aines humaines se remarquent les mêmes diffé
Ihez les unes que nous nommerons âmes séraphiqm s, ulté qu'atteint plus directement la grâce, c'est la volonté : r les grâces d'amour, elles se portent au bien avec ur et f -rnv\é. Les âmes séraphiques se sentent surLout ïsées à prouver à Dieu leur amour; elles eh -.'relient les os de Lui plaire : que ferai-je pour Dieu, quelle œuvre drai-je pour sa gloire, telle est leur première préoccupation. Ce ne sera que secondairement et par suite de leur s s'appliqueront à Le mieux connaître. Elles •.l'ont alors, si elles sont fidèles, de grandes lumières, surtout des lumières pratiques, mais ces lumières semblent être ci* z elks la conséquence plutôt que le principe de l'amour. Saint Pierre, saint Grégoire VII, saint Ignace de Loyola, tries Borromée. saint Vincent de Paul, sainte Jeanne .vantai, la Vén. Mère Pelletier paraissent avoir été de ces
ici dfux citations intéressantes, qui nous
s r.iblc-nt confiimer la distinction que nous établissons ici. La bienheu-
Varani raconte qu'un jour un séraphin lui dit que les séraphins
chérubins étaient tellement unis qu'ils ne pouvaient aller vers
ime lea uns sans les autres; mais, ajouta-t-il, il est bien vrai que
mes ce sont les chérubins qui sont les maîtres, et dans
d'autn séraphins. Dans ton âme, c'est nous, les: séraphins,
qui dominons, voilà pourquoi tu as plus de feu que de lumières. Yna da
essa scritto. p. ou. Camerino, 1894.
.te G.'rtiiide (rv, 2), vit un jour les anges qui offraient au Seigneur les cœurs d--s p r sonnes qui leur étaient confiées. Les cœurs de ceux qui as de ferveur étaient offerts par les séraphins. Les chérubins intervenaient quand il s'agissait des âmes les plus éclairées dans la connaissance de Dieu; et quand c'était le tour de celles qui s'exerçaient davantage dans la pratique des vertus, c'étaient les anges du chœur des Vertus qui s'approchaient du Seigneur.
80 l'oraison contemplative
âmes séraphiques, plus remarquables par la puissance de l'amour qui leur a fait faire de si grandes œuvres que par l'abondance des lumières. De même encore sainte Marguerite-Marie, plus portée à l'amour actif qu'à l'amour d'admiration, plus avide de souffrir et de travailler pour son Dieu que de Le contempler.
79. Saint Jean l'Évangéliste, saint Augustin, saint François de Sales, sainte Thérèse, saint Jean de la Croix, la Yen. Marie de l'Incarnation ressemblent davantage aux chérubins. Dans les âmes de cette seconde classe, en effet, les grâces dominantes sont des grâces d'illumination. Quand elle sont fidèles Dieu les éclaire d'une manière merveilleuse, leur donnant de Luimême, de ses perfections, des dhins mystères, des idées qui les plongent dans l'admiration et le ravissement. Elles se délectent dans la contemplation des spectacles divins, et ensuite, par voie de conséquence, l'amour en elles grandit; car comment ne pas aimer un Dieu qu'elles voient si beau, si grand, si aimant ! Quand elles sont tout à fait fidèles, leur amour répond à leurs lumières, et pour ce Dieu qui les ravit, elles feront des œuvres héroïques. Mais elles seront moins attentives que les premières à multiplier ces œuvres. Appelées à exercer surtout l'amour de complaisance, elles sentiront plus que leurs sœurs séraphiques le besoin de contempler et moins le besoin d'agir.
