‹ Les déicides; (volume 2)Chapitre 139 sur 192 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

nisme auprès des Gentils, le grand diplomate religieux de la nouvelle Église, on ne s'étonne pas des progrès rapides que l'Évangile fit dans l'empire des Césars.

C'est aux esclaves que s'adressa, sans hésiter, l'apôtre des Gentils. « Vous n'êtes plus servi- » teurs, vous êtes fils, s'écria-t-il. Tenez-vous » fermes dans la liberté pour laquelle le Christ » nous a affranchis et ne vous soumettez plus au » joug de la servitude. Yous tous qui avez été » baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. 11 » n'y a plus ni juif, ni grec, ni esclave, ni libre ; » vous êtes tous un en Jésus-Christ. Grands et » petits, maîtres et serviteurs, vous êtes tous » membres du corps du Christ (i ). »

Ce langage hardi et si nouveau, ces grands principes de liberté et d'égalité étaient bien faits pour enflammer les esprits et enivrer de joie, d'orgueil et d'espérance les esclaves romains.

Et non-seulement la foi nouvelle promettait ainsi une universelle émancipation, mais, renouvelant l'antique théorie des Gracques, elle

(1) Epître aux Romains, cli. VI. — Epîtres auxGalates, cli. IVet V.

laissait entrevoir une sorte de vaste communisme dans lequel les biens de ce monde seraient également répartis entre tous ceux qui entreraient dans le sein de l'Église (^). Enfm, l'Évangile disait à tous les petits, à tous les opprimés : « Ceux qui sont les premiers seront les » derniers. Que celui qui veut dominer sur son » frère, devienne au contraire son serviteur {^), )^ Il est inutile de faire ressortir l'adresse de ces professions de foi. Elles devaient être accueillies aux applaudissements de tous les esclaves de la Rome impériale. Les empereurs ne se trompèrent pas sur leur gravité et sur les dangers qu'elles faisaient courir à l'empire. Ils poursuivirent avec une extrême rigueur les prédicateurs ardents qui, sous le manteau d'une religion nouvelle, excitaient évidemment une autre guerre servile, bien plus redoutable que celle dont Spartacus avait été l'âme et le moteur au temps de la République.

La persécution donna de nouvelles forces à la secte naissante, et l'attrait même du péril fut, pour les néophytes, un plus énergique stimulant. Les Chrétiens poursuivis inaugurèrent ,

(i) Actes des apôtres, cli. IV, v. 32.

(2) IVîattliieii, cli. XX, v. 35 et suiv. XXlli, v. M et suiv.

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dans Rome même, ce système de sociétés secrètes qui a été, de tout temps, le plus efficace moyen d'action des révolutionnaires. Les réunions mystérieuses tenues dans la nuit des Catacombes et si souvent troublées et ensanglantées par Finvasion des soldats et des bourreaux de la police romaine, n'étaient autre chose que des assemblées de conspirateurs, exaltés jusqu'à l'extase parle fanatisme religieux, jurant sur un nouveau symbole l'anéantissement des tyrans, résolus, au prix de leur sang, à détruire l'ancienne société et à lui substituer une organisation fondée sur la liberté et l'égalité universelles, avec l'Évangile pour code et le Christ pour maître et pour Dieu.

A toutes les époques. Faction persévérante des sociétés secrètes a fini par atteindre son but. A cette époque de décadence et de dissolution générale, le succès était bien autrement certain.

A mesure que les fondateurs du Christianisme agissaient ainsi dans l'ordre social, ils exerçaient une égale influence dans la sphère des idées philosophiques. Avec la même intelligence qui leur avait fait comprendre que, Rome étant le pivot et le centre de la société pohtique , vaincre à Rome c'était dominer l'univers, ils virent bien

que triompher à Alexandrie, c'était dominer le monde des intelligences. Nous avons dit les points déjà nombreux par lesquels la philosophie alexandrine se rapprochait des doctrines chrétiennes. Le probabilisme des platoniciens de la seconde académie, le pyrrhonisme, l'empirisme et même l'athéisme de plusieurs autres écoles importantes, avaient concouru, autant que le progrès de la civilisation et la corruption des mœurs, à ruiner les doctrines politiques, religieuses et morales. Une forte tendance à l'ecclectisme se manifestait, par raison ou par effroi, chez les philosophes alexandrins. Antiochus, disciple de Philon, avait pris l'initiative de cet essai de transaction, sur le terrain des doctrines de Zenon, de Platon et d'Aristote. — Potamon, d'Alexandrie, le suivit dans cette voie; Ammonius Saccas alla plus loin et, combinant le Christianisme, les doctrines de l'Orient et celles de la Grèce, en fit sortir un gnosticisme qui avait les plus grands rapports avec la Bible et l'Évangile.

Il n'y avait plus, désormais, qu'un pas à faire de part et d'autre pour s'accorder et s'assimiler complètement. La trinité purement idéale de Platon et des néo-platoniciens fut le terrain sur lequel se rencontrèrent et se tendirent la main les représentants de l'ancienne école et les adep-

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