CHAPITRE II
solennellement promise? Et beaucoup reculaient devant une aussi rigoureuse obligation.
Paul, avec son lucide bon sens, comprit à quel point était terrible le coup ainsi porté à son œuvre à peine ébauchée. 11 sentit que tout était perdu, s'il n'allait pas plaider lui-même sa cause à Jérusalem, et s'il n'obtenait pas l'adhésion des apôtres au système qu'il avait cru devoir suivre et qui lui avait si heureusement réussi. De cette démarche dépendait l'avenir du Christianisme. Condamné par les disciples immédiats de Jésus, Paul sentait son but lui échapper, et le triomphe dont il était désormais assuré se changeait en une immense défaite ; approuvé par eux, il puisait dans cet assentiment une force nouvelle. Il n'hésita donc pas et se rendit à Jérusalem , auprès des Douze , pour leur exposer le caractère particulier et les conditions de l'Évangile qu'il prêchait parmi les Gentils.
Cette conférence, où furent discutés, pour la première fois, les principes d'après lesquels devait se diriger la nouvelle Église, mérite d'être étudiée à part. Elle fut la première transaction entre l'apostolat chrétien et le paganisme ; et, par là, non seulement elle marqua la rupture des disciples de Jésus avec les traditions rigou-
reuses de la Synagogue, mais encore elle fut une déviation importante dans la doctrine du maître des Évangiles.