CHAPITRE II
progrès. Dès qu'on n'exigeait plus d'eux ni un sacrifice sanglant ni un culte compliqué et hérissé de prohibitions de toutes sortes, les peuples dont Paul avait entrepris la conversion, prêtèrent une oreille facile aux prédications du fougueux apôtre.
Les circonstances générales au milieu desquelles ces prédications se produisaient, en favorisaient d'ailleurs singulièrement l'influence et le succès.
Ce que prêchait, en effet, l'apôtre des Gentils, c'était l'égalité de tous les hommes devant Dieu; c'étaient la Hberté et la rédemption universelle. Il disait que l'Éternel avait envoyé son fils sur la terre s'incarner dans un corps humain, mourir d'une mort ignominieuse, pour racheter, par ce divin sacrifice, toute l'humanité; il disait qu'il n'y avait plus désormais de grands ni de petits, de maîtres ni d'esclaves , mais qu'il n'y avait qu'un seul dominateur , le Christ , corps mystétérieux et universel dont tous les hommes formaient les membres; il ajoutait que les cultes splendides, que les sacrifices et les offrandes étaient sans valeur, mais que la foi suffisait pour assurer la féhcité éternelle et que le plus humble, qui croyait, était préféré par Jésus-
Christ au plus opulent qui immolait des hécatombes sur les autels des dieux.
Tous ces principes, toutes ces promesses convenaient merveilleusement aux populations de cette époque. Nul n'ignore que Fesclavage et le prolétariat étaient alors la plaie incurable de la société antique? Depuis longtemps déjà de sourds frémissements, et quelquefois même des insurrections formidables avaient fait pressentir à l'aristocratie romaine que c'était par là, à coup sûr , que tôt ou tard elle périrait. L'inauguration du régime impérial, les excès du système centralisateur qui faisaient peser jusqu'aux extrémités du monde connu, la main de fer de la Rome des Césars , les exactions et les cruautés des proconsuls, avaient excité, sur tous les points de l'empire, une impatience du joug que l'esprit de nationalité changeait bien souvent en révoltes sanglantes. Les Romains ne contenaient l'univers entier sous leur puissance qu'en aggravant les chaînes de leurs esclaves. Venir prêcher la liberté et l'égahté à tous ces peuples asservis, leur annoncer, au nom d'un Dieu nouveau , une rédemption générale , n'était-ce pas un moyen infaillible de se faire écouter et de faire parmi eux, en peu de temps, de nombreux prosélytes ?