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CHAPITRE IV

Chose non moins importante à signaler: cette société oppressive, tyrannique, violente, était cependant et, en fait, dans la dépendance des esclaves mêmes qu'elle courbait sous le joug. — Comme toutes les races aristocratiques et dominatrices, les Romains avaient un profond mépris pour tous les détails de la vie domestique et pour les questions d'économie matérielle. Ils abandonnaient à leurs esclaves le commerce et l'industrie. Le citoyen romain, grandi par la guerre et par la parole, regardait comme indigne de lui toute autre chose que les armes, les chevaux, les exercices du corps, les professions libérales, la vie du forum et le maniement des affaires pubhques (^). Les esclaves étaient banquiers, spéculateurs, commerçants, industriels dans tous les genres ; ils gagnaient par là un pécule qui leur permettait un jour de s'affranchir s'ils savaient se conciHer la faveur du maître. La classe des affranchis, soumise à une législation particulière, formait dans l'État an corps considérable; elle prit peu à peu une grande influence sur le gouvernement (^). Il était rare que [les premiers ministres

(1) Voir Moreau-Cliristophe, du Droit à l'oisiveté et de l'organisation du travail scrvile dans les républiques Grecques et Romaine, p. 23 et siiiv.

(2) Tacite, clans ses Annales ;liv. XIII, 26 et 27j déclare qu'à cette époque le peuple de Rome n'était presque plus composé

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et les plus intimes favoris des empereurs ne fussent point des affranchis puissants qui dirigeaient à leur gré la politique impériale. L'intelligence et l'aptitude étaient remarquables d'ailleurs parmi ces esclaves, du sein desquels sont sortis tant d'hommes et d'écrivains éminents de l'époque des Césars.

Ainsi les esclaves dominaient de fait le monde romain, en concentrant en leurs mains tout le mouvement économique, en s'élevant auprès des souverains à une puissance occulte ou avouée qui les mêlait à toutes les affaires de l'empire , en montrant des qualités intellectuelles de beaucoup supérieures à celles des Romains en décadence.

Et au moment où toutes ces causes de dissolution et d'anarchie envahissaient la société romaine, on entendait déjà dans le lointain, au sein des sombres forêts de la Germanie , l'immense mugissement des peuples barbares qui s'agitaient confusément et s'apprêtaient à se ruer, avalanche vivante, sur le vaste empire des Césars.

La Rome impériale succombait donc lente-

que d'affranchis. — Voyez dans le Digeste, lib. XXXVUI, tit. 1, les lois qui réglaient, à Rome, la condition des affranchis.

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