‹ Les déicides; (volume 2)Chapitre 12 sur 192 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Si la naissance merveilleuse de Jésus-Christ avait été connue des Juifs, elle aurait pu exercer sur leurs esprits une impression profonde. En effet, d'après les Evangiles, Dieu lui-même n'avait pas dédaigné de rendre mère une simple mortelle, et le Saint-Esprit avait fécondé le sein d'une vierge bénie parmi les femmes. Saint Luc, plus explicite que saint Matthieu et saint Marc, dit que « l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu à I la vierge Marie, alors fiancée à un homme de t Nazareth qui se nommait Joseph; il lui an- » nonça qu'elle enfanterait un fils par l'inter- » vention du Saint-Esprit et par la vertu du Très- » Haut, et que ce fils, saint entre tous, serait » appelé le Fils de Dieu. L'Eternel devait lui » donner le sceptre de David et la domination » perpétuelle de la maison de Jacob. » A cette mystérieuse prédiction, Marie, résignée, répondit : « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me D soit fait ainsi qu'il a été dit. » (1) Et le céleste messager s'éloigna d'elle.

(i) In mense autem sexto missus est angélus Gabriel a Deo in civitatem Galilseae, cui nomen Nazareth, — ad virginem desponsatam viro cui nomen erat Joseph... Et ait Angélus ei :

Mais rAnnonciation divine, miraculeusement faite à la Vierge élue, fut cachée par elle dans les plus secrètes profondeurs de son âme. Personne ne la connut, pas même son époux. En effet, l'Evangile de saint Matthieu, qui d'ailleurs ne fait aucune mention de la révélation angélique dont parle saint Luc, raconte que Joseph , ayant connu l'état de sa femniè avant leur union , et ne voulant point là livrer aux tribunaux, avait simplement résolu de la renvoyer chez ses parents ('). Si Marie lui eût appris le divin message qu'elle avait reçu, il n'aurait pu prendre une résolution qui, malgré la mansuétude dont il était animé, n'en était pas moins pour sa jeune épouse une peine déshonorante. Heureusement, tandis qti'il agitait ce^ dessein dans son esprit, il eut un songe dans le-c

Ne timeas Maria, invenisti enim gratiam apud Deum. Ecce coiicipies in utero et paries filium et vocabis nomeïi ejus Jesum. — Hic erit magnus et filius altissmi vocabitur et dabit, ilU Dominiis Deus sedem David, patris ejus, et, regnabit in domo Jacob in œternum. — Dixit autem Maria ad angelum :^' — Quomodofiet quoniam virum non cognoscoV ~ Et respondens angélus dixit ei : spiritus sanctus superveniet in te et virtus altissimi obumbrabit tibi. Ideoque et quod nascetur ex te sanctum, vocabitur fîlius Dei... Dixit autem Maria : Ecce, ancilla Domine; fiatmibi secundum verbum tuum. — Et discessit ab illà Angélus. » — (Luc, ch. I, v. 26 à 38.)

(1) Cùm esset desponsata mater ejus Maria Josepb, antequam convenirent, inventa est in utero babens de Spiritu Sancto. — Josepb autem vir ejus, cùm esset justus, et nollet eam traducere, voluit occulté dimittere eam. — (Matthieu, ch. I,v. 18 et 19.

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quel un ange lui disait ; « Ne crains rien , ô Jo- » seph! reçois Marie comme ton épouse, car » Fenfant qui est en elle vient de TEsprit-Saint. » Et Joseph, se réveillant, désormais convaincu, accomplit Tordre du Seigneur (\).

Mais, pas plus que Marie, il ne révéla ces circonstances extraordinaires. Personne parmi les Juifs n'eut connaissance de cette miraculeuse conception ni de ces apparitions angéliques qui auraient évidemment suffi pour prouver au peuple Hébreu Forigine divine de Jésus. Et en effet, lorsque, arrivé à Fâge viril, le fils de Marie commença ses prédications, les Juifs qui Fenténdaîent et Fadmiraient, les habitants de son propre pays disaient partout : « D'où lui vient » âbttc cette sagesse? N'est-ce pas là le fils )i âù charpentier ? Sa mère ne s'appelle-t-elle )i point Marie, et ses frères, Jacques, Joseph, a Simon et Jude? » (2) Or, si le peuple de Galilée eut été initié aux faits sîirnaturels de sa naisêiànce, à l'intervention directe du Saint-Esprit dans sa génération, comment aurait-il pu s'étonner de trouver ces quahtés merveilleuses et cette puissance dans le fils de Dieu?

TO Héc âutem éo cogitante, ecce angelùs Ddmini àpparùit m somnis ei, dicens, etc.. — Exsurgens autem Joseph à somno, fecit sicut praecepit ei angélus Domini. - (Ibid., v. 20 à 25.)

(2) Matthieu, ch. XIII, v. 54.

40 LES DÉICIDeIs.

La naissance matérielle de Jésus ne se manifesta pas, pour le peuple en général, avec plus d'éclat et de solennité que sa conception. Joseph, étant parti de Nazareth, se rendit à Bethléhem où il devait se faire enregistrer, avec sa femme, au moment du dénombrement de la population, prescrit par un édit de César. Arrivée dans cette ville, Marie ressentit les douleurs de l'enfantement, et elle mit au jour son fils qu'elle dut coucher dans une crèche , parce qu'il n'y avait point de place dans les hôtelleries (^). Rien n'annonça alors aux habitants de Bethléhem et aux populations de la Judée que le Messie venait de naître. Aucun signe n'éclata dans les cieux, aucune voix surhumaine ne retentit aux extrémités de la terre, révélant à Israël que le libérateur qu'il attendait avec tant d'impatience était enfin arrivé.

Deux faits miraculeux sont néanmoins rappor tés par certains évangélistes comme contemporains de la naissance de Jésus.

Au moment où s'accompUt l'enfantement di-

(1) Luc, ch. U, V. i à 7.

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