Mon âme, dit la Vén. Marie de l'Incarnation, se voyant comme absorbée dans la grandeur immense et infinie de la Majesté de Dieu, s'écriait : O largeur, ô longueur, ô profondeur, ô hauteur infinie, immense, incompréhensible, ineffable, adorable ! Vous êtes, ô mon grand Dieu, et tout ce qui est n'est pas, qu'en tant qu'il subsiste en vous et par vous. O éternité, beauté, bonté, pureté, amour, mon centre, mon principe, ma fin, ma béatitude, mon tout ! »
« Dans cette vue admirable des grandeurs de Dieu elle était si humiliée qu'elle désirait souffrir la mort pour rendre hommage à son immortalité et à ses autres perfections, mais ne pouvant satisfaire ce désir, elle se martyrisait elle-même par les pénitences les plus rigoureuses qu'elle eût encore pratiquées. Ces rigueurs excessives ne .servaient qu'à purifier encore davantage la vue de son esprit et à le rendre capable de plus grandes lumières. C'est pourquoi elle continue en cette sorte : « Après
ces sacrifices de la pénitence, mon esprit était rempli de tant de nouvelles lumières, qu'il était offusqué et ébloui, s'il faut ainsi parler, de la grandeur de la Majesté de Dieu. » (Sa Vie, par Cl. Martin, i, 22, p. 102.)
C'est donc l'abondance des lumières qui anime à la pénit' les âmes chérubiques. Les séraphiques sont portées d'une façon plus directe à la pratique des austérités; elles y voient une manière d'exercer l'amour et de s'unir au Bien-Aimé. En effet, qui se fait souffrir fait acte d'amour et s'unit à Dieu ; et comme elles sont avides de pratiquer l'amour de toutes les manières possibles, elles ressentent comme une besoin pressant de se mortifier. Sainte Marguerite-Marie en est un exemple frappant :
« Après avoir vidé mon cœur, dit-elle, et mis mon âme tout? nue, Xotre-Seigneur y alluma un si ardent désir de l'aimer et de souffrir qu'il ne me donnait point de repos, me poursuivant de si près que je n'avais de loisir que pour penser comment je Le pourrais aimer en me crucifiant. . . (C'était aux débuts de sa vie religieuse.)
« Il me fut montré, dit-elle ailleurs (peu après sa profession), une grande croix; je ne pouvais voir le bout, mais elle était toute couverte de fleurs : Voilà le lit de mes chastes épouses : peu à peu ces fleurs tomberont et il ne te restera que les épines qu'elles cachent à cause de ta faiblesse, mais elles te feront si vivement sentir leurs piqûres que tu auras besoin de toute la force de mon amour pour en supporter la douleur. Ces paroles me réjouirent beaucoup, pensant qu'il n'y aurait jamais assez, de souffrances, d'humiliations ni de inépris pour désaltérer l'ardente soif que j'en avais, et que je ne pourrais jamais trouver de plus grande souffrance que de ne pas assef souffrir. Plus je souffrais et plus je contentais cette sainteté d'amour, qui avait allumé trois désirs dans mon tœur, qui me tourmentaient incessamment, l'un de souffrir, l'autre de l'aimer et de communier et le troisième de mourir pour m'unir à Lui. » Autob. p. 65.
Ce que raconte d^elle-même sainte Véronique Juliani n'est pas moins frappant, et montre non moins clairement comment chez certaines âmes la grâce agit sur la volonté plus que sur l'intelligence.
« Je sentais parfois un vif désir de me mortifier : tout ce qui pouvait flatter mes goûts, je m'en privais; tout ce que l'huma-
L ORAISON CONTEMPLATIVE
nité réclamait, je le lui refusais. Je faisais tout cela sans savoir comment, iJ ne me souvient pas de l'avoir fait avec intelligence.» (Diario, 1 vol., p. 44.)
« Après avoir fait mes petits calculs — quand elle était encore enfant — je me mettais à genoux, je demeurais longtemps dans cette posture, je ne sais ce que je faisais alors. J'étais comme hors de moi, tellement heureuse que je ne me serais inquiétée ni du manger, ni de quoi que ce soit; il me venait des désirs très ardents que Dieu fût loué et honoré par toutes les créatures. (P. 48.)
« Dès l'âge de quatorze ans je commençais à faire l'oraison •mentale. J'y trouvais beaucoup de consolations; je ne dis pas que j'y recevais des lumières, car au commencement je n'avais d'autre consolation que de demeurer là pour faire plaisir au Seigneur, j'éprouvais des désirs de souffrir. . . quand je prolongeais mon oraison, ces désirs de souffrance devenaient des anxiétés. {Ibid., p. 52.)
