SCENE III
FRANÇOISE, seule.
C'est charmant... Nous voilà à la porte. Ah ! il n'y a plua
XKSZMBLX.
ê, LES DEHORS TROMPEURS,
moyen d'y tenir avec un maître pareil.... et je m'en vais lui dire son fait, une bonne fois pour toutes... Ça m'élouffe. Ah! le voici. Eh bien ! ne dirait-on pas à le. voir ainsi tranquille, que nous roulons sur l'or.
BOISSY, enrobe de chambre; FRATS'ÇOISE.
BOISSY, sans voir Françoise^ et un numéro du Mercure à la main.
Bravo, Boissy, vivat mon ami. Te voilà sûr de 1 immorfalité... L'Homrne du Jour ^ lu chez le Hoi , et le Mercure qui m'annonce celte bonne fortune ; c'est la première fois qu'il ne m'écorche pas.
Air : Lise épouse Vbeau Gernance, Je puis braver la satire.
( Lisant ) :
Hier , îe Roi se fit lire
Les Dehors trompeurs; [Parlant.) Pourru
Que son iecLeiir ait Lien lu !
{^Lisant.) Il p;iiuL coulent ( Parlant. ) Ah! Sire,
Que ne vous tievr.ii-jt pas !
Le Prince a daigué sourire ; La Cour va rire aux e'clals.
FRANÇOISE, aç'e^: humeur.
Oui, oui, chantez, Monsieur, vous en avez sujet.
EOISSY.
Ahl te voilà , Françoise.... Peste! tu parais fâchée; c'est de bonne heure.
FRANÇOISE
J'ai tort ; notre position est si gaie.
BOISSY
Comment? qu'y a-t-il donc'
FRANÇOISE
îl y a que je vois bien que.... M. Leroc ne veut plus
vous garder, et qu'il faudra quitter la place. BOISSY.
Bah! c'est pour nous effrayer. {^4 lui même.) Le Roi.... le Roi lui-même.
COMEDIE. ê
FRANÇOISE
C'est possible; mais il m'a laissé ce billet pour yous.
BOISSY
Ah î bien oui; j'ai bien le temps.... Je lirai ça demain...*., dans.... dans la semaine. {A lui-niême. ) Sa Majesté a daigné sourire.
FRANÇOISE
Enfin, Monsieur, vos créanciers sont furieux; vous êtes sans argent, sans crédit.
BOISSY
Je ne vois rien là de nouveau. ( Riant.) Pas même ton humeur, ma bonne Françoise.
FRANÇOISE
• Oh ! mon humeur.... Qui n'en aurait pas avec vous .\.-
BOISSY
Eh ! mais...
FRANÇOISE
Tenez, Monsieur, il faut que je vous dise tout ce que j'ai sur le cœur; vous m'avez donné mon franc-parler ; et ma foi, puisque je ne touche plus mes gages , je me paye en paroles.
BOISSY, riant.
Diable ; mais à ce compte , c'est loi qui me redevrais quelques années d'avance.
FRANÇOISE
A quoi que ça vous mène d'aller toujours vêtu comme un prince i Quelle nécessité de recevoir sans cesse des seigneurs, dos gens de lettfes qu'à peine vous connaissez, et qui vous ruinent en se moquant de vous:' Un père de famille qui n'a rien dans le monde, et qui, au lieu de ménager.... BOISSY.
Si je n'ai rien , que veux-tu donc que je ménage? Tiens, si tu raisonnais un moment, ma bonne Françoise, lu verrais que ma conduite est plus sage qu'on ne croit. Dans la carrière des lettres^ surtout, ne sais-tu pas quelle défaveur s'attache à l'extérieur de la misère? Les hommes sont tous les mêmes ; il faut les éblouir.
FRANÇOISE
El que vous a produit ce beau système ?
BOISSY
ï)ts liaisons utiles, d«s amis puissans.
no LES DEHORS TROMPEURS,
FRANÇOISE
Qui n'ont rien fait pour vous.
BOTSSY.
Patience, cela viendra , d'ailleurs je suis en fonds pour quelque temps : Augusfe est parti cemitin pour Paris , il doit me rapporter le produit de VHommedu Jour^ la somme sera considérable. Dix neuf représemations 1
FRANÇOISE
II faut avant tout s'acquitter avec monsieur Leroc.
LEKOC.
Non , non , j'ai des dépenses plus sérieuses Une dette
sacrée que l'Amiié m'impose, un dîner que je suis forci de donner. Ah ! tu vas me gronder.
FRANÇOISE
Un dîner !
BOÏSSY.
Vrai, je n'ai pu m'en dispenser ; ce sont de bons amis.
FRANÇOISE
Et vos créanciers ?
BOISSY
Mes créanciers ne sont pas mes amis , demain je songerai à eux.
FRANÇOISE
Ah! celui-là est trop fort.
LOISSY.
Que veux tu ? Hier je me trouve cbez Favarl , au milieu delà réunion la plus nombreuse et la plus brillante. On y parle de Choiiy le-Roi , de mon habitation , de promenade sur l'eau , de petile fête champêlre On a l'air de me provoquer.
Air: Amts dcpouillois ces pommiers.
Au premier service , Favart Est le seul que je prie ; Au second , tuseller , Bernard , Soht de notre partie j
Un vin pétillant
Parait à l'instant , Et soudain je convie, riusieurs fins gourmet* J Au dessert , j'avais Toute la compagnie.
COMEDIE. «ft
FRANÇOISE
Miséricorde, qu'allons-nous devenir?]
BOISSY
Allons , rasjure-toi, j'ai tout prévu ; Auguste doît amener de l*ai is un fameux cuisinier , des musiciens pour notre «ymphonie.
FRANÇOISE
Des musiciens , un cuisinier , voiU le revenu d'un an mangé en un jour.
BOISSY, se f roi tant les mains.
Quelle journée charmante ! Us ne s'attendent pas à la réception que nous leur préparons. Mais j'aperçois Auguste! Allons , la vue de notre fortune va te calmer; je parierais pour plus de mille écus.