CHAPITRE III
tance « Tobéissance due à ceux qui étaient assis » dans la chaire de Moïse ( * ) , » avait succédé un enseignement révolutionnaire par lequel étaient anéanties sans réserve toute la loi , toutes les pratiques, toutes les traditions. Et cette rupture solennelle entre la secte chrétienne et la Synagogue antique s'accompHssait par la seule autorité d'un homme qui n'avait rien et qui ne s'appuyait sur rien de divin, sans aucune révélation pubHque , sans autre motif que la volonté ou plutôt Fhabile perspicacité du nouvel apôtre.
Paul, l'ancien disciple du pharisien Gamaliel se substituait ainsi purement et simplement à Jésus; le Paulinisme envahissait et étouffait dans son germe le christianisme primitif.
Il y a plus : les disciples directs du Prophète de Galilée résistaient avec énergie à la tentative révolutionnaire de l'Évangélisateur des Gentils. Ils la combattaient au nom de celui dont ils étaient seuls les représentants et les organes. Ils contraignaient Paul à faire solennellement l'abjuration de ses erreurs.
(1) Matthieu, ch. XXïlI, v. 2 etsniv.
Que pouvaient penser les Juifs de ces querelles intestines, de ces conflits produits par un prosélytisme exagéré? Us durent y voir, ils y virent, en effet, une œuvre essentiellement humaine, contre laquelle leur conscience et leur foi religieuse protestaient également ; ils n'y aperçurent qu'une propagande habilement poursuivie par des moyens, par des expédients et même par des ruses qui n'avaient évidemment rien de surnaturel ni de divin.
La doctrine de Paul devait d'ailleurs les éloigner de plus en plus de l'Évangile. Que devenaient, en effet, dans ce système, les prophéties qui promettaient si unanimement, pour l'époque messianique, non-seulement le rétablissement absolu du trône et de la loi d'Israël, mais encore la soumission complète de tous les peuples aux prescriptions du code mosaïque?
Permettre aux païens christianisés de rejeter toutes les pratiques légales, c'était prouver irrésistiblement aux Juifs que le Messie n'était pas arrivé; c'était leur inspirer la conviction que les jours prédits par les prophètes n'étaient pas près de s'accomplir.