‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 87 sur 170 · Cette contemplation ténébreuse comporte des degrés bien · texte numérisé non relu

Cette contemplation ténébreuse comporte des degrés bien

différents. Pour revenir à la comparaison de saint Alphonse-,

rien voir de distinct dans le disque solaire, on peut trouver

I plus ou moins éblouissant l'éclat de ses rayons : le ciel peut être

pur et l'astre alors sera très lumineux; au contraire une

■ brume peut s'interposer et diminuer sa splendeur. De

| même cette vue générale et indistincte, cette contemplation

rfections divines peut être trèsforteet trèséblouis-

; ce sera par exemple la « clara caligo » de saint Louis de

Gonzague, la « grande ténèbre » de sainte Angèle de Fo'igno ;

peut au contraire être presque insensible, et c'est ce qui

arrive, nous enseigne saint Jean de la Croix, dans la nuit des

à l'entrée delà voie contemplative, où l'âme s'en aperçoit

ue et ne comprend rien à son état.

32 l'oraison contemplative

Des principes qui précèdent il ne faudrait pas conclure à une vision directe et intuitive de l'Être divin. Quoi qu'en aientditles ontologistes, la vue immédiate de Dieu est réservée à la Patrie. Ici-bas Dieu est connu par ses attributs, dont l'âme se fait une idée, species intelligihilis, plus ou moins saisissante; Il n'est pas atteint directement et dans son essence.

§ 4. — Les différentes manières de connaître Dieu

30. On peut connaître D:eu surnaturellement de quatre manières : à l'aide du raisonnement éclairé par la foi, par les lumières mystiques de la contemplation, par les lumières purement spirituelles et miraculeuses de la vision intellectuelle et par la vision intuitive.

D'abord à l'aide du raisonnement éclairé par la foi. L'intelligence humaine peut arriver, par la seule force du raisonnement, à se convaincre des perfections divines et dire : D'eu est grand, tout-puissant, infiniment bon, Dieu nous a créés, Dieu nous aime, Dieu est l'Etre au-dessus de tous les êtres, sa nature est inexplicable. Il est des rationalistes, des hérétiques formels, privés de foi, qui acceptent ces vérités, mais chez eux la raison seule en perçoit la justesse.

31. Quand un chrétien fait sur ces mêmes vérités acte de foi, il s'appuie sur la Révélation; il part de ce principe : D'eu l'a dit et je veux le croire; sa croyance dès lors est surnaturelle et méritoire. Dans ce cas l'intelligence humaine obtient une puissance de perception supérieure à sa force native, elle aperçoit les vérités révélées sous un jour nouveau et surnaturel qu'on appelle le lumen fidei. Chez l'âme croyante, mais imparfaite, •cette lueur céleste qui éclaire les vérités révélées est faible encore; aussi de même que pour arriver à ces vérités fondamentales elle a eu besoin de raisonnements, de même quand elle veut en tirer les conclusions : Dieu mérite que je lui sacrifie tout , que pour Lui je renonce entièrement à moi-même, elle aura de nouveau besoin de raisonnements plus ou moins laborieux.

32. L'âme contemplative perçoit les mêmes vérités et aussi les vérités qui en découlent, ma5s e'ies lui apparaissent revêtues •d'une grande splendeur, confuse peut-être comme la lumière du

soleil, mais comme elle éblouissante et comme elle saisie du premier coup d'œ;l '. Elle voit surtout que Dieu est l'Être incompréhensible, qu'il surpasse toutes les idées que nous pouvons nous faire de Lui. Ces notions que la foi lui a fournies en suivant les déductions de la raison, l'Esprit-Saint les lui confirme par une autre voie. Agissant directement sur la partie suprême de l'esprit, Il y imprime ces mêmes -vérités, Il lui en donne une conviction nouvelle, une intelligence plus parfaite, que tous les raisonnements aidés de la foi n'auraient pu lu> procurer. Elles font alors sur l'esprit du contemplatif une impression si vive qu'il se contente de les regarder, de les contempler, de s'en délecter.