. « Quand je retournais à la maison, je me retirais dans quelque endroit où je n'étais point vue, et je faisais quelque pénitence. Je ne comprenais nullement pourquoi je me mortifiais, mais je .sentais en moi une vive inclination à souffrir. Tantôt je me traînais sur les genoux, je faisais des croix avec la langue, ou bien je tenais les bras étendus. Je faisais tout cela sans lumière de Dieu, ne comprenant pas bien ce que je faisais. » (P. 89.)
80. L'intelligence, qui chez les âmes chérubiques reçoit surtout les touches de la grâce, est une faculté qui perçoit tes idées générales, qui s'élève à des vues d'ensemble et qui trouve dans la contemplation du beau de vraies délices. La mémoire qui, dans notre état présent, est liée intimement à l'imagination l, et s'exerce surtout par des représentations sensibles, a pour objet des êtres ou des faits particuliers, qu'elle repasse l'un après l'autre. Les personnes chez qui dominent la mémoire et l'attention aux objet" et aux faits remarquent mieux les circonstances les plus minutieuses, e'ies s'appliquent volontiers aux détails; ellt s sont
1 Sans doute il n'en est plus de même après la mort, puisque l'imagination et les autres sens n'existent plus dans l'âme séparée du corps, mais si la mémoire peut alors embrasser à la fois de plus nombreux souvenirs, elle a toujours pour objet des faits particuliers et contingents.
frappa b par une parole, un signe, un simple incident. La grâce s'adapte à leur nature, et à celks qui sont fidèles, elle montae clairement dans leurs occupations multiples, dai.s la fidélité à leurs règles, dans la pratique assidue de certaines vertus le !■ à remplir., Dieu à glorifier; elle leur fait trouver dans un mot, dans une maxime, un sens profond, une leçon salutaire, mais elle n'ouvre pas aussi souvent devant leurs yeux de v. sUs horizons. Leur attrait principal les porte à s'appliquer avec attention aux moyens de perfection qui leur sont offerts. Nous comparerions volontiers ces âmes aux anges qui, chargés par i • L'ur de veiller sur les créatures inférieures, s'occupent de chacune avec un soin admirable, et rendent à Dieu par ce ministère une grande gloire.
1. g âmes angéliques forment la classe la plus nombreuse. En général elles ont plus de savoir-faire et peuvent rendit- de grands services là où les autres ne seraient pas aussi habiles.
Ces âmes angéliques ne sont pas inférieures à leurs sœurs séraphiques ou chérubiques ; elles peuvent aussi bien que les autres s'élever aux plus hauts degrés de la sainteté l. La valei i; d'une amesemesure a sa fidélité, et nom a laprédominaxce de telle ou telle de ses facultés.
Le grand apôtre saint Paul, esprit éminemment pratique, à qui rien n'échappait, qui étendait sa sollicitude sur les moindres détails et se montrait si habile à tout ordonner, saint Paul qui, : sa conversion, surpassait tous les autres par son zèle à observer les prescriptions si méticuleuses des traditions pharisaïques (Gai., i, 14), qui, dans ses Épîtres, montre qu'il a scruté tous les mots de l'Écriture Sainte, car souvent d'une seule parole il tire des conclusions très sages, mais inattendues, saint Paul dont le langage, selon le mot de saint Chrysostome, est si plein de variétés et de ressources : in verbis varias et multiplex, qui voit à la fois tant d'aspects de la vérité, tant de particularités diverses qu'il est souvent amené à d?s digressions déconcertantes, saint Paul qui excelle dans les énumérations pressées, ardentes, saisissantes, nous semble devoir être rangé dans cette catégorie.
1 A la grande sainte pénitente, Marguerite de Cortone, qui doit être
rangée dans cette classe des âmes angéliques, il fut révélé qu'elle serait
• dans l'ordre des séraphins. Sa vie par son Confesseur, xi. 13, 15, 16..
84 l'oraison contemplative
On doit y ranger aussi le grand saint Patrice, l'apôtre de 1" Irlande et le Bienheureux Jean Eudes que M. Olier appelait « la merveille de son siècle ».
