‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 88 sur 170 · QUI SE VOIT, SE SENT ET S'ACQUIERT DANS LA VIE DÉIFORME · texte numérisé non relu

QUI SE VOIT, SE SENT ET S'ACQUIERT DANS LA VIE DÉIFORME

n'est pas Dieu, mais un pur don de Dieu. Ce serait tomber dans une grosse erreur de prendre VEtre divin participé pour la Di- inité même. » Sa Vie. Avis, III. Partie, xxn, xxm.

§ 5. — Enseignement de Bossuet sur ce sujet

35. Nous croyons utile de mettre ici sous les yeux du lecteur une page où Bossuet explique la nature de la contemplation. On y verra exposée en beau langage une doctrine identique à la nôtre et qui, après les explications que nous venons de donner, sera, croyons-nous, plus facile à saisir.

3ouvenez-vous, dit-il, que l'âme, déchue de la justice originelle et entièrement livrée aux sens, ne se connaît plus ellemême qu'avec une peine extrême; et, comme dit saint Augustin,

■ loppant avec les images sensibles, dont elle est tout offusquée, elle se fait, par ce moyen, toute corporelle, et : distingue point elle-même d'avec son corps... Par une suite de cet état, ce qu'elle ignore le plus, ce sont ses actes et s s mouvements intellectuels : les sens occupent tout, et on se remplit tellement des objets corporels qu'us nous apportent que, ne voyant rien qu'à travers ce nuage épais, on croit en quelque façon que tout est corps et que ce qui n'est pas corps ou corporel n'est rien. D'où vient aussi que l'âme est si peu touchée des biei.s purement intellectuels et que toute sa pente est vers les sens et les objets sensibles?

mi ne sort de ce triste état que peu à peu et avec d'extrêmes efforts. J'avoue bien que l'âme peut se redresser par son raisonnement, comme ont fait quelques philosophes. La foi la redresse aussi d'une manière plus prompte et plus efficace, mais c'est proprement dans la contemplation que, recueillie en elle-même, elle commence à se démêler comme expérimentalement d" le corps dont elle se sent appesantie, et à séparer ses opérations intellectuelles, qu> sont s. s véritables actions, d'avec celles des sens et de la partie imaginat've, qui n'est autre qu'un sens, un peu plus intérieur que les autres, mais, dans le fond, aussi grossier, puisqu'après tout ce qui y entre n'est toujours que corps.

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p L'âme donc, dans cette ignorance, naturellement dominée par l'habitude de sentir et de croire en quelque façon que rien i 'est réel que ce qui se sent, ce qui se touche, ce qui s? manie, i n se réduisant peu à peu à la pure intellection, s'échappe d'elle-même et ne croit plus opérer, pendant qu'elle commence à exercer S' s phis véritables et plus naturelles opérations. L°s actes de la volonté sont encore plus imperceptibles que ceux de l'intelligence, car, encore que toute pensée soit prompte et rarid'e df sa nature, ce qui fait dire à ce- sublime poète, pour exprimer la célérité d'un mouvement: « Vite comme la pensée », néanmoins l'acte de la volonté, si on veut le ranger parmi les pensé' s, se trouvera le p'us vite de tous les actes humains, puisqu'il ''est tellement qu'à peine a-t-on le loisir de le sentir. L'entendement se promène sur diverses propositions pour formrr un raisonnement et tirer une conséquence, mais le coup du consentement, pour ainsi parler, se donne en un instant et ne se connaît qu'à ses effets.

« L'âme donc, dans l'état de contemplation, se trouve si épnrée, ou, comme parlent les spirituels après Cassien, « si mil ce et si dé'iée » extenvota mens, et ses pensées si subtiles et si dé'cates que les sens n'y ont point de pris*1. . . Dans cet état de pnre contemplation « l'âme s'appauvrit, dit encore Cassien; elle pi rd les riches substances de toutes les belles conceptions, ribe toutes les belles images, de toutes les belles paroles » dont elle accompagnait ses actes intérieurs. On en vient donc jusqu'à parler le pur langage du cœur. Jusqu'à ce qu'on en soit venu à ce point, on parle toujours en soi-même un langage humain, et on revêt ses persées des paroles dont on se servirait pour les exprimer à un autre. Mais dans la pure contemplation, on en vint tellement à parler à Dieu qu'on n'a plus un autre langage que celui que Lui s- :ul entend, qu; est celui que nous avons appelé le langage du cœur, surtout dans l'acte d'amour qu; ne se peut et ne se veut expliquer à Dieu que par lui-même. On ne lui dil qu'on l'aime qu'en aimant,. et le cœur alors parle à Dieu s ul.