L'action de l'Esprit-Saint se borne-t-elle alors à rendre les vérités de foi déjà acquises plus éclatantes, en rendant les >dées que l'âme se faisait plus lumineuses, ou bien en combinant et rapprochant Lui-même, en même temps qu'il les illumine, les diverses données que l'âme possède déjà, ou bien met-Il dans l'intelligence des idées qui font saisir beaucoup plus parfaitement les mêmes vérités; les trois modes sont possibles et peuvent se succéder chez la même personne. Souvent quand le contemplatif se met en présence de Dieu, il semble qu'aucune idée nouvelle ne se présente d'elle-même à son esprit, mais les pensées qj'il se rappelle et qui ont Dieu pour objet revêtent une lumière forte et douce, et font sur lui une impression que ne font pas les autres pensées, et qui suppose une intervention spéciale de l'Esprit-Saint. Parfois aussi une pensée de foi, comme celle de l'amour de Dieu pour lui, ou bien de la grandeur incompréhensible, des charmes et amabilités inexplicables delà Divinité, entre en lui si subitement, et le frappe s5 fortement qu'il voit que Dieu Lu'-même a fait naître en lui cette pensée, et lui en a donné une idée saisissante.

1 Nous avons dit que pour bien faire comprendre un phénomène, il faut le présenter dans tout son développement. Aussi décrivons-nous ici la contemplation ordinaire à son, apogée, telle qu'elle se présente quand l'entendement est vivement illuminé en mêm? temps que la volonté est embrasée d'amour. Nous devons dire que dans beaucoup de cas les lumières n'ont pas cet éclat, elles existent, mais à l'état rudim^ntaire; alors l'influence mystique s'exerce plutôt sur la volonté qui est suavemsnt attirée, sans que l'esprit soit aussi frappé des grandeurs divines.

34 e'oraiso.x contemplative

jbiis ces vérités, qui 'ui apparaissant si lumineuses, ne sont pas pour lui des nouveautés; il sait que Dieu les a révélées, et c'est par docilité à l'enseignement divin qu'il les accepte avec amour. La faveur qu'il a reçue ne le fait donc pas sortir de l'ordre de la foi; elle ne se substitue pas à la foi. mais elle la fortifie, l'éclairé, la perfectionne.

33. Dieu favorise parfois s1 s amis de lumières plus merveilleuses encore. Dans le cas précédent les lumières éminentes, intuitives, delà contemplation ne sortent pas l'homme de son état normal; elles sont surnaturelles, mais en conformité avec la nature de notre intelligence, telle qu'elle exerce ici-bas ses actes; c'est une connaissance par espèces mte^igibles, plus parfaites, mais de même ordre que nos espèces intelligibles humaines. Mais il est un mode de connaissance beaucoup plus élevé, qui ne convient pas à notre éiat présent, mais ne répugne pas à notre nature, car il deviendra le mode de connaissance dont nous jouirons aussitôt après notre mort : c'est la connaissance des purs esprits, des âmts du purgatoire et dts damnés eux-mêne s; elle se fait par des espèces purement intellectuelles, sans aucun rapport avec les mots du langage humain, ni avec les phantasmes de l'imagination. On l'appelle souvent v'sian intfllectulL-, elle ouvre à l'âme de très vastes horizons : un ange embrasse d'un seul regard des vérités, des ol faits

que nous ne pouvons considérer que l'un après l'autre et dans un long espace de temps. Par elle on peut connaître les obj 1s éloignés, « tous les objets visibles du ciel et de la terre », et aussi « les substances simples ou immatérielles comme *es anges et les âmes ». {Montée du Carmeh, n, 2'».';

Grâce à ce mode de perception vraiment miraculeux1, de saints personnages ont pu lire les secrets d>s coeurs, connaître et prédire les faits à venir.

Ces connaissances quand elles ont pour objet des créatures ou des faits contingents, n'unissent pas l'âme à Dieu, puisque l'âme s'unit à Dieu en Le connaissant Lui-même et en l'a:mant. EUes sont préternaturePes et non surnatureUes; on do't les

1 Nous prenons le mot miraculeux dans le sens de dérogation aux lois delà nature. O phénemèafi a'ast pas un miracle proprement dit, parce qu'il n'est pas sensible.

COMMENT B'OPÊRE I.'l NÏOH \MOUREUSE 35

ranger parmi h s grâces çrvtis dot.t et non parmi les grâces actuelles. Ma;s on peut aussi par ce mode de perception angé'ique obtenir « d^s notions sublimes sur les attributs divins comme la toub'-puissance, la force, la bonté, la douceur de Dieu. Ces connaissances si élevées qui sont jointes à l'amour », et qui sont non pas distinctes et particulières, mais « générales, ne sont, donné, s qu'aux âmes parvenues à l'union divine ». Du reste « olli s produis ni elles-mêmes l'union divine ». L"âme en effet h s obtient par une touche mystérieuse de la Divinité, a touche de conn.i ( d'amour sa vour ux. loque ai noticia y sahar, qui

