CHAPITRE V. 3i
La plus violente et la plus redoutable opposition lui vint d'abord des Juifs qui l'accusaient, non sans raison, de défigurer la Bible et les prophètes pour en faire sortir, en faveur de ses nouveaux dogmes et de son nouveau Dieu, des idées, des promesses et des conséquences qui ne s'y trouvaient point. On comprend la gravité des objections que les Juifs, restés fidèles à l'ancienne loi, soulevaient contre les chrétiens, en hsant le traité de controverse que saint Justin a écrit vers la fin du ii^ siècle, sous le titre : Dialogue avec Trjplion, Ce Tryphon est, d'après le texte, un Juif retiré en Grèce et fortement nourri de la philosophie hellénique ; mais c'est plutôt un type idéal du Judaïsme contemporain et un écho de ses critiques contre le Christianisme. Les observations de Tryphon sont sérieuses : il nie la divinité et le caractère messianique de Jésus-Christ et, chose remarquable, il met même en doute son existence et son apparition ici bas. « S'il est né et s'il est quelque part, » dit-il, il est complètement inconnu.» Saint Jus-
tin, de son côté, discute avec énergie; il établit que la loi ancienne n'était faite que pour la Judée, et qu'elle est désormais abolie ; il prétend surtout, et c'est là le début de tout un ordre d'idées par lequel le Christianisme a modifié radicalement le sens des Écritures, il prétend que l'Ancien Testament ne doit s'entendre qu'au figuré et que le texte littéral cache une signification purement spirituelle et symbolique.
Quoi qu'il en soit, l'énergie que déploie saint Justin, dans sa controverse, révèle tous les dangers que l'attitude des Juifs faisait courir à l'ÉgHse naissante. Mais, à côté de cette lutte entre la Synagogue et le Christianisme, que d'oppositions, que de schismes redoutables!
Les hérésies furent innombrables pendant les premiers siècles del'Éghse. Elles naissaient principalement de la résistance de la raison humaine contre les mystères que le Christianisme avait introduits dans le monde. Les nouvelles théories sur la nature depieu, déclaré à la fois un et triple, infini et néanmoins manifesté sous une forme limitée, sur la consubstantialité du fils et du père, sur l'Eucharistie, c'est-à-dire sur la présence réelle de Jésus-Christ dans les deux espèces du pain et du vin, etc., soulevaient, dans l'ordre philosophique, les [plus graves objections; Les