‹ Les déicides; (volume 2)Chapitre 13 sur 192 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

vin, des bergers , qui passaient la nuit dans les champs, virent tout à coup apparaître un ange du Seigneur, et une lumière divine les environna. Et l'ange leur dit : « Ne craignez rien! je viens » vous apporter une grande nouvelle. Aujour- » d'hui, dans la ville de David, il vous est né un û Sauveur qui est le Christ , le Seigneur. Vous » trouverez un enfant emmaillotté et couché » dans une crèche. Ce sera pour vous un signe » et une preuve. » Au même instant, ajoute Tèvangéliste saint Luc qui, seul, rapporte la vision des bergers, « au même instant il se joignit à » Fange une grande troupe de Tarmée céleste, » louant Dieu et disant : Gloire à Dieu dans les » hauteurs des cieux et paix sur la terre aux » hommes de bonne volonté (^). »

Cette lumière divine, ces anges et ces cohortes célestes proclamant la venue du Christ Sauveur et chantant les louanges de Dieu et la grandeur du Messie naissant, constituaient une resplendissante et irrésistible révélation. Mais, accordée par une faveur particulière à quelques obscurs bergers, elle fut refusée à la généralité d'Israël. Personne à Bethléhem, en dehors des pasteurs champêtres, ne fut témoin de cette manifestation divine qui, si elle eût été publique,

(1) LuCjibid., V. 8 à 15.

il LES îîÉielDÉk

aurait impose aux Héoreux une foi sans réserve. Le second fait est relaté dans saint Matthieu : e*èst l'arrivée à Jérusalem des mages d'Orient. a Où est né le nouveau roi des Juifs, dirent, n d'après révangéliste, les magiciens orientaux? » Nous a\X)ns vu son étoile et nous venons pour » Tadorer. « Ces paroles portées aux oreilles d'Hérode Timpressionnent vivement et impressionnent, aveclui, toute la ville. Il réunit les pontifes et les scrites et les interroge sur le lieu où doit naître le Christ. Ils lui répondent que c'est à Bethléhem. Alors le rôi fait venir les mages, apprend d'eux-mêmes le moment où l'étoile révélatrice leur est apparue, puis il les envoie à Bethléhem en leur disant : « Allez, informez- » vous de l'enfant et, lorsque vous l'aurez trou- » té, venez me le dire, afin que j'aille aussi ô i*adorer. » Les mages se retirent ; précédés par l'étoile qu'ils avaient Vue eh Orient, ils marchent jusqu'au lieu où l'astre s'arrête et où l'enfant divin se trouvait. Ils pénètrent dans la demeure de Marie et, se prosternant devant son fils, répandent à ses pieds de Tor, de l'encens et de la myrrhe. Après cet acte d'adoration , au lîéti de retourner auprès d'Hérode et de proclaméï* publiquement la liâissahcë et l'avénëmèiil du Christ, ils repartent pour leur pays, clandestinement et par des chemins détournés. Hérode,

dit l'évangéliste, se voyant tromjié par les mages, entra dans une violente colère et fit massacrer tons les enfants qui étaieut à Bethléhem (\).

L'histoire contemporaine ne nous a laissé au^ cune trace de ce massacre d'innocents parmi les nombreuses cruautés reprochées à Hérode. Quoi que Ton puisse penser à cet égard, il est certain que la lumière ne s'est pas faite pour le peuple juif, lors du voyage des mages d'Orient, pas plus que lors de l'apparition des anges dû ciel aux bergers. La vision des pasteurs a lieu au milieu de la nuit, sans témoins. Les mages, après avoir reconnu et adoré en Jésus le Christ, roi des Juifs, fuient sans rien dire à personne et refusent ainsi d'apporter un témoignage public et solennel en faveur de sa divinité. Comment dès lors les Hébreux auraient-ils pu croire plus tard à des événements dont ils n'avaient pas été témx)ins, dont nul ne leur donnait la preuve et dont, pour des raisons que nous n'avons pas à rechercher, la connaissance même leur fut cachée?

Toutefois l'épisode des mages est un nouveau témoignage de la bonne foi avec laquelle les chefs du peuple hébreu cherchaient, à cette époqM% le Christ libérateur. Les prêtres et les êcribes désignent à Hérode Bethléhem comme deVMt

(!) I*àtiSiîêu,m. Il, V. Ià18.

être le berceau du fils de David, et Hérode luimême déclare que, si Tenfant merveilleux est découvert, il viendra Tadorer ; renuntiate mihi, ut ego veniens adorem eum. Par un motif de défiance, légitime sans doute, sur les vraies intentions d'Hérode, les mages ne jugèrent pas à propos de révéler l'existence et le pays natal de Jésus. Mais cette prudence elle-même contribua à entretenir l'ignorance des Juifs sur les faits miraculeux dont, s'il faut en croire les évangélistes, la naissance du Christ aurait été accompagnée ; elle enleva, aux yeux des chefs et du peuple, tout crédit à la divulgation tardive de ces faits.

Notons enfin ici une dernière circonstance relative à la naissance de Jésus et qui, dans le système même des Évangiles , était de nature à nuire à la constatation et au succès de sa mission auprès d'Israël.

Le Messie devait, d'après toutes les prophéties, être descendant de David. Or, la fiUation de Joseph était loin d'être clairement établie pour les Hébreux. Le charpentier de Nazareth n'avait rien qui rappelât et constatât publiquement sa royale origine, et les généalogies que rapportent les divers Évangiles, présentent entre elles des variations importantes qui permettent bien des doutes sur leur complète authenticité.

Mais la question était tranchée par un fait au

Page 1