Saint Alphonse, qui semble avoir eu plutôt un esprit pratique que de grandes envolées ou de larges conceptions, fut un saint admirable qui reçut et remplit merveilleusement la mission de •combattre le jansénisme et l'incrédulité. Celui qui fut au xvnic siècle le soutien et la gloire de l'Église ne manqua, certes, ni de lumières ni d'amour, mais lumières et amour semblent chez lui le résultat plus que le principe de ses grandes œuvres; c'est parce qu'il était admirablement fidèle que Dieu l'éclairait et l'embrasait. Chaque soir avant de s'endormir ce grand Saint s'astreignait à formuler : « dix actes d'amour, dix actes de confiance, dix actes de contrition, dix actes de conformité à la volonté de Dieu, dix actes d'amour envers Jésus-Christ, dix actes d'amour envers la S?inte Vierge, dix actes d'amour envers le Saint Sacrement, dix actes de confiance <rii Marie, dix actes de résignation, dix actes d'abandon à Dieu, dix actes d'abandon à Jésus-Chjist, dix actes d'abandon à Marie, dix prières pour faire la volonté de Dieu », soit cent trente actes différents. (Sa Vie, par le P. Berthe, vi, 13.) Ce simple trait, choisi entre beaucoup d'autres, nous montre combien, sans leur être inférieur, il différait d'un saint François de Sales, d'un saint Jean de la Croix, d'une sainte Thérèse. Si saint Alphonse ss montra si attentif à rechercher des moyens de plaire à Dieu, d'avancer en sainteté, les pratiques qu'il s'imposait, par exemple ses effrayantes pénitences, montrent bien l'héroïcité de sa foi et de son amour.
Il faut en dire autant de sainte Gertrude qui, par sa fidélité, devint si chère au cœur de Dieu et si éminente en sainteté. De même saint Jean Berchmans employa avec une grande générosité de multiples pratiques de dévotion; il obtint, par ce moyen, de très grandes lumières et un très ardent amour, et parvint rapidement à une haute sainteté.
81. Nous ne voulons pas dire que les âmes angéliques, en accomplissant avec tant de soin leurs diverses pratiques, et les séraphiques, en multipliant les preuves de leur amour, n'aient pas déjà des lumières précieuses. Chez toutes les âmes arrivées à la perfection se rencontrent ces grâces éminentes qui donnent
une haute idée de Dieu et un attrait infus d'amour pour Lui, mais nous avons voulu marquer quelles sont dans chacune les premières opérations de la grâce et les plus saillantes. Lumières, amour, fidélité à bien remplir ses devoirs vont en augmentant à proportion des mérites de chaque âme, mais chez les unes les lumières sont plus abondantes, chez les autres l'amour est plus actif, chez d'autres enfin la fidélité est plus remarquable. Les unes sont plus portées à l'admiration, les autres à l'action, les autres à l'attention ou à l'application au devoir.
Les grâces mystiques sont' très faciles à discerner chez les chérubiques ; elles le sont moins chez les séraphiques et chez les angéliques.
Aussi le goût des livres de spiritualité, du moins des livres mystiques, se montre chez les âmes chérubiques plus tôt que chez les autres, presque aussitôt qu'elles commencent à sortir des voies sensibles; elles y reconnaissent vite leur état et leurs dispositions intimes, et se plaisent à en lire la description. Ce même attrait naît bien plus tardivement chez les autres âmes et suppose chez elles, quand il commence à apparaître, de plus grands progrès dans l'amour; elles sont en effet plus portées à l'action qu'à la spéculation, mais surtout elles ne reconnaissent en elles l'état mystique que lorsqu'elles y sont déjà assez avancées.
Les âmes chérubiques, en qui la grâce atteint plus directement l'intelligence, se délectent plus que les autres dans la contemplation des divines vérités; elles passent sans doute par des sécheresses, surtout quand elles ont besoin d'être purifiées, ou quand elles ne sont pas fidèles, mais elles y sont moins sujettes; elles sont aussi moins exposées aux distractions l. Une fois purifiées elles tendent de plus en plus vers l'abîme insondable de toute beauté et de toute bonté, qui se manifeste à elles; elles aspirent à s'y unir, à s'y plonger, à s'y perdre avec délices.