« Si l'on vient et jusqu'où l'on vient à la perfection d'un tel acte perdant cette vie, et si l'on en peut venir jusqu'au point de faire entièrement cesser au dedans de soi toute image et toute parole, je le laisse à décider aux parfaits spirituels; ici

COMMENT S'OPÈRE l'iMON AMOUREUSE 39

où j'ai besoin d'éviter toute question, je me contente de dire que cet épuremenl s'a"vance si fort dans la sublime contemplation qu'on entrevo't du moins la parfaite pureté, et qu<', si l'on n'y parvient pas entièrement, on a quelque chose qui s'en ressent beaucoup. La pensée donc, ainsi épurée, autant qu'il se peut, de tout ce qui la grossit, des images, des expressions du langage huma;n, de tous les retours que l'amour-propre nous inspire sur nous-mêmes, sans raisonnement, sans discours, puisqu'il s'agit seulement de recueillir le fruit et la conséquence de tous les discours précédents, goûte le plus pur de tous les êtres, qui est Dieu, non seulement par la p'us pure de toutes les facultés intérieur»: s, mais encore par le plus pur de tous les actes et s'unit intimement à la vérité plus encore par la volonté que par l'inteliigei

« L'âme entre alors véritablement dans l'école du Saint- Esprit, dans cette école intérieure, où elle est excellemment enseignée de Dieu. « Qu'elle est éloignée, dit saint Augustin, des st i:s de la chair », cette école où régnent la paix et le silence; cette école « où Dieu se fa:t entendre », où se tient le conseil du cœur, où se prennent les résolutions, « encore un coup, dit le même Samt, qu'elle est éloignée des sens de la chair ! ■» Le sens étonné n'y voit r'en, et i'âme qui lui échappe lui paraît comme réduite à rien : Ad nihilum redactus sum et nescivi. « J'en suis réduit au néant », disait David, et ce néant même que je trouve en moi dans un fond où Dieu me ramène, m'est impénétrable, cl nescivi /ce qui lui faU ajoute!' : « Je suis devenu devant vous comme vme bête mut jument u m, sans raisonnement, sans discours, et tout ce que je puis dire en cet état, « c'est que je suis toujours avec vous », et que je ne trouve que vous dans l'obscurité de la foi où vous m'avez enfoncé : et ego semper tecum. Voiià ce que je puis dire, en bégayant, de Pexereice paifait et de l'imperceptible vérité d<rs actes intellectuels dans la sublime contemplation. » (Instruction sur les états d'oraison, I. V.)

§ 6. — La contemplation est l'effet des dons du Saint-Esprit

36. La doctrine que nous avons exposée est en parfaite harmoni' que les Maîtres nous eus ignent des dons du

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Saint-Esprit, qui conduisent l'âme, non pas comme les vertus infuses par des motifs raisonnes, par des conclusions légitimement déduites, mais bien par des illuminations et des inspirations de la grâce plus intuitives que déductives.

En effet, d'après saint Thomas (i, 2 q. 68, a. i), Suarcz {De gratia, 1. II, eh. xvn),les dons du Saint-Esprit sont des habitus distincts des vertus surnature'les, et qui donnent à l'âme une disposition à recevoir les lumières et à obéir aux motions, non pas de la raison éclairée par Ja foi — ceci est le rôle des vertus infuse s — mais de l'Esprit-Saint, lumières et impulsions qui se produisent dans l'âme directement sans le secours des raisonnements. « Grâce aux dons, dit samt François de Sales, l'âme devient souple, maniable et obéissante aux divins mouvements et célestes inspirations du Saint-Esprit. »

37. La plupart des chrétiens, par leurs infidélités sans nombre, mettent beaucoup d'entraves à l'exercice des dons du Saint- Esprit. « On s'étonne, dit le P. Lallemant, de voir tant de religieux qui, après avoir vécu en état de grâce des quarante et cinquante ans, disant la mess? tous les jours, pratiquant tous les saints exercices de la vie religieuse et, par conséquent, ayant les dons du Saint-Esprit dans un degré physique fort élevé; on s'étonne, dis-je, de voir que ces religieux ne font rien paraître des dor.s du Saint-Esprit dans leurs actions et dans leur conduite, que leur vie est toute naturelle; que quand on les blâme, qu'on les désoblige, i's en marquent leur ressentiment; qu'ils témoignent tant d'empressement pour les louanges, pour l'estime et l'app]audiss:ment du inonde; qu'ils y prennent tant do pkislr, et qu'ils aiment et recherchent tant leurs aises et tout ce qui flatte l'amour-propre.

