‹ Les déicides; (volume 2)Chapitre 137 sur 192 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ment sous un mal irrémédiable. L'esclavage, l'arrogance et le despotisme des légions, le développement effréné du luxe , la corruption des mœurs, l'avidité du fisc, la misère du peuple, l'insuffisance de la production agricole, la haine des peuples vaincus, le frémissement des nationalités mal comprimées et, au loin , l'invasion menaçante des peuples du Nord, étaient autant d'éléments de ruine prochaine. Le monde ancien tombait visiblement dans l'abîme et une profonde révolution sociale allait inévitablement éclater dans l'univers entier.

Le désordre n'était pas moins terrible dans l'ordre religieux et moral. Une grande voix s'était fait entendre, disant « les dieux s'en vont, )i et, en effet, toutes les croyances antiques s'affaissaient sous l'action dissolvante d'une philosophie sceptique et railleuse. Depuis l'époque, déjà ancienne, où le grand orateur de la république, Cicéron , avait ridicuHsé les prêtres et les augures en s'étonnant qu'ils pussent se regarder sans rire, que de critiques amères, que d'attaques violentes de la part des satiriques de Rome , contre toute cette mythologie sensuelle et artistique qui, depuis quatre mille ans, obtenait les hommages des mortels !

De son côté, la Grèce qui, malgré la suprématie politique de Rome, avait conservé la direction du mouvement intellectuel, la Grèce avait subi, au point de vue des doctrines piiilosophiques une révolution radicale. Depuis longtemps déjà ses penseurs s'agitaient à la recherche du « Dieu inconnu. )> Elle avait donné ses plus illustres philosophes à Fécole d'Alexandrie, surtout Aristote et Platon, mais Platon encore plus spiritualisé par la philosophie alexandrine.

• L'école d'Alexandrie, par l'immense élan

qu'elle avait imprimé aux esprits, concentrait alors vers elle toutes les forces intellectuelles et l'attention du monde ancien. Liée à la philosophie hellénique par son admiration pour les théories de Platon, elle avait formulé une doctrine spirituaHste dont la qualification de Néoplatonisme màiqviQ assez l'origine et la parenté. Les rapports habituels des sages d'Alexandrie avec la Judée (i) et l'Orient, avaient introduit peu à

(1) L'école juive d'Alexandrie remonte presque au berceau de l'école grecque; on doit, en effet, considérer comme ses fondateurs les Septante interprètes que Ptolémée Piiiladelplie, le second des l.agides, fit venir à sa cour pour traduire la Bible en grec. On cite parmi ces savants illustres un certain Aristobule, mystérieux personnage dont on connaît peu les travaux, mais dont l'influence fut considérable d'après les

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