‹ Les déicides; (volume 2)Chapitre 150 sur 192 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

opiniâtres entre le monde ancien et le monde nouveau, [le triomphe n'était plus douteux et le Catholicisme étendit bientôt son autorité sur tous les peuples que les Césars avaient asservis.

Mais les sectes dissidentes, les schismes etles hérésies continuèrent à déchirer le sein de l'Église. L'arianisme, cette énergique protestation contre la divinité du Christ, subsista, malgré la condamnation d'Ârius. Pélasge, Nestorius combattirent successivement la doctrine catholique ; une foule de libres penseurs réagirent, à leur tour, contre TÉglise et surtout contre son infaillibilité, tandis que les Juifs, répandus sur tous les points de l'Empire, restaient, sous leurs chaînes d'esclaves, la négation vivante et inflexible de la vérité du Christianisme.

En face de ces ennemis, qui devaient enfanter plus tard Jean Huss, Luther et Calvin, et aboutir à la rupture de l'unité cathohque, l'Église se défendit avec les mêmes armes que le paganisme avait employées contre elle. Elle appela la force à l'appui de sa cause ; elle s'unit aux Césars et leur demanda leur pouvoir et leurs légions pour anéantir ses adversaires; elle condamna, elle proscrivit, elle persécuta ceux qui osèrent lui

résister; elle fit, en un mot, ce que fait toute puissance humaine pour se maintenir. Au lieu d'enseigner et de convaincre par la lumière de l'esprit , elle courba les corps et violenta les âmes et s'imposa pour se faire accepter. C'était là , il faut le reconnaître , une nécessité de sa situation. L'Eglise, s'affirmant comme vérité éternelle, devait briser toutes les erreurs et toutes les résistances. Mais qui ne voit, dans cette nécessité même, l'œuvre humaine agissant sous le manteau sacré de la religion, et, dans cette lutte de l'autorité contre la liberté individuelle, une situation bien plus politique que divine?

Ces longs siècles de combats passionnés étaient-ils donc indispensables à ce Dieu toutpuissant qui, d'un mot, a fait jaillir la création du néant et la lumière du chaos? Je vois bien, dans ce conflit d'intérêts, d'idées et d'efforts contraires, l'action laborieuse et compliquée de l'homme, le travail lent et habile de la diplomatie humaine aux prises avec des obstacles m^atériels ; je n'y rencontre nulle part ces foudroyantes manifestations par lesquelles le Dieu de l'univers révèle aux fils de la poussière ses immuables volontés.

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