‹ Les déicides; (volume 2)Chapitre 144 sur 192 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

avec une remarquable intelligence de toutes les circonstances propices ; ils ont été trèsheureusement secondés par la situation générale de la société de leur temps ; ils ont organisé leurs efforts avec un sens pratique qu'on ne saurait trop admirer ; et, malgré tous ces éléments favorables, ils ont dû arriver jusqu'à Constantin, c'est-à-dire jusqu'à l'année 300 de l'ère nouvelle, pour atteindre le but fixé par saint Paul, le véritable fondateur du Christianisme.

Mais ce n'était pas tout que de vaincre, il fallait se maintenir. Or, l'Église chrétienne n'eut pas seulement à lutter contre la société politique qui l'environnait et dont elle ambitionnait la domination ; elle eut à se défendre contre les discordes intestines, qui à chaque instant menaçaient de mort son principe fondamental.

A peine, en effet, le Christianisme a-t-il jeté, dans le monde moral , le dogme impénétrable du Dieu-Homme, qu'aussitôt éclate dans son sein l'anarchie des schismes et des hérésies.

Le Judaïsme n'avait jamais offert le spectacle de ces grandes luttes de principes dogmatiques qui ont signalé, troublé et ensanglanté si souvent l'ÉgUse chrétienne. La simplicité même de

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la foi juive rendait impossibles de semblables combats. Il fallait être athée ou croire en l'unité de Dieu, fondement de la loi d'Israël. Aussi n'existait-il chez le peuple Juif aucune secte vraiment schismatique. Les Samaritains préféraient leur montagne à celle de Sion ; les Sadducéens ne croyaient pas à l'immortalité de l'âme, que les Pharisiens professaient au contraire avec unanimité ; les Esséniens se livraient à une vie contemplative et observaient, avec une rigidité exemplaire, une grande pureté de mœurs ; mais le Décalogue et la Bible restaient la croyance commune de tous ces groupes moraux du Judaïsme; tous proclamaient également l'unité indivisible de l'Éternel ; il n'y avait parmi eux aucun principe d'hérésie.

Il n'en fut pas de même dans le Christianisme. La complexité et le mystère incompréhensible de son dogme trini taire, ses nombreuses transactions avec le paganisme, firent bientôt surgir autour de lui une foule de sectes guerroyantes qui mirent en péril la base même sur laquelle il reposait.

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