ce jusqu'au fond le plus intime de l'âme ». {Montée, n, 24.) Elles sont de l'ordre surnaturel ; ce sont des grâces actuellesd'un nouveau genre • I ek-tpêmemènl élevées. E'ies ne peuvent être communiquées par les anges eux-mêmes. Seul « le Seigneur, qui demeure substantiellement dans l'âme, les produit ». Le plus haut degré d'oraison auquel une âme puisse s'élever s'obtient par cette voi \ mais l'âme ne reçoit ces communications de lumières et d'amour vraiment ar.gébqu' s qu'après avoir passé par une purification complète, par la nudité de l'esprit et le dépouillement absolu de tout ce qui est créature. (Xuit obscure, ii, 23.) Ainsi pou\ aient faire oraison les anges pendant la durée de leur épreuve, ainsi la font, mais sans pouvoir augmenter leurs mérites, 1rs anus du purgatoire.

Il faut soigneusement distinguer de l'état mystique proprement dit <• s phénomènes d'ordre angélique. Les âmes saintes qui reçoives les communications et qui jouissent aussi des lumières mystiques ne marquent pas toujours aussi nettement que- saint Jean de 7a Croix la différence d s unes et des autres. Qui voudrait voir dans tous les faits intinrs qu'elles racontent de simpl' s d' grés du même état, ou qui chercherait à expliquer l'état mystique par la description qu'elles font de ces faveurs d'un autre ordre, commettrait une confusion tout à fait regrettable.

34. Les trois modes de la connaissance de Dieu que nous venons d'expliquer ne Le font pas voir face à face. Deum nemo vidit unquaiu : pi rsonne n'a jamais vu Dieu, dit et Tépète l'Apôtre bien-aimé (Jean, i, 18 et I Jean, iv-12). Quem nullus ■hominum vidit, sed nec videre potest, aucun homme ne l'a vu ni ne peut Le voir, dit saint Paul (I, Tim. vi, 16). Le simple

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croyant, l'âme contemplative, l'âme séparée et l'ange luimême avant d'entrer dans la gloire ne connaissent Dieu que par des espèces intellectuelles, d'ordre différent, mais qui toutes sont des intermédiaires entre Dieu et l'âme. Dans la vision intuitive, au contraire, il n'y a plus d'espèces intellectuelles, Dieu Lui-même s'unit à l'intellect et se révèle à Lui sans intermédiaire. Par tous les autres modes de connaissance, même par la connaissance purement spirituelle, l'âme voit Dieu dans un miroir informe ' et en énigme, elle ne Le connaît qu'imparfaitement ; par la vision de gloire elle Le voit face à face, elle Le connaît directement, comme elle est connue de Lui : Videmus nunc per spéculum in œnigmate ; tune autem facie ad faciem. Nunc cognosco ex parte ; tune autem cognoscam sicut et cognitus sum (I Cor., xm, 12).

34 bis. Nous avons réfuté longuement ailleurs (Faits extraordinaires), la théorie toute nouvelle d'un auteur contemporain qui, contrairement à ce que nous devons de dire, donne comme é-ément caractéristique et' fondamental de tout état mystique une perception directe de Dieu à l'aide de sens spirituels. Comme les anges, les démons, les âmes du purgatoire se perçoivent entre eux, ainsi toute âme contemplative percevrait Dieu ! ! I Ici nous nous bornerons à citer la déclaration formelle d'une sainte âme qui connaissait très bien par expérience ce qu'est l'état mystique. La mère Anne-Séraphine Boulier (1628-1683), cette supérieure de la Visitation de Dijon qui, favorisée des dons les plus élevés, fut en grande réputation de sainteté et que sainte Marguerite-Marie déclara avoir été placée au ciel parmi les Séraphins, a écrit les lignes suivantes : « Ce qui établit la vie déiforme en l'âme mystique est bien quelque chose de divin, mais non pas Dieu même et toutes les communications de lumière et d'amour qui élèvent l'esprit et le cœur ne sont pas quelque chose d'incréé et d'essence divine, puisque nous ne sommes faits enfants que par grâce. Ainsi l'âme expérimente bien que ce n'est pas l'essence divine qui est en elle pour devenir ce plus intime et ce plus qu'elle-même, mais une participation créée de l'incréé, qui fait devenir l'âme par grâce

1 Les miroirs, du temps de saint Paul, étaient des miroirs métalliques ne donnant que des images vagues et obscures.

quelque chose de ce que Dieu est par nature. Ainsi tout ce

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