« Il n'y a pas de sujet de s'en étonner : c'est que les péchés véniels qu'il commettent continuellement tiennent les dons du Saint-Esprit comme liés, de sorte que ce n'est pas merveille qu'on n'en voit point en eux les effets. » (Doctrine spirituelle, 4e principe, ch. m, art. 3.)

Il est bien clair que les chrétiens peu avancés dans la mortification et le renoncement sont inaptes à recevoir fréquemment l'impu'sion de l'Esprit-Saint. Comment seraient-ils sous la dinction habituelle du divin Esprit, eux dont la vie est pleine de résistances à la grâce et d'hésitations à en suivre les lumières?

Leur volonté, empêtrée par mille affections naturelles, liée par tks habituel' s Sensuelles et égoïstes, qu'ils aiment et qu'ils entretiennent, ne saurait se plier promptement aux inspirations célestes. A mesure qu'ils se défont de ces attach s imparfaites, i's rompent les liens qui enchaînaient au milieu d'eux l'Esprit d'amour, et les dons entrent de plus en plus en exercice.

38. De l'aveu de tous les docteurs, les dons d'intelligence et de sagesse interviennent dans la contemplation.

Le don d'intelligence permet de pénétrer plus profondément, d'atteindre plus directement les vérités révélées; quod spiritualia quasi nudô i-eritate capiantur, supra humanum modum est, et hoc jacit donum intelle-.tus, qui de auditis per fidem mentent illustrât (III Sent., dist. 34, q. 1, a. 2). C'est lui qui donne à l'entendement humain de s'élever au-dessus de s:s opérations ordinaires, si faibles et si imparfaites, et lui communique la puissance de percevoir les perfections, les grandeurs divines en se passant, autant que faire se peut, du concours des facultés inférieures. Il arrive parfois qu'une inspiration, à laquelle rien ne faisait songer, vient soudain tracer une ligne de conduite à l'âme fidèle, et ce'le-ci, voyant que cette inspiration est en harmonie avec les enseignements de Ja foi, l'accepte librement et la suit de grand cœur. C'est un effet du don de conseil; l'Esprit-Saint Lui-même a mis dans l'âme cette subite inspiration. De même parle don d'intelligence des idées très élevées d s grandeurs divines sont versées dans l'âme, et celle-ci. voyant que les notions qu'elle reçoit de la sorte sont conformas à la doctrine chrétienne, y adhère avec amour.

Donnons un exemple pour éclairer cette théorie.

Il arrive souvent aux âmes contemplatives d'être vivement frappées de la présence de Dieu au-dedans d'elles-mèm s. L'impression forte qu'elles éprouvent à la pensée de cette divine présence montre bien qu'elles en ont un sentiment si puissant, une perception si pénétrante, qu'elles ne sauraient en acquérir de semblables par le raisonnement ni par les considérations les mieux présentées. C'est là, à n'en pas douter, un effet du don d'intelligence.

39. A cette illumination de l'entendement correspond aussitôt un fort mouvement d'amour dans la volonté. Alors les contemplatifs s'unissent intimement à l'hôte di\in de leur âme,

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ils se réjouissent de Le posséder, tout cela par des actes de cœur souvent à peine exprimés, mais intenses et ardemment affectueux.

Ces émotions affectives, produites dans l'âme par la connaissance des amabilités divines, appartiennent, selon beaucoup d'auteurs, au don de sagesse, qui serait, d'après eux, un goût très suave de Dieu et des choses divines. « La sapience, dit saint François de Sales, n'est autre chose que ''amour qui savoure, goûte et expérimente combien Dieu est doux et suave. » (Amour de Dieu, 1. XI, eh. xv.)

Saint Thomas, cependant (2. 2. q. 45), remarqu que ce don de sagesse ne consiste pas précisément dans le goût des choses divines, car alors il serait dans la volonté, ce que le saint Docteur déclare inadmissible; il consiste plutôt dans le jugement qui s'ensuit K D'après lui, cet attrait pour les choses surnaturelles, cette délectation que nous y prenons, cette sympathie que nous éprouvons pour elles, serait un effet de la charité 2. Et ainsi le charme que nous trouvo: s dans les choses divines serait non pas l'effet, mais au contraire le principe de la sagesse : par ce goût intime qu'elles produisent en nous, nous jugeons de la vérité, de la bonté, de la convenance des choses divines; or, d'après saint Thomas, c'est cette rectitude de jugement qui constitue la sagesse3; l'âme éclairée par ce goût de Dieu comprend mieux combien II est bon, alors elle s'attache à Lui davantage et l'aime d'un amour plus ardent.

