‹ Les déicides; (volume 2)Chapitre 143 sur 192 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

les conditions de la société au sein de laquelle il s'est produit fussent merveilleusement favorables à son triomphe, il lui a fallu trois siècles de lutte obstinée pour se faire accepter et pour réduire ses ennemis à l'impuissance .

Qu'il nous soit permis de dire que ce n'est point ainsi qu'agit, lorsqu'elle le veut, la Providence divine. Elle a, pour éclairer et dominer les peuples, des révélations plus saisissantes et de plus énergiques moyens d'action.

Rappelons-nous cette autre gigantesque révolution morale, religieuse et politique dont le peuple hébreu a été constitué l'intermédiaire et le représentant auprès du genre humain.

En quelques jours, le joug de fer de l'Egypte est brisé par une suite de prodiges effrayants, et Israël met entre lui et ses oppresseurs la mer Rouge, où s'engloutit l'armée entière du Pharaon. Un mois à peine s'est écoulé lorsque, devant tout le peuple, en face du mont Sinaï, une voix mystérieuse proclame, au sein des éléments bouleversés, les éternels principes du droit et du devoir et domine toutes les âmes par l'irrésistible majesté d'un spectacle sans exemple et sans précédent. Comme au jour de la création, une parole suffit au Maître des cieux et de la

terre, pour enfanter la lumière morale qui doit désormais diriger les nations vers Timmuable vérité. Il n'y a pour les témoins de cette scène imposante, ni hésitation ni doute. Israël est aussitôt convaincu et rien, depuis Moïse, n'a altéré un seul instant sa foi en cette révélation splendide.

Dès cette heure solennelle, où la parole de Dieu a retenti à ses oreilles, la révolution qui doit transformer le monde est accomplie. Quelques minutes ont suffi pour manifester la volonté et la toute-puissance de FÉternel et pour graver, sur des tables indélébiles, la loi mère du progrès universel.

Ainsi éclatent et s'accomplissent les œuvres de Dieu. Mais Fhomme ne procède pas dans ses entreprises avec cette foudroyante rapidité. Le temps, l'action progressive de la raison, le jeu des intérêts, le calcul des passions sont ses auxiliaires naturels, forces limitées qui n'agissent qu'avec difficulté et lenteur.

Le Christianisme naissant, quelle que soit d'ailleurs Tidée que l'on doive se faire du caractère de son fondateur, a subi cette condition nécessaire de toute œuvre humaine. Les apôtres, ses premiers propagateurs, ont profité

Page 1