MARQUES DE LA CONTEMPLATION
p uvent être unies à la paix que goûte la volonté, mais souvent la paix existe sans les douceurs sensibles. « Ne croyez pas, mon Père, écrivait îa Mè.-e Thé-è^e de Saint-Joseph, que je sois sous l'influence d'une ferveur sensible; non, je souffre beaucoup plus que je ne jouis, mais ma vie d'abandon me procure une paix ineffable qui me soutient dans mes peines et mes difficultés. » (Sa Vie, parle P. Mercier. Lettre du 8 novembre 1866.)
Cette paix, impossible à faire comprendre à qui ne l'a pas goûtée, est différente de celle que l'on se procure à soi-même en se raisonnant, en se disant que l'on n'a rien à craindre; elle est communiquée par Dieu Lui-même; parfois elle saisit l'âme comme à l'improviste et la tranquillise suavement et fortement. Cette action de Dieu versant le calme dans la partie supérieure de l'âme est surtout frappante dans les moments d'épreuve : alors que la douleur oppresse, ou même que l'angoisse — pourtant si opposés à la paix — étreint le cœur, Dieu donne aux âmes vraiment aimantes une paix profonde. Cette paix est faite des sentiments infus de confiance, d'abandon et même de joie; l'âme est heureuse de se savoir entre les mains de son Père céleste, heureuse de souffrir pour Lui, heureuse de l'aimer au milieu de ses peines.
Le bien-être qu'il goûte à donner à Dieu son amoureuse attention fait aimer au contemplatif la solitude et le silence; tout en s'acquittant très aimablement des devoirs de la vie sociale, il se sentira heureux quand il en sera affranchi et qu'il pourra se retrouver seul avec Dieu.
« Cette âme, dit sainte Thérèse, voit naître en elle un amour d^ Dieu très dégagé de tout intérêt propre et elle désire des moments de solitude pour mieux jouir de son amour. » (Vie, ch. xin.)
Ce dernier signe persiste même dans la quiétude aride, où. l'âme éprouve un désir constant de prier, recherche la solitude et le silence, gans pourtant parvenir à goûter Dieu, envahie qu'elle est par toutes sortes de préoccupations et de distractions. Ce désir constant qu'elle éprouve de s'adonner à l'oraison,, cette recherche, cette soif de Dieu, indique que la volonté Lui demeure unie et que l'aridité chez elle n'est pas une suite de la tiédeur.