CHAPITRE III
rayant appris, envoya à 'Antioche des mandataires spéciaux (^) chargés de faire des représentations sévères à Pierre et aux autres fidèles. Leurs observations durent être très-vives car elles eurent pour résultat non-seulement d'éloigner Pierre de la fréquentation des Gentils, mais encore d'entraîner Barnabe, le compagnon d'apostolat de Paul. Les autres Juifs d'Antioclie , dit YEpitre aux Galates , suivirent aussi l'exemple des apôtres et se séparèrent d'avec les Gentils.
En apprenant ces faits, qui mettaient de nouveau en péril tout le succès passé et tout l'avenir de ses prédications, Paul entra dans une violente colère. C'est à ce sentiment irrité qu'est due YEpitre aux Galates, le monument le plus intéressant de cette époque, celui qui nous révèle avec le plus d'exactitude, les moyens employés pour attirer les nations étrangères, les luttes que soutint l'apôtre des Gentils et les transactions par lesquelles dut passer successivement la doctrine chrétienne.
L'indignation de Paul contre Pierre et les
(1) Le texte de l'Epître auxGalates ne laisse pas de doute à cet égard. « Pierre, y est- il ait, mangeait avec les Gentils,
autres apôtres fut donc vive et déborda en injures : « Je résistai en face à Pierre, dit-il dans son » Epître, parce qu'il était repréhensible ; parce » qu'usant d'hypocrisie et quoique vivant comme » les Gentils et non comme les Juifs, il voulait » contraindre les Gentils àjudaïser. » ( * ) Ces mots sont caractéristiques; ils prouvent que le compromis de Jérusalem n'avait rien terminé et que la question était toujours de savoir si l'on pouvait ou non admettre les Gentils dans l'Église sans les assujettir à toutes les prescriptions de la loi juive. Paul n'avait donc rien obtenu ; son œuvre était toujours attaquée dans son principe fondamental. Les disciples immédiats de Jésus se montraient inflexibles au sujet des pratiques cérémonielles, et tout ce que Paul avait dit et fait parmi les populations étrangères était dès lors considéré comme vain et non avenu.
La douleur de l'apôtre fut immense en face de ce nouveau danger, mais son énergie est à la hauteur du péril lui-même. 11 adresse aux Galates des cris de désespoir : « 0 Galates insensés, leur » écrit-il, qui donc vous a ensorcelés pour vous
* avant l'arrivée de quelques-uns, envoyés par Jacques, Qui-
* dam à Jacobo ». Epître aux Galates, ch. II, v. 12. (4) Epître aux Galates, ch. H, v. 11 à 14.