CHAPITRE IV
chaque jour sur les tables de Taristocratie romaine, enrichie des dépouilles de tous les peuples subjugués.
Mais, pour suffire à ces prodigalités publiques et privées, il fallait recourir à l'oppression la plus violente et aux expédients les plus désastreux. Le fisc, l'agent nécessaire de tous ces excès, le seul pourvoyeur de ces orgies; le fisc avait dû prendre une extension en rapport avec les besoins de l'Empire. L'avidité insatiable des agents fiscaux, responsables eux-mêmes de la perception des impôts, devint bientôt intolélérable. Devant ces exigences croissantes, les cités se dépeuplaient et les habitants fuyaient au milieu des champs la voracité des collecteurs de contributions. Les curiales, qui supportaient seuls, dans des cas particuhers, le fardeau des charges pubUques, essayaient, mais en vain, de se soustraire par la fuite aux tristes honneui's de leurs fonctions (/). Où fuir d'ailleurs pour éviter
(1) Code Théodosien, lib. X, tit. 31. « Non ante discedat » (curialis) quam insinuato Judici desiderio profiscicendi li- » centiam consequatur. Curiales omiies jiiLemus interminan tione moneri ne civitates fugiant ant deserant, rus liabi- .) tandi causa, fundum quem civitati praetulerint scientes » fisco esse sociandum, eoque rure esserarituros cujus causa » impies se, vitando patriam, demonstrarent ». Ibid.^ lib. XU, tit. 18.
20^2 LES DETCTDES.
la tyrannie d'un pouvoir dont la domination s'étendait sur le monde entier? Les champs n'étaient pas un refuge pour s'affranchir des charges sous lesquelles succombaient les habitants des villes ( M ; le fisc impitoyable n'abandonnait pas si aisément sa proie.
La misère el le découragement firent, par l'influence de ces causes combinées, des progrès effrayants. Le peuple, s'enveloppant dans son manteau d'esclave, s'accroupissait sur la terre de fatigue et de désespoir. Comme la bête de somme se couche sous les coups et refuse de se relever, rien ne pouvait plus le décider à cultiver le sol et à se soumettre au travail des champs. Vainement les empereurs essayaient-ils, par des immunités et des exemptions, de repeupler les campagnes délaissées (^); rien n'arrêtait les progrès du mal ; le désert devenait chaque jour plus immense et la désolation allait croissant (M.
(1j « Tantôt la loi essayait d'adoucir le sort du colon, et le » propriétaire criait qu'il ne pouvait plus payer l'impôt; .) tantôt elle livrait le colon au propriétaire et l'enfonçait » dans l'esclavage ». (Miclielet, Histoire de France, (I, p. 104.) — Constant., in Cod. Justiniani, lib. XI, tit. 49. — Code Just., liv. XLVIl,tit 51.
(2) Code Tiiéodosien, livre XII, t. ^^ — Code Justinien, livre XI, titre K8.
(3j La belle et riche Campanie avait 528,000 arpents en friche. (Arcadius e^ Honorius, in Cod. Theod.. lib. XI, tit. 28, leg. 5.)