CHAPITRE IV
La société ancienne n'était pas arrivée comme la nôtre, à la notion des principes qui séparent la Religion de TEtat, le Spirituel du Temporel. On sait que, de nos jours encore, cette séparation est un problème très-difficile à résoudre ; les deux pouvoirs religieux et politique luttent sans cesse soit en empiétant Tun sur Tautre. soit en cherchant à établir la limite extrêmement étroite de leurs attributions respectives.
Dans le monde romain, on ne se doutait pas même de cette distinction. L'Etat c'était la religion, et la reUgion c'était l'Etat. Les choses du culte et les choses de la politique se mêlaient, se confondaient les unes dans les autres, de manière à ne pouvoir en être ni distinguées ni divisées. Le pontife romain était bien plus un fonctionnaire politique qu'un intermédiaire spirituel entre les hommes et les dieux. Le culte intervenait dans tous les actes de la vie publique et privée ; c'était le pontife qui décidait de la paix et de la guerre et de l'opportunité des résolutions politiques. Par les augures, il déclarait quand il fallait agir, quand il fallait s'abstenir, et sa voix souve-
raine faisait plier toutes les consciences et tous les fronts. Donc la religion et FEtat étaient étroitement solidarisés, ou plutôt ils ne formaient qu'une seule institution. Blasphémer les dieux, c'était attaquer la puissance publique dans ce qu'elle avait de plus auguste. L'Empereur n'avait-il pas d'ailleurs lui-même, avec le titre de PoNTiFEx Maximus, dc graudcs fonctions sacerdotales et n'aspirait-il pas parfois à la divinité? Tout ce qui pouvait porter atteinte à la religion antique ébranlait en même temps le pouvoir social ; les ennemis du paganisme étaient évidemment, dans l'ordre politique d'alors, les ennemis de l'Etat.
Déjà, dans l'insouciante et la légère Athènes, on avait vu Socrate impitoyablement sacrifié pour avoir enseigné une doctrine contraire au matérialisme polythéiste de la Grèce. Que devait-il en être dans la Rome des Césars, où la question religieuse touchant si intimement aux intérêts poUtiques de l'Empire ?
La persécution contre les chrétiens s'exphque aisément à ce point de vue. Us furent regardés, et ils Tétaient incontestablement, comme des révolutionnaires dont les doctrines, en attaquant la théologie païenne, menaçaient en même temps la société pohtique. Ils furent condamnés