CHAPITRE V
Quoi qu'il en soit, devant les attaques qui la mettaient en péril, FÉglise fut, peu à peu, entraînée à concentrer de plus en plus le pouvoir donc elle disposait, afin de lui donner plus de force. La centralisation si puissante de l'Empire romain lui servit de modèle et de point d'appui. Le gouvernement de l'Église, d'abord morcelé et respectant l'autonomie des diverses églises, puis tranféré à des conciles ou locaux ou œcuméniques, ne tarda pas à devenir essentiellement monarchique et absolu. A la fin du vi^ siècle , la papauté se constitua définitivement avec son immense souveraineté, son infaillibilité dogmatique et sa prépondérance exclusive sur tous les clergés de l'univers.
Cette transformation fut l'expression suprême de la religion du Christ. Six cents ans lui avaient été nécessaires, au miheu de difficultés et de dangers de toute nature , pour trouver ainsi sa formule définitive et asseoir son empire sur les ruines de la société romaine désormais vaincue.
Dans ce développement progressif de Vidée chrétienne, marchant à la conquête de l'univers, aidée par les ingénieux procédés du Paulinisme, par la dissolution naturelle du paganisme, par Tappui des empereurs et par l'organisation vigoureuse et autocratique du Catholicisme, où trouverons-nous le fait providentiel capable d'éclairer l'esprit du peuple juif et de lui inspirer une foi absolue en la divinité de l'Église chrétienne et de son fondