Nous avons déjà pané plus haut (n° 27 supério
rité que saint Liguori vient de nous rappeler, de la contemplation négative sur la contemplation affirmative; il n'en faut point être étonné, puisque Dieu, s Ion la remarque des théo'ogier.s, se •connaît et se définit moins par d es affirmations que par d s négations. < Affirmons de Dieu jusqu'à l'éminence tout ce qu'il y s d'être dans les créatures, nions de Dieu toute i râper f et toute limite de l'être. Affirmons, mais surtout nions : la négation est plus sûre et plus digne de PÊlr-e divin. En affirmant, nous r sious toujours en deçà de l'inaccessible maj sté de Diu; en niant, nous la dégageons de tout ce qui pourrait l'amoindrir L-t la couvrons d'un voile mystérieux, qui la telève dans notre estime. C'est pourquoi ks chantr rfections divines ont
toujours voulu que l'esprit humain procédât, dans la définition de s- s perfections, par des affirmations discrètes, précisé s et corrigées par des négations respectueuses. » (P. Monsabré. Conférences de Notre-Dame. — 7e Conférence.)
A vrai dire la contemplation négative est la contemplation
proprement dite. Belle qui produit l'union amoureuse.; et sur elle
vient parfois se griffer la contemplation affumative. C'est en
flVt pendant que l'âme contemplative est unie à Dieu, négati-
veinent et confusément connu, qu'elle reçoit parfois des lumières distinctes, qui lui font saisir certain--: s vérités, certains mys!' ou le s?ns de quelque parole divi .
f 8. — Comment les divers genres de contemplation sont souvent mêlés
63. Les diverses espèces de contemplation ne sont pas dans la pratique aussi nettement délimités qu'on pourrait le pei
i[tii empêche, par exemple, la contemplation intellectuelle et la contemplation affective de se succéder dans le cours de la même oraison? De même la quiétude parfaite ne peut-elle pas apparaître passagèrement? Souvent, en effet, au milieu d'une oraison douce et calme, parfois même au milieu d travaux, L'âme éprouve une forte et subite émotion. Le nom adorabl' de Dieu ou de Jésus, le nom mille fois béni de M ou une pensée sainte parfois fort vague, aura suifi à emb: son cœur. C'est là ce que saint Jean de la Croix appelle l'attouchement de l'étincelle. « Cette touche divine, dit -il, enflamme 6e cœur d'un tel feu d'amour, qu'on dirait une étincelle qui, en tombant sur l'âme, l'a embrasée subitement et dans un instant, comme si elle se réveillait en sursaut. Alors la volonté s'enflamme et, avec une admirable fervent d'amour, elle adresse à Dieu des désirs et des louanges, des* remerciements et des respects, d a et des paroles qui montrant qu'elle L? met
infiniment au-dessus de- tout. Ce sont ces différents actes que l'âme nomme ici les aspirations divinement embaumées par lesquelles elle répond à l'attouchement du divin amour, et ce baume céleste, par son parfum et sa vertu, fortifi? l'âme et la guérit de toutes s s misères. » (Cantiq., str. XXV.)
En effet, si l'attouchement dont parle le Saint est passager, le baume « céleste » qui le suit demeure dans l'âme et y produit les effets les plus salutaires. C'est ce qu'enseigne aussi saint François de Sales. « Ce sentiment de la bonté céleste exprimé^ par cette parole de saint Bruno : O bonté ! ou par celle de saint Thomas : Mon Seigneur et mon Dieu ! ou par celle de saint ois : Mon Dieu et mon tout ! ce sentiment, dis-je, demeurant un peu longuement dedans un cœur amoureux, il se dilate,.
L ORAISON CONTEMPLATIVE
il s'étend et s'enfonce par une intime pénétration en l'esprit et, de plus, le détrempe tout de sa saveur, comme fait l'onguent précieux ou le baume qui, tombant sur le coton, se mêle et s'unit de plus en plus avec icelui. » (Amour de Dieu, vu, i.)
S'il n'est pas téméraire de chercher à expliquer la nature de cette touche divine, il nous semble qu'il se passe alors, mais d'une façon passagère, ce que nous avons dit à propos de l'ivresse contemplative (n° 49) : la grâce s'est emparée subitement de l'âme tout. entière et a saisi toutes ses puissances; l'entendement a reçu dans sa cîme une soudaine lumière, comme une intuition des bontés de Dieu, vue rapide qui l'a vivement frappé, absorbant momentanément toute son attention et qui a embrasé la volonté; l'impression sensible qui en a résulté a été d'abord fort vive, puis s'est calmée, et à l'ébriété mystique d'un moment a succédé le calme de la quiétude.
64. De même dans la quiétude aride, il peut y avoir des moments où l'appétit soit saisi et doucement impressionné. « Que si, dit saint François de Sales, à cette simple façon de demeurer devant Dieu (sans l'ouïr ni Lui parler), il Lui plaît d'ajouter quelque petit sentiment que nous sommes tout.siens et qu'il est tout nôtre, ô Dieu, que ce nous est une grâce désirable et précieuse. » (L. VI, ch. xi.) C'est donc la quiétude sensible qui peut, pour un moment, succéder à la quiétude aride.
D'autres fois, il sera difficile de dire si la quiétude est aride ou sensible, ou bien si eMe est sensible ou parfaite; dans ces choses morales les limites ne sont pas toujours bien nettes. L'impression faite sur les sens est-elle assez forte, est-elle, au contraire, trop faible pour caractériser tel ou tel mode d'oraison, il est quelquefois difficile de le dire, et, du reste, cela n'est pas, dans la pratique, d'une grande importance.
§ 9. — La Contemplation et la Prière vocale
65. Si la contemplation, au moins dans ce qu'elle a d'essentiel, connaissance générale et union amoureuse de Dieu, peut subsister dans des états d'âme aussi différents que ceux que nous venons de voir, et même au milieu des diverses occupations de la vie, il est clair qu'elle peut s'allier à la prière vocale.
« Je sais qu'il y a beaucoup de personnes, dit sainte Thérèse, que Dieu, pendant qu'elles prient vocalement, élève sans qu'elles sachent comment à une sublime contemplation. . .
« Je connais une personne qui, n'ayant jamais pu faire d'autre oraison que la vocale, possédait toutes les autres; et quand e'ie cessait de réciter, son esprit s'égarait de telle sorte qu'elle ne le pouvait souffrir... Elle récitait des Pater en pensant aux mystères où Notre-Seigneur a répandu son sang, elle restait plusieurs heures priant de la sorte. Elle vint me trouver un jour fort affligée de ce que, ne pouvant faire l'oraison mentale ni s'appliquer à la contemplation, elle se trouvait réduite à faire seulement quelques prières vocales; je lui demandai ce qu'elle récitait et je vis qu'en disant le Pater elle était élevée à une pure contemplation, que le Seigneur la tenait intimement unie à Lui. » (Chemin de la perf., eh. xxx, Bouix, ch. xxxi.)
Ainsi, en récitant des prières vocales, cette pieuse âme était élevée à la contemplation : il est donc possible, en priant vocalement, de se maintenir dans l'union amoureuse, sensible ou non. Et même pour les âmes habituées à ce genre d'oraison, il n'y a pas de meilleure manière de réciter leurs prières, heures canoniales, chapelets, etc., et d'assister aux offices et cérémonies, que de rester tout le temps doucement unies à Dieu. C'est ce que recommande expressément Bossuet : « Le temps de l'oraison venu, il faut la commencer en grand respect par le simple souvenir de Dieu, invoquant son Esprit et s'unissant intimement à Jésus-Christ, puis la continuer en cette même façon comme aussi les prières vocales, le chant du chœur l, la sainte messe dite '""ou entendue et même l'examen de conscience. » (Opuscule cité.)
66. Il est bien vrai que dans les moments assez fréquents où la grâce contemplative fait sentir puissamment son action, on préfère à la prière vocale Je simple repos et le bonheur de 'demeurer silencieux devant Dieu. « La paix de l'âme, nous avons cité plus haut ces paroles de saint François de Sales, serait
1 Dans les ordres de femm3S où s'est conservé le chant ou la récitation de l'office en latin, il est bien désirable que les religieuses puissent pratiquer ce genre d'oraison, car, ne comprenant pas le sens des paroles qu'elles prononcent, elles n'en peuvent retirer aucun secours Si pendant qu'elles prient de bouche elles ne sont pas de la sorte intimement unies à Dieu, elles sont fort exposées à mal prier.
66 l'oraison contemplative
bien plus grande et plus douce, si on ne faisait point de bruit autour d'elle et qu'elle n'eût aucun sujet de se mouvoir ni quant au cœur, ni quant au corps. » Mais quand le devoir impose quelque prière vocale, il faut se faire violence; si l'âme goûte moins de douceurs, elle n'en perdra pas pour cela tes lumières ni les affections contemplât ive: s.
Dans certains cas, au contraire, où la grâce contemplative est plus faible, la récitation des prières vocales peut être un secours; alors, en effet, l'eau de la contemplation est, selon la remarque de sainte Thérèse, à fleur de terre, les pensées pieuses que suggèrent les paroles sacrées la font comme jaillir, et procurent ainsi à l'âme de vifs élans d'amour et de douces émotions.
§ 10. — On peut être contemplatif à son insu
67. Sainte Thérèse vient de nous citer un exemple frappant d'une âme qui était contemplative sans le savoir. Après ce que nous avons dit, la chose est facile à comprendre. Nous ne parlons pas de la contemplation intellectuelle : l'esprit vivement éclairé de lumières précises et distinctes sur l'un ou l'autre des mystères ne peut guère ne pas s'en apercevoi p. Mais pour la contemplation affective, où la part du cœur est bien plus grande, combien en sont favorisés qui ignorent que c'est là la contemplation; combien qui ne reconnaîtraient jamais la contemplation dans cette oraison dont nous avons parlé, où le cceii' ■ uni
à Dieu, pendant que l'imagination et l'entendement ne peuvent être Axés, et à plus forte raison encore dans cette autre espèi quiétude où l'on s'aperçoit à peine de l'union amoun:
Du reste, comme nous l'avons dit, la contemplation n'est que l'exercice des dons du Saint-Esprit. Or, quand l'âme agit par le principe dts vertus infuses, obéissant alorsà des motifs raisonnes, par exemple tirant de son cœur, grâce à de saintes considérations, un acte de contrition, elle le constate facilement. .Mais si elle opère parles dons, si, par exemple, elle regrette ses péchés par un acte du don d'intelligence et de piété, il n'y a pas de raisonnement, explicite, et l'on peut ne pas s'en apercevoir. De là vient souvent que des âmes qui ont la contrition dans un degré éminent se plaignent de ne pas l'avoir parce qu'elle n'est ni raisonnée ni sensible.