1 <t Grâce à la divine bonté, disait saint François de Sales, je suis exempt da distractions tout le temps que je m'occupe aux saintes méditations. Je^pe sais ce que j'ai fait à Notre-S?igneur, sa miséricorde est incompréhâpsible à mon endroit, car je ne im suis pas plus tôt mis en oraison qiar j'oublie tout, excepté Lui. » (Sa Vie, par M. Hamon, 1. VII, en. n.)
SG l'oraison contemplative
Chez i*âme séraphique arrivée à l'état parfait, il y a bien cette connaissance confuse des grandeurs divines qui est un élément essentiel de l'état mystique, et qui se trouve chez tous ceux qui sont avancés dans la perfection : ces âmes savent qui elles aiment, elles comprennent que leur Bien-Aimé est digne de tout amour; mais le plus souvent il n'y a pas élu z elles. comme chez les chérubiques, cette abondance de lumières qui réjouit l'âme. En revanche si l'attrait d'amour est moins doux, il est plus puissant. Ces âmes sont plus que les précédentes exposées aux sécheresses; elles le sont plus aussi que les âmes argéliques, qui trouvent dans les secours ordinaires de la piété de grandes douceurs, le témoignent volontiers e,t excitent l'envie de leurs sœurs séraphicmes, qui gémissent d'être froid-: s quand les autres sont enthousiastes. On rencontre de ces âmes sérophiques qui, même au début de leur vie de piété, goûtent fort peu de consolations. Plus tard, ayant reçu des grâces très élevées, elles veulent aimer ce Dieu, dont elles entrevoient les grandeurs, elles veulent le servir, elles le veulent d'une volonté ferme et énergique; or, souvent c'est cet acte persistant au milieu de leurs sécheresses qui constitue toute leur oraison. Mais, plus facilement que d'autres, elles persistent dans ces dispositioi s sans que de nouvelles lumières leur soient accordées, et même pendant que la mémoire et l'intelligence s'occupent à d'autres objets. Leur oraison a souvent moins de douceurs sans avoir moins de mérites 1.
Les âmes de la troisième classe, quand elles ont, par une fidélité éprouvée au service de Dieu et par un détachement généreux, fait de grands progrès dans la vertu, reçoivent, elles aussi, et ces lumières précieuses qui donnent une haute idée des grandeurs et bontés divines, et cette impulsion d'amour, qui sont le fondement de l'état mystique. Mais ces grâces mystiques qui résident dans l'intelligence et la volonté, chez elles sont souvent unies à des lumières distinctes sur une vérité particulière, ou sur une parole de la Sainte Écriture, ou sur la
1 Sainte Jeanne de Chantai a donné à diverses reprises dés descriptions de ses oraisons qui étaient bien ce que nous venons de dire. Sainte Marguerite-Marie y trouvait plus de jouissances, mais, elle aussi, ressentait plus l'amour qu'elle ne recevait de lumières.
FRÉQ4 EKC* DI CELTE OflAISON 87
leur et l'importance de leurs devoirs. Ces lumières les
l'rapptiif davantage' et elles-mêmes discernent moins facilement les autres grâces plus précieuses mais voilées, qui sont le véritable principe de leurs mérites. Elhs arrivent plus rarement à Poraison de siïenc ■ et souvent elles trouvent l'union mystique la récitation de leurs prières vocales.
82. Nous ferons mieux comprendre la différence entre ces trois classes d'âmes et l'utilité de les bien discerner en montrant
s sont pour chacune les obstacles à surmonter et les dangers à éviter.
