CHAPITRE II
saïsme ; et les apôtres n'avaient pas plus Tespoir de les convertir à la doctrine d'une hypostasie quelconque que les persécutions n'ont eu plus tard le pouvoir de leur faire admettre la trinité.
La secte chrétienne, en se bornant à la Judée, n'avait donc aucune chance d'avenir. Les apôtres étaient-ils d'ailleurs plus capables que leur maître d'attirer à eux ceux que les prédications de Jésus n'avaient pas convaincus? Ils n'apportaient rien de nouveau aux Juifs en fait de morale ; et en fait de dogmes, ils altéraient de plus en plus le grand principe unitaire sur lequel reposait la loi séculaire d'Israël.
Paul comprit que l'idée chrétienne ne pouvait se développer et réussir qu'en dehors de la Palestine. Puisque les Juifs ne voulaient pas accepter l'Évangile, il fallait le porter aux Gentils. L'entreprise était hardie, digne de tenter une âme d'éhte. Paul s'y consacra avec un dévouement et une énergie qu'on ne saurait trop admirer. Il se proclama donc hautement « l'apôtre » des Gentils, » et, quittant la terre sainte, abandonnant les apôtres timidement confinés à Jérusalem, il se lança audacieusement au sein du monde païen pour y prêcher le Christ, le
Dieu-Homme mort sur la croix, pour le salut du genre humain.
Paul partit sans prendre conseil des apôtres (*), sans s'entendre avec eux sur le but et les moyens de son apostolat. La révélation miraculeuse qu'il prétendait avoir reçue sur la route de Damas et qui s'était, d'ailleurs, accomplie sans témoins, l'avait mis, disait-il, en communication directe avec Jésus-Christ; il n'avait plus d'ordre ni de mission à recevoir de personne, ayant reçu du Divin Crucifié les instructions qui traçaient sa nouvelle voie.
Il partit , parcourut pendant trois ans l'Arabie; puis, après un séjour à Damas, il se rendit en Syrie et dans l'Asie Mineure, dont il visita les diverses contrées durant un espace de dix
années P)
Avec la même intuition qui lui avait fait comprendre que le Christianisme était perdu s'il s'enfermait en Judée et consentait à n'être, comme l'Essénisme et le Sadducéisme , qu'une
(1) Épître aux Galates, ch. ï, v. 5 et suiv.
(2) Épître aux Galates, loc. cit,