CHAPITRE I
tes de la foi nouvelle. La philosophie mystique reconnut aisément l'hypostase platonicienne dans la triple figure du Père, du Fils et du Saint- Esprit, indivisibles toutefois dans l'unité divine.
L'incarnation de l'Être éternel et infini sous une figure humaine, la tradition qui le représentait comme ayant vécu de la vie terrestre pendant un temps plus ou moins long, étaient bien une difficulté ; mais cette concession était si nécessaire aux besoins de l'époque, et l'utilité d'une transaction sur ce point était si évidente, que le principe fut admis sans hésitation. Ce fut là une rupture définitive avec le monothéisme pur des Hébreux; mais ce fut en même temps une innovation trop opportune pour ne pas y voir une des causes principales des triomphes du Christianisme. Le peuple, habitué au culte attrayant des incarnations mythologiques, à la vue des belles idoles de la Grèce et de Rome, n'aurait pas consenti à admettre un Dieu abstrait, essentiellement spirituel, caché mystérieusement dans les profondeurs de l'infini. La Trinité chrétienne avait l'avantage de satisfaire à la fois les philosophes du néoplatonisme et les instincts des masses, tout en réservant, vaguement il est vrai, le principe de l'unité, base et essence du judaïsme.
Il est enfin un autre point par lequel le Christianisme domina la société antique et celui-là est le plus noble et le plus imposant. Il réagit, dès ses premiers efforts, contre la dépravation des mœurs et la corruption de toutes les classes sociales. Il parla au nom de la morale publique et privée, au nom de la dignité humaine et de l'honneur du foyer domestique, au nom de la chasteté violée, de la vertu audacieusement outragée , au nom des lois éternelles émanées du Dieu qui punit tôt ou tard le vice triomphant.
Le moment était propice pour ces austères prédications. Les efféminés du monde romain, après avoir effeuillé la rose de toutes les voluptés, après avoir épuisé la coupe du sensuahsme, étaient blasés et pris d'un ennui profond en face de leur impuissance à inventer de nouveaux plaisirs. Ils sentaient le dégoût sous les fleurs et la lie impure au fond des flacons de Falerne. — Une heureuse réaction s'opérait peu à peu contre les excès monstrueux du paganisme à son déclin. — Elle se manifestait surtout dans le sein des familles , où les chastes épouses délaissées , les saintes matrones épouvantées à la vue des désordres de leurs fils, les jeunes filles dédaignées par les débauchés de la Rome impériale, se voi-