Les âmes de la troisième classe, chez qui domine la mémoire, • n qui on remarque un esprit plus pratique, plus apte aux détails, et que nous avons appelées angéliques, étant plus attentives aux objets s?nsiblt s, aux vérités particulières, aux moyens
l.int elles s servenl pour aller à Dieu, se décident plus difficilement à entrer dans la voie de la foi pure. Au lieu de porter directement leur attention sur Dieu, quand Lui-même les y i onvie en rendant stériles pour elles certains moyens dont elles s'étaient juscpie-là servi, elles continuent de chercher lumières et douceurs dans ces moyens devenus inutiles et même nuisibles. lines méthodes, certains raisonnements les ont pendant longtemps soutenues et consolées, elles veulent y revenir toujours.
Elles s'attachent aussi avec excès aux pratiques bonnes en elles-mêmes, mais qui ne conduisent qu'indirectement à Dieu; les unes, par exemple, mettront toute leur perfection dans les austérités, les autres dans le dévouement; celles-ci ne penseront qu'à leurs occupations, à leurs travaux habituels, celles-là à la récitation d'interminables prières vocales. Tel est l'écueil le plus dangereux pour les âmes chez qui dominent la mémoire et l'aptitude aux choses de détail. Il peut les empêcher d'arriver
u port de la contemplation, et même quand elles sont entrées dans la voie contemplative, il peut les retarder encore et rendre plus difficile pour elles l'union divine.
83. Les âmes séraphiques cherchent bien, il est vrai, de multiples moyens pour prouver à Dieu leur amour, mais ces moyens (lies ne les aiment pas pour eux-mêmes, elles regardent beaucoup moins les moyens que la fin; ils ne sont à leurs yeux que des échelons qui leur permettent de monter jusqu'à Dieu. Dès
L ORAISON CONTEMPLATIVE
lors tous ks moyens leur sont bons, elles ne s'attachent avec excès à aucun. Comme d'une part elles désirent ardemment agir pour Dieu, que par ailleurs elles n'ont pas d'attache à tel ou tel moyen de Lui plaire, elks sont très aptes aux grandes œuvres : tout ce qui leur paraît de nature à réjouir le cœur de Dieu excite aussitôt leur zèle.
Mais l'écueil pour elles est dans l'énergie de leur volonté qui peut dégénérer en raideur et en obstination. Si l'âme angélique est souvent sans fermeté dans ses bonnes résolutions, l'âme séraphique est souvent attachée à son propre jugement et tenace dans ses désirs; la conduite de Dieu sur cette âme tend surtout à l'assouplir et à briser sa volonté.
Un autre danger pour les âmes séraphiques, moins à redouter cependant que pour les angéliques, mais beaucoup plus que pour ks chérubiques, est de ne pas quitter les voies inférieures de l'oraison quand le moment en est venu. L'épreuve de transition entre la voie méditative et la voie contemplative leur est dure, et souvent se prolonge beaucoup, parce que les lumières mystiques, moins abondantes, leur offrent moins de douceurs; elks comprennent plus difficilement qu'elles doivent se- contenter d'une oraison aussi aride, et elles peuvent céder à la pensée de donner trop aux œuvres actives aux dépens de la prière.
84. L'âme chérubique se met moins promptement au travail, elle n'a pas l'ardente activité de sa sœur séraphique, ni comme l'âme angélique le goût dts choses de détail, qu'elle est trop souvent portée à négliger. Elle réfléchit davantage, elle s'arrête avec bonheur à contempler le bien qui se présente, ks titres que Dieu possède à son amour, les perfections divines, ks joies célestes; elle s'arrête aussi plus volontiers à peser toutes les suites de ses actes, elle voit mieux tous ks avantages qu'elle tirera de ses œuvres, mais aussi toutes ks difficultés, toutes les peines qu'elle y rencontrera.
Le danger pour elle est de se contenter des lumières qui lui sont données et de ne pas conformer sa conduite à ces lumières ; pendant que l'intelligence est fort éclairée la volonté souvent manque d'ardeur; l'âme chérubique, quand elle n'est pas encore arrivée à une sainteté héroïque, gémit de la lenteur et même des répugnances de sa volonté à suivre les lumières de l'intelligence,
elle demande à grands cris des grâces de force et d'énergie l; il lui faut un généreux effort pour passer aux actes, et cet effort, à égalité de vertu, lui coûte plus qu'à l'âme séraphique.
