MARQUES DE LA CONTEMPLATION VI
Pvappelons tout d'abord que eè n'est point aux débuis de la vie spirituelle que l'âme est introduite dans la contemplation. Même chez les âme? ava t te oraison n'apparaît pas à
l'improviste. Averti par certains signes qui ne trompent guère, un directeur attentif peut le prévoir. Il voit l'âme se livrer à la pratique généreuse de la mortification et du renoncement, a ter amoureus unent les épreuv -s epw la Providence ne manque jamais de lui ménager, en un mot donner la preuve d'une f 'iv >ur sincère et persévérante. En retour elle est abondamment fiVorisé3 de grâces sensibVs; les sentiments affectifs d viennent fréquents et intenses. Il vient un moment où, de en plus en plus embrasés d'amour et touchée des souffrances de Jésus, elle désire souffrir aV3C Lui et pour Lui. L'imagination a sans doute une grande part à ces élans de ferveur. Mais si l'A ni • es! fidèle, peu à peu elle s? dégage du sensible, « les opérations d^ la grâce deviennent plus intérieures et les communications divines ss font plus directement aux facultés spirituelles ». (Lib^rmann, Ecrits, p. 186.)
Parfois alors l'on éprouve ce que sainte Thérèse appelle le recueillement surnaturel : pendant d s journées entières, sans aucun e~ffort,on se trouvera recueilli et rempli de pieuses pensées; si à ce recu'illement ne vient pas se joindre l'union amoureuse dans la volonté, ce n'est pas encore la contemplation, mais c'en est l'indice précurseur et prochain.
87. Enfin la contemplation apparaît. Le plus souvent, comme nous l'avons dit au livre précédent (Oraison de fârne fervente), les débuts sont pénibles. L'âme est dans cette période d'épreuve qu'on appelle la nuit des sùns. L°s signes de cette épreuve, d'après saint Jean de la Croix, sont les suivants : l'âme ne peut plus eomme auparavant se servir dans l'oraison de l'imagination et du raisonnement ; elle n'éprouve plus de goù! et de consolation ni dans les choses de Dieu ni dans les choses créées; elle est dans une vive anxiété, craignant d'être infidèle à Dieu et de ne plus l'aimer, comme auparavant. (Nuit, 1,9..)
Mais si l'âme, dit saint Jean de la Croix, sait gard'r le calme, si elle entre dans la voie où la grâce l'appelle, se livrant au S.dgneur et l'écoutant dans l'intime de son cœur avec une amoureuse attention, peu à peu elle devient capable de goûter
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une satisfaction plus intime et plus profonde, non plus sensible, mais spirituelle, qui est pour elle un aliment d'une extrême délicatesse.
88. Elle est alors dans le véritable état contemplatif, dont le saint auteur donne les marques suivantes — on remarquera que s?ul le troisième signe est différent de ceux auxquels on reconnaît la nuit des sens : à l'anxiété douloureuse a succédé une paix intime :
1° Le dégoût des considérations qui n'apprennent plus rien à l'âme et une grande répugnance pour la méditation discursive. Ainsi les livres dont on aimait autrefois à se servir pour méditer ne plaisent plus, ne disent plus rien au cœur.
2° Une disposition habituelle de renoncement qui fait qu'on ne s'attache plus à rien en dehors de Dieu : beaucoup d'attaches à la créature ont disparu, qui autrefois troublaient le cœur et nuisaient gravement à l'oraison; l'âme se sent comme dégoûtée de toutes choses, et bien qu'elle ait à souffrir des écarts de l'imagination, elle ne se complaît pas à la fixer volontairement sur des objets profanes *.
3° « Le troisième signe, qui est le plus certain, dit saint Jean de la Croix, consiste dans le bien-être que trouve Vâme à demeurer seule avec Dieu, à Lui donner son amoureuse attention, sans s'occuper d'aucune considération particulière, et à jouir d'une paix, d'une quiétude, d'un repos intime.» (Montée du Carmel, il, 11.)
Cette paix spirituelle, signe le plus sûr de Voraison mystique, a son siège dans la volonté. Elle naît comme naturellement de l'amour que l'Esprit-Saint Lui-même verse dans cette faculté. Devenue capable d'exercer cet amour sans raisonnement et sans émotion dans la partie sensible, la volonté goûte indépendamment des facultés inférieures la douceur de cet amour. Cette satisfaction profonde qu'elle éprouve, cette paix intime doit donc être distinguée avec soin des suavités sensibles. Celles-ci
1 C?tte disposition au renoncement, ce dégoût de toutes choses est surtout dans la partie supérieure de lame; dans la partie inférieure peuvent subsister certains attraits violents qui, stimulés par le démon, produiront par intervalles de fortes tentations. Cependant, même dans cette partie inférieure, nombre d'attraits naturels, qu'il fallait jadis combattre, ont cessé de se faire sentir.