Q :oi qu'il en soit, il est certain que l'âme parfaitement unie à Dieu, entièrement soumise à l'action de l'Esprit-Saint, reçoit de Lui une intelligence plus vive des choses divines, un regard plus perçant par lequel elle saisit mieux les vérités surnaturelles. Il est également certain qu'à cette perception de l'in-

1 Du reste saint François de Sales, lui aussi (2e sermon pour la Penv3 -ôte) dit que « la sapience est une science qui savoure » — et (3* sermon pour la même fête), il parle du « don de la sapience, c'est-à-dire de la savoureuse science. »

* Hœc compussio sive connaluralitas ad res dlcinas fit per charitatem, quœ quidem nos unit Deo secundum iilud : « Qui adhseret Deo, unus spiritus est. »

8 Sic sapientia causant habeî in voluntale scilicel charitatem, sed essentiam habet in intellects, cujits est recte judicare. (2. 2. q. 45, art. 2.)

COMMENT S'OPÈRH l'i/NION AMOeili 43

tel'igenee répoad dans la volonté une tendance affective très intrus % un sentiment d'amour plein do suavité. Le cœur se complaît dans cet amour, il y trouv" une grand.' douceur, qu'il savoure sou union avec le Bien-Aimé, dont les perfections le charment, soit qu'il tende à une union plus intime encore. Il est clair aussi qu'il résulte de tout cela une connaissance expérimentale des choses divines qui rend éminemment s;ge : Gustate et videte quoniam suavis est Dominais l. L'âme qui a ainsi goûté Dieu sait l'apprécier davantage et par un admirable retour, à mesure qu'ei'e l'apprécie davantage, elle voit grandir son amour.

40. On voit donc là l'exercice des dons d'intelligence et de sagesse. Sous l'influence de ces dons se succèdent dans l'âme une multitude d'actes rapides, parfois très explicites, parfois, au contraire, fort peu distincts. Aussi, il est souvent difficile de les apercevoir bien nettement et d'en démêler le caractère. Ce sont des sentiments de complaisance dans les perfections de Dieu, de joie à la vue de sa grandeur : Sr ilote quoniam Do minus ipse est Deus, de louange, d'admiration, de respect, de confiance absolue, d'anéantissement de soi-même, d'offrande de tout son être. Ce sont encore des désirs de l'aimer davantage et de Le voir mit ux connu et plus aimé, désirs souvent pleins d'anxiétés, et qui, n'étant pas satisfaits, causent à l'âme de vrais tourments. Ces sentiments, qu'ils soient distincts ou confus, varient s.don que les lumières communiquées par l'Esprit-Saint portent sur telle ou telle vérité, font voir les choses divines sous tel ou tel aspect. Parfois une impression de la bonté et de la bienveillance de Dieu remplira l'âme de consolations, comme dans l'oraison des goûts divins de sainte Thérèse. D'au r s fols, au contraire, un sentiment vague mais puissant de la sainteté et de la justice divine, éclairant l'âme sur son néant et ses misères, hii fera comprendre la disproportion qui existe entre elle et le Dieu de son amour, et la remplira d'effroi et de désolation, comme dans la nuit de l'esprit de saint Jean de la Croix.

Tel est, croyons-nous, le rôle des dons d'intelligence et de sagesse dans la contemplation. L'âme contemplative est en

1 Goûlez et voy^z combien le Sjigneur est doux.

L ORAISON CONTEMPLATIVE

même temps très disposée à subir l'influence des autres dons : de la piété, qui lui met au cœur des sentiments d'affection toute filiale envers Dieu : In quo damamus Abba Pater ; de la science : quand son attention se dirige sur les créatures, elle en juge selon les lumières que ce don lui communique. Ces dons peuvent, par conséquent, avoir aussi leur part dans la contemplation. Q^ant aux autres dons de conseil, de force, de crainte de Dieu, ils lui servent dans la conduite ordinaire de la vie pour lui faire produire des actes pleins de prudence et de générosité, mais ils peuvent aussi intervenir dans son oraison pour lui faire prendre les résolutions les plus sages et parfois les plus héroïques.

41. C:s notions données, il est facile de comprendre pourquoi la contemplation, qui est l'effet des dons, est à bon droit nommée surnaturelle, par opposition à l'oraison discursive. Il est naturel à l'homme d'agir par raisonnement; et il peut porter son entendement aussi bien sur les choses de la foi que sur les questions profanes; la grâce nécessaire pour le faire chrétiennement ne lui manquera pas, de même que le concours divin ne lui fait pas défaut quand il veut traiter les questions temporelles. L'action de la grâce est donc, dans ce cas, plus à la portée de l'âme chrétienne. Mais il n'en est plus de même s'il s'agit des dons. En effet, il ne dépend pas de nous de subir les motions de l'Esprit-Saint, de recevoir ses lumières, de goûter la suavité de l'amour que ces lumières produisent dans la volonté, surtout d'en avoir le cœur sensiblement délecté; tout cela suppose une action particulière du Saint-Esprit.

Il est bien vrai que l'homme peut se disposer à ces opérations contemplatives, mais non se les procurer. Il s'y dispose d'une façon éloignée par le renoncement parfait, qui écarte les obstacles à l'action de l'Esprit-Sa:nt; il s'y prépare d'une façon prochaine par l'acte de récollection qui favorise cette action divme, et comme Dieu est infiniment libéral, qu'il ne demande qu'à répandre ses dons, il arrivera que l'âme, si elle est très fidèle, sera d'une façon habituelle sous l'influence des dons du Saint-Esprit. Telles sont ces âmes dont parle saint Jean de la Croix qui, « dès qu'elles se mettent en présence de Dieu, entrent en possession d'une connaissance confuse, amoureuse et pleine de paix et de calme, source délicieuse où elles boivent à longs

COMMENT S OPERE l. UNION AMOUREUSE

traits les eaux de la sagesse et de l'amour ] ». Toutefois cette contemplation elle-même, bien que devenue si fréquente et comme habituel, reste surnaturelle, car elle tient plus de Dieu que de l'homme; mais c'est un surnaturel non miraculeux : il n'y a pas 'à dérogation proprement dite aux 'ois de la nature.

42. Pour terminer ce chapitre, nous donnerons la proposition suivante comme résumé de la doctrine par nous exposée : les opérations contemplatives sont les opérations de l'âme qui, « devenue plus souple et maniable à l'Esprit- Saint », et agissant par le moyen des dons, n'est plus conduite par les émotions sensibles ni par les lentes considérations de la raison, mais produit sous l'influence de la grâce des actes directs où le raisonment n'a point de part, actes de l'intelligence qui saisit rapidement et embrasse comme d'un coup d'oeil les perfections divines, actes de la volonté qui s'enflamme d'amour pour son Dieu. Par là l'âme s'é'ève au-dessus des facultés inférieures autant qu'il lui est possible sans miracle dans cette vie;

43. Que le lecteur veuille bien nous pardonner de l'avoir retenu si longtemps sur ce chapitre et de n'avoir pas traité ce sujet avec plus de clarté et plus d'intérêt.

Dans le prologue qu'il a mis en tête de son livre de la Montée du Carmel, saint Jean de la Croix demande qu'on lise deux fois son ouvrage, une première lecture ne pouvant donner que des lueu.-s imparfaites dans une matière si difficile et si obscure. Ayant traité le même sujet, nous sommes tenté d'exprimer la même demande que ce bon Saint. Si l'on a le courage de nous relire, on trouvera cette doctrine phis facile à saisir et, ce point une fois bien éclairci, le reste ne sera qu'un jeu. Nous croyons pouvoir promettre qu'on ne regrettera pas sa peine. Pour aride que paraisse l'étude de ces phénomènes mystiques, elle n'en ouvre pas moins des aperçus nouveaux, intéressants et surtout édifiants. Sans la connaissance de ces opérations supérieures de la grâce, on ne pourra jamais se faire une idée juste de la vie intérieure des âmes parfaites; par elle, au contraire, on arrive

1 De mariera que luego en poniendose delante de Dios se porte en acto de noticia confusa, amorosa, pacifica y sosegada, en que esta el aima bebiendo sabiduria, arr^r y sabor (Montée du Carmel, n, 12, p. 154).

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mieux à comprendre la pureté de leurs sentiments, la grandeur de leurs mérites, Ja vivacité de l'amour qu'elles ont pour Dia: et la tendresse de Dieu pour elles.

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