Nous disons : à égalité de vertus. Il est évident qu'une âme chérubique qui aura été très fidèle et très généreuse aura acquis une plus grande facilité dans le sacrifice qu'une âme séraphique <jui aura mal correspondu à la grâce. De même une âme séraphique ou angélique fidèle et courageuse sera plus éclairée qu'une âme chérubique inconstante et lâche.
85. En résumé, pour qu'une âme arrive au degré d'amour où Dieu l'appelle, elle doit d'abord correspondre fidèlement aux grâces qui lui sont données selon sa propre nature, et qui affectent la faculté dominante, puis disposer ses autres puissances à recevoir, elles aussi, les saintes influences de la grâce. Cette grâce divine pénètre successivement dans la triple enceinte de l'âme, c'est-à-dire dans chacune de ses facultés, dès qu'on lui ouvre la porte. Elle reste dans la première enceinte, si on ne lui ouvre pas la seconde, et dans la seconde, si on garde fermée la troisième. Elle entre d'autant plus abondamment que la porte lui est plus largement ouverte. Si l'on n'est pas fidèle aux premières grâces, on se privera forcément des suivantes : si l'âme angélique, appelée à se sanctifier surtout par la pratique fidèle de ses devoirs d'état, les néglige, si elle ne laisse pas l'Esprit-Saint agir pleinement dans sa mémoire et ses facultés inférieures pour les appliquer aux œuvres divers:s dont elle doit s'acquitter, elle ne recevra pas les grâces éminentes qui ensuite, si elle savait y correspondre, perfectionneraient son intelligence et sa volonté. Si l'âme séraphique n'obéit pas aux impulsions qui pressent sa volonté et la poussent au sacrifice, elle ne recevra pas les lumières qui, d'après le plan divin, devaient ensuite être versées dans son intelligence; mais quand elle aura correspondu à ces premières grâces, elle devra se dis-
1 Les Saints eux-mêmas, quand ils sont chérubiques, constatent qu'ils reçoivent plus vite des lumières dans l'intelligence que de fortes impulsions dans la volonté. « Si vous saviez, disait saint François de Sales, commî Dieu traite mon cœur !Vous en remercieriezsabontéet Le prieriez de me donner l'esprit de conseil et de force pour exécuter les inspirations de sagesse et d1 intelligence qu'il me communique. » (Esprit de S. Fr. de Sal., Xe partie, sect. xxxi.)
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I r à recevoir h s secondes. De même l'âme chérabique doit tout d'abord purifier son intelligence, en la vidant autant quo possible des choses profanes pour rappliquer à Dieu, sous peine de ne pas recevoir les grâces éminentes de lumières qui lui sont réservées, mais eBe devra ensuite coopérer à l'action divine, qui fortifiera sa volonté, et enfin appliquer sa mémoireets< sf acuités inférieures aux œuvres que le Seigneur lui impose. En se montrant aii. si fidèle jusqu'au bout, non seule ment l'âme obtient les deuxièmes et les troisièmes grâces, mais les premières ellesmêmes lui sont de nouveau communiquées et avec plus d'abondance.
Dans les âmes constamment fidèles le trait dominant de la grâce ne disparaît jamais; on peut discerner cruelle est la faculté qui reçoit la première l'opération divine, mais les auLn s puissances, bien que secondairement atteintes, sont si soupl s, elles aussi, sous la main de Dieu, qu'elles pu brurs
œuvres propres avec un merveilleux succès. On conçoit que sainte Thérèse eût pu être une aussi grande Sainte sans accomplir ses grandes œuvres; mais quand Dieu l'eut choisie pour réformer le Carme] et fonder tant de monastères, elle ne négligea aucune démarche, elle ne recula devant aucune difficulté, elle mena à bien toutes ses entreprises. Dans sainte Jeanne de Chantai, dans sainte Marguerite-Marie on admire surtout la force de la volonté et l'ardeur de l'amour, c'est là leur trait earactéristiejue; mais quelles vives lumières ne reçurent pas Ges grandes âmes; comme elles comprenaient admirablement leurs devoirs et quels sages conseils elles savaient donner !