Iiarm souvent que les âm oraisan et
leurs directeurs eux-mèin s .s'imaginent que c'est là, non pas ■• quiétude souverainement excellente », comme d;sait mais pure oisiveté. Si encore, comme l'oraison précéd-nte, l'âme savourait d'une manière bonheur d'être av c Dieu, elle conviendrait que c'est une façon de l'aimer. Mais il n'en est plus ai; ,'c'est
>re l'amour, car celui-là fait acte de charité qui se tient ainsi di v.uit Dieu, sais autre vue que de demeurer avec Lui et de faire sa volonté. Les actes de cet amour sont délicats, imperceptibles, la grâce contribuant bien plus que l'activité humaine à les produire : ils sont moins sensibles, mais aussi'plus parfaits.
< Ce n'est point an s'agitant. en s'empn ssant, ni en agissant
beaucoup, dit le P. Grou, qu'on parvient à se n poser en Dieu,
en faisant tomber toute agitation, tout empressement,
activité pour donner lieu à l'action de Dieu. Di'ii est
toujours agissant et toujours tranquille. L'âme unie à Dieu
participe également à son action et à son r pos. Elle agit
toujours, lors même qu'elle ne s'en aperçoit pas, mais elle agit
une grande paix. Eile ne prévient point l'action à^ Dieu,
mais elle attend que Dieu la prévienne; elL se m ut sous
ion divine, comme la main d'un enfant qui apprend à écrire ut sous l'impr ssion de la main de son maître. Si cet enfant n'a pas la main souple et docile, s'il veut former les traits d^ luimême, il écrira mal. Cet enfant agit sans doute en écrivant, mais son action est dirigée par e^lle du maître. Le repos de cet it ne consiste pas à ne point mouvoir la main, mais à ne la mouvoir de lui-même et à suivre l'impulsion qui lui est doni
« Il en est ainsi de l'âme sous l'action de Dieu; elle n'est point oisive un s ul instant, comme l'imaginent ceux qui n'ont pas une vraie idée du repos en Dieu, mais Dieu lui donne le branle et
60 l'oraison contemplative
gouverne son action. Il est vrai que l'action de Dieu, ainsi que celle de l'âme, est quelquefois imperceptible, mais elle est toujours réelle, seulement elle est alors plus directe, plus intime, plus spirituelle. Dar.s l'état même naturel, combien d'actes intérieurs que nous n'apercevons pas et qui sont pourtant le principe de nos actions extérieures. Je regarde, je parle, je marche, je détourne les yeux, je me tais, je m'arrête, parce que je le veux, et habituellement je ne fais pas attention à cet exercice continuel de ma volonté. A plus forte raison cela a-t-il lieu dar.s l'état surnaturel. On prie sans penser que l'on prie; le cœur est uni à Dieu et il ne s'aperçoit pas de cette union. »
En effet, combien d'actes imperceptibles on y produit : le cœur se tourne vers Dieu, se complaît en Lui, s'unit à Lui.
« Il ne faut pas dire qu'on ne fait rien et qu'on perd son temps dans' l'oraison de repos, mais il faut dire qu'on y agit d'une manière très réelle, quoique très secrète, où l'amour-propre ne trouve rien qui le nourrisse, qui l'attache, qui le rassure, et c'est en cela même que consiste l'avantage de cette oraison. » (Manuel, p. 95.)
59. Du reste, si l'âme ne prie en aucune façon, elle rêve. Or, il est facile de distinguer une rêverie spirituelle de l'oraison de quiétude, même aride. Dans la rêverie, l'âme voit qu'elle n'est pas unie à Dieu, qu'elle ne demeure pas en sa présence, qu'elle ne tient à Lui en aucune façon. Son imagination seule travaille et en prend fort à son aise, faisant peut-être de beaux plans de perfection, de beaux projets d'apostolat, en un mot bâtissant des châteaux en Espagne, mais sans retour amoureux vers Dieu, sans effort, même paisible, pour s'unir à Lui. Et cela est si facile à reconnaître que quand l'âme, au milieu de son oraison, cesse son union amoureuse, même aride, pour s'adonner à la rêverie, elle s'en rend compte bien vite, se le reproche et cherche à se rapprocher de Dieu.
Dans la quiétude aride, au contraire, la volonté demeure unie à Dieu ; on ne savoure pas cette union, on sait cependant qu'elle persiste; on lé reconnaît à ce qu'il en ccûte de terminer ou d'interrompre son oraison, quelque sèche et distraite qu'elle ait été; il est pénible de se séparer de Dieu, de quitter sa présence; on ne pouvait Lui parler, on ne trouvait rien à Lui dire, et cependant on était heureux d'être devant Lui. Donc, sans s'en apercevoir,
on pratiquait et on goûtait l'amour de Dieu; or, qui oserait soutenir que c'est perdre son temps que de l'employer à aimer son Dieu?
.60. Du reste, l'autorité des Saints et des théologiens confirme notre doctrine. Bossuet décrit avec éloge l'oraison de sainte Chantai, que saint François de Sales approuva à maintes reprises, usant même du commandement pour empêcher la Sainte de s'en écarter tant soit peu.
Or, écoutons-la elle-même :
« Je ne sens plus, écrivait-elle à son saint directeur, cet abandonne ment et cette douce confiance et je n'en saurais f?ire aucun acte : il me semble bien, toutefois, que ces vertus sont plus solides et plus fermes que jamais. . . Mon esprit, en sa fine pointe, est en une très simple unité (union); il ne s'unit pas, car quand il veut faire des actes d'union, ce qu'il ne v*:ut que trop souvent essayer de faire, en certaines occasions il sent de l'effort et voit clairement qu'il ne peut pas s'unir, mais s u!< ment demeurer uni. L'âme ne voudrait pas bouger de là; elle n'y pense pas, et elle ne fait autre chose que de former au fond d'elle-même un certain désir presque imperceptible que Dieu fasse d'elle et de toutes les créatures et en toutes choses tout ce qui Lui plaira... Souvent, s:lon les occasions et la nécessité ou l'affection, qui vient sans être cherchée, l'âme s'écoule en cette unité. » C'était alors la quiétude sensible, et alors, savourant son amour, la Sainte ne craignait plus de s'y livrer; elle ajoute, en effet, « Pour ce sujet, j'ai bien la vue que cela suffît pour tout. . . mais dites-moi. . . si cette simple unité... durant les sécheresses, suffira quand l'âme n'en a ni la vue, ni le sentiment, sinon presque en l'extrémité de sa fine pointe. »
Il fallut donc que saint François de Sales la rassurât sur ce point et lui rappelât de nouveau que cet abandonnement général entre les mains de Dieu était, au milieu même des sécheresses, excellent et éminemment salutaire.
§ 7. — Contemplation affirmative et Contemplation négative
61. Cette division de la contemplation, donnée par beaucoup d'auteurs, nous paraît s'accorder parfaitement avec ce que nous avons dit : Contemplatio affirmativa est, dit saint Liguori, quando
<62 L ORAISON CONTEMPl.ATIYK
anima bénéficia lucis divinac, sine ullo sua opéra cernit aliquam veritatem, aut creatam, ut esset infeliqitas inferni, aut increatam, ut dh'inam miser icordiam. « Si l'âme, sans effort de sa part, voit clairement, grâce aux lumières que Dieu lui communique, soit une vérité créée comme les peines de l'enfer, soit une vérité divine comme l'infinie m'séricorde, c'est la contemplation affirmative. »
Negativa est quando dignoscit perfeetiones divinas non in particulari, sed in génère cum conjusa quadam notifia, sed quse inserit conception longe majorem tnagnitudinis divin ee. « On app lie contemplation négative e lie par laque' i onsi-
der ■ non pas quelque perfection divine en particulier, mais les p rf étions divines en général, n'en ayant qu'une connaissance . confus \ mais qui lui donne d<> la grandeur de Dieu une idée de beaucoup plus élevée. » « Dans la contemplation néga dit fort bien le R. P. Meynard. la volonté a plus d'action que l'entendement »; aussi croyor.s-nous qu'elle ne diffère point de la contemplation affective.