CHAPITRE III. 27i
croit « n'être inférieur en rien aux très-grands » apôtres^ et qu'il a travaillé plus qu'eux tous O).» « Je puis bien, s'écrie-t-il , me glorifier comme » eux. Sont-ils hébreux? je le suis aussi. Sont-ils » Israélites? je le suis aussi. Sont-ils de la race » d'Abraham? j'en suis aussi. Sont-ils ministres » du Christ? Quand je devrais passer pour im- » pudent, j'ose dire que je le suis encore plus )) qu'eux P). »
La guerre était donc de nouveau déclarée entre l'Évangélisateur des Gentils et les autres disciples de Jésus. Mais cette fois elle ne devait pas se terminer par un simple compromis ; le parti de l'ancienne loi l'emporta complètement.
En effet , après ce nouvel et remarquable incident, les Actes des Apôtres (^) nous montrent Paul retournant encore une fois à Jérusalem pour y expliquer sa conduite et y répondre, sans doute, aux accusations dont il était l'objet. Or, la première chose que Jacques et les prêtres de la communauté lui imposèrent, ce fut de faire, en pubhc, une sorte d'amende hono-
(1) II. CorinUiiens, cli. XI, v. 5. — Cli. Xïl, v. il. — I. Corinthiens, cil. XV, V. 10.
(2) II. Corinthiens, ch XI, v. 18 et suiv.
(3) Actes, ch. XXI, v. 20 et suiv,, etc.
rable qui protestât solennellement contre sa doctrine précédente. « Tu vois, lui dirent-il?, » que beaucoup de Juifs ont cru, et cependant » ils sont tous zélés pour la loi. Or, ils ont OUÏ » dire que tu enseignes aux Juifs qui sont parmi » les Gentils qu'il faut renoncer à Moïse et ne » plus vivre selon les préceptes de la loi. Yoici » ce qu'il faut faire : il faut les assembler et ac- » complir devant eux une cérémonie légale, afin » que tous sachent que ce qu'on leur a dit est » faux et que tu continues à observer la loi 0). »
Paul se soumit à cette condition, bien qu'elle fût le démenti éclatant de tout son apostolat. Lui qui avait si durement reproché à Pierre d'avoir usé d'hypocrisie à Antioche en feignant dejudaïser , eut recours comme lui à la dissimulation ; il accomplit publiquement des pratiques destinées à convaincre les assistants qu'il était un fidèle observateur des prescriptions mosaïques. Mais le peuple ne se trompa point à cette comédie ; il vit en lui , malgré sa feinte , un véritable apostat de la loi Juive , et il se souleva contre lui. Sa présence au temple causa une véritable émeute , que les soldats romains eurent toutes les peines du monde à apaiser. Chose re-
(1) Actes, cb. XXI, V. 20etsuiv.
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marquable , les Pharisiens firent tout ce qu'ils purent pour le sauver (*). Paul, voyant la bienveillance de ces chefs de peuple, criait au milieu du tumulte avec une nouvelle fausseté : « Mes » frères, je suis Pharisien, fils de Pharisien, j> et c'est pour cela qu'on veut me condamner (2). » Ainsi, non-seulement il avait renié sa doctrine pour se soumettre à la volonté des Apôtres , mais il allait plus loin et revendiquait le droit d'être rangé parmi ces docteurs pharisiens que Jésus avait si violemment censurés.
Ce double désaveu de sa vie passée ne parvint pas à calmer l'irritation des masses. Le tribun romain dut le faire arrêter pour mettre un terme à l'agitation publique. Il fut enfermé dans les prisons de Césarée. Au bout de deux ans, ayant revendiqué le titre de citoyen romain , il fut envoyé à Rome, où il chercha d'abord, mais en vain , à rallier à sa doctrine la colonie Juive qui habitait la cité des Césars (^), et, où bientôt, il entreprit l'évangélisation des autres habitants de la ville éternelle.
{\) Actes, ch. XXIII, V. 6 et suiv.
(2) Actes, ch. XXIII, v. 6.
(3) C'est dans ce but que fut écrite FÉpître aux Romains.
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Durant la période que nous venons de parcourir, les Juifs avaient-ils pu modifier leurs opinions antérieures sur Jésus-Christ et sa doctrine? Quelque grande révélation était-elle venue leur prouver la divinité du fondateur de la nouvelle religion?
Loin de là ; ils avaient vu les disciples les plus intimes du Réformateur de Nazareth se diviser avec éclat sur les principes fondamentaux de l'Évangile et sur les moyens de le propager. La discorde s'introduisait déjà dans les rangs même des apôtres chargés [de répandre et de faire triompher la parole du Christ. Ce n'était déjà plus l'enseignement du Fils de Marie que suivaient ceux-là même qui avaient reçu de la bouche du maître ses plus secrètes instructions. A cet enseignement , qui proclamait le maintien absolu de la loi juive , qui rappelait aux douze apôtres avec tant d'insis-