CHAPITRE II
Développements du Christianisme. — Respect de Jésus pour la loi juive. — Défense d'aller aux Gentils. — Conviction et but des apôtres. — Leurs paroles et leurs actes après la mort de Jésus.— Leur obéissance aux prescriptions traditionnelles.—Saûl, disciple de Gamaliel. —Son illumination sur la route de Damas. — Il renonce à la conversion des Juifs et entreprend celle des Gentils. — Il abolit la loi. La foi sans les œuvres.— Progrès du Paulinisme. — Opposition des apôtres. — Paul se rend à Jérusalem.
Le Christianisme ne contenait, ni dans la doctrine de son fondateur, ni dans les principes de la première Église, le germe de la domination universelle qui en a fait le catholicisme (^). C'est grâce à une révolution considérable, à une sorte de coup d'État dogmatique, accompli par Tapôtre Paul, que la secte chrétienne entreprit la conversion et révangéhsation des Gentils. Ce fut, bientôt, par une suite d'événements et d'exigences poUtiques que le cathoUcisme s'organisa
(i) Catholicisme vient, on le sait, de deux mots grecs Kath'-olon, qui signifient sur tout^ universel.
SOUS des formes et avec des symboles* qui s'éloignaient beaucoup de la doctrine des apôtres primitifs, et qu'il adopta des lois, une hiérarchie et une centralisation empruntés encore plus au paganisme qu'au principe chrétien.
11 n'apparaît point, en effet, d'après l'Évangile, que Jésus ait eu la conscience des conséquences que sa doctrine devait avoir un jour pour l'avenir de l'humanité. — Nous trouvons en lui un réformateur énergique du peuple hébreu, un prophète qui aspire au titre sacré de Messie et de Sauveur d'Israël ; mais nous ne voyons pas qu'il songe à franchir les limites de la Palestine, ni qu'il veuille apporter aux autres nations les bienfaits de la nouvelle alliance qu'il prêche aux populations juives.
Si quelques paraboles laissent entrevoir, en termes plus ou moins obscurs et mystérieux, l'appel des Gentils au banquet messianique (*) et la culture de la vigne du Seigneur par des mains étrangères (^), les affirmations positives du maître des Évangiles ne laissent aucun doute sur sa véritable pensée. — « Je ne suis pas venu détruire » la loi, maisl'accomphr, s'écrie-t-il, dès lespre-
(1) Matthieu, ch. VI, v. ^8. — Cli. XXII, v. 35-40. ('2) Matthieu, Comparez, ch. vni, y. iO et suiv. — XXI, v. 33 et suiv. - XXII, v. 1 et suiv. — XXIV, v. U.