CHAPITRE IV
tains, s'ils parviennent à y remporter la victoire, que le monde entier sera en leur pouvoir.
A cette même époque, d'ailleurs, on voit les chrétiens de Judée abandonner Jérusalem, nonseulement, ainsi que le rapporte Eusèbe (^j), parce qu'après la défaite du général romain Cestius, on craignait dans la ville sainte les représailles des Romains; mais, évidemment, pour consommer leur séparation définitive avec les adorateurs de l'ancienne loi qu'ils ne pouvaient plus avoir la pensée ni l'espérance de convaincre.
Rome devint donc le foyer de la nouvelle doctrine et, probablement, le refuge d'un très-grand nombre parmi les expatriés de Jérusalem.
Pierre et Paul entreprirent sur une vaste échelle l'évangélisation des Romains, et surtout des plus influents et des plus haut placés parmi les hommes d'Etat de l'empire.
L'Epître de Paul à Tite nous apprend que, parmi les frères , figuraient déjà des fonctionnaires éminenls tels que Pudens, le sénateur (^).
(1) Eusèbe, Histoire ecclésiastique, cti. III. v. 3.
(2) EpîtreàTtte, ch. IV, v. 21.
Mais cet ardent prosélytisme fut le signal de la persécution. Néron, qui régnait alors, fit jeter dans les fers les deux apôtres. Accusés de vouloir bouleverser Tempire, ils furent condamnés et crucifiés sur le mont Jatiicule^ où habitait la colonie juive tout entière. Ce fut le début des proscriptions contre les chrétiens et aussi contre les Juifs, qu'à cette époque néfaste, on ne distinguait, pas plus à Rome qu'en Judée, de la nouvelle secte (*),
Il convient de se rendre compte du sentiment auquel obéissaient les empereurs et les agents de l'autorité en se montrant si sévères à l'égard des disciples de Jésus.
(1) Les Epîtres apostoliques prouvent surabondamment que les premiers chrétiens portaient partout le nom de Juifs, qu'ils le revendiquaient et s'en honoraient. — Chaque fois que les historiens romains du premier siècle de l'Eglise parlent de la nouvelle secte ils la confondent avec les Juifs. Il existe, à ce sujet, un singulier passage de Suétone, dans son histoire de Néron. Cet auteur raconte que l'empereur chassa de Rome les Juifs, sans cesse en tumulte sous l'influence d'un certain Chrestus : « JUD.EOS, quodda^ impulsore CHRESTO, as- )> siduè tumultuantes Romàexpulit ». Evidemment ce Chrestus désigne Jésus Christ, ou plutôt la secte chrétienne dont Suétone confond les disciples sous le nom générique de Juifs,