dieu.
Il ne sera pas superflu de montrer par des passages des saints auteurs que telle tst bien l'idée qu'Ls se font de l'oraison contemplative.
1 Voir dans l'État mystique (ch. vm, L'union mystique) la doctrine formelle de saint Thomas sur ce point. De même saint Jean de la Cioix : o L'oraison contemplative unit à Dieu par une connaissance sublime. » {Montée, n, 12). Mais cette connaissance doit être jointe à l'amour, car o il n'appartient qu'à l'amour d'unir laciéature au Créateur. » [Nuit, n, 18 et passirn.)
l'union AMOUREUSE 19-
« L'âme parvenue à l'état contemplatif trouve, dit saint Jean
la Croix, un grand bien-être à demeurer seule avec Dieu.
Lui donner son amoureuse attention, sans s'occuper d'au-
« cune considération particulière, et à jouir d'une paix, d'un
Ime, d'un repos intime. Dans cet état la mémoire, l'intelli-
ii ce, la volonté ne font aucun acte qui soit formel et rai-
« sonné, car dès que l'âme se met en piésence de Dieu, elle
h possession de cette connaissance confuse, amoureuse,
« qui est pleine de paix et de calme. » {Mariée, n, 11, 12.)
ut Jean de la Croix revient sans cesse, dans tous ses écrits, sur « cette connaissance confuse, indistincte de Dieu, sur cette « attention amoureuse, simple et fixée uniquement sur son « objet, à peu près comme quelqu'un qui ouvre les yeux pour « regarder avec amour » (Tue Flamme, str. III, §6); et partout il donne cette disposition comme le caractère essentiel de la contemplation '.
18. Sainte Thérèse, tout en employant d'autres expressions r est au fond parfaitement d'accord avec le réformateur du Carmel. Dans cet état, d'après elle, la volonté 2 goûte de vraies dé'ices, un calme profond; sans savoir comment elle se rend captive, elle donne simplement à Dieu son consentement, afin qu'il l'emprisonne, et Dieu, en effet, la tient liée à Lui pap l'amour. Parfois l'entendement et l'imagination partagent ce calme et ce doux repos de la volonté, parfoisilssont, au contraire, en proie à toutes sortes de distractions involontaires, sans toutefois distraire le cœur de son application à Dieu.
Il y a donc là une opération divine ordinairement douce et calme qui s'empare de la volonté, si bien-que celle-ci n'a qu'à se laisser faire; elle reste, sans effort de sa part, liée à Dieu par l'amour. Souvent cette union subsiste au milieu des écarts de l'imagination et de l'entendement, parfois même en dehors de
1 Quelques auteurs allèguent comme expliquant la nature des états mystiques certains textes de saint Jean de la C:oix, qui, comme nous le verrons plus loin (n° 33), s'appliquent, non pas à l'état mystique proprement dit", mais à des faveurs particulières et exceptionnelles.
* C 'ux à qui ces lignes de sainte Thérèje paraîtraient obscures, parce qu'ils ne sont pas habitués à prendre le mot « volonté » dans le sens scolastique, n'ont qu'à y substituer le mot « cœur », pour avoir une parfaite intelligence de tout ce passage.
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l'oraison, au milieu des occupations et des travaux auxquels l'âme doit se livrer. Quand ce bien-être, ce bonheur intime communiqué à la volonté rejaillit sur les sens, envahit l'appétit sensitif, ce sont alors de vraies délices tout intimes et fort abondantes, que la Sainte appelle les goûts divins.
Ainsi il est facile de s'en rendre compte en lisant ses ouvrages : partout où sainte Thérèse parle de la contemplation ordinaire, elle insiste sur l'opération que subit la volonté, qui se trouve, déclare-t-elle, unie à Dieu por l'amour sans s'être mise d'ellemême dans cette union; tout au plus aura-t-il fallu se recueillir quelque peu, faire marcher la « noria » ', et souvent cela même n'aura pas été nécessaire. Elle ne signale de la sorte que l'un des deux éléments reconnus par^ saint Jean de la Croix, le . sentiment amoureux qui a son siège dans la volonté : elle ne parle pas de la connaissance générale de Dieu, sur laquelle insiste particulièrement son saint disciple. Mais ce qu'elle dit la suppose nécessairement. E^ ffet, les affections de la volonté sont toujours produites par une connaissance intellectuelle, nihil volitum nisi pfœcogmtum, et l'un suit si bien de l'autre que l'acte de volonté participe au mode de l'acte intellectuel dont il découle. C'est justement ce qui arrive pour la contemplation : il y a dans l'ii ;e une connaissance générale, indistincte de Dieu, et de là naît dans la volonté une affection également confuse et indistincte. C'est même en raison de son caractère général et vague que le sentiment amoureux, comme le déclare souvent sainte Thérèse, persiste parfois au milieu de toutes sortes de pensées, au milieu même des diverses occupations de Ja vie.
19. Saint François de Sales, parlant de la contemplation, lay représente comme une amoureuse, simple et permanente attention aux choses divines, celles-ci n'étant pas considérées par le menu comme dans la méditation, mais d'une vue simple et ramassée, vue par conséqu<'ii: générale et indistincte, comme disait saint Jean de la Croix. « Tout est vu en général et rien en
1 La noria est une raachii ilique fort commune en Espagne,
une sorte de pompe à god< on met en mouvement en faisant
tourner un manège autour d au central; elle peimet de puiser beaucoup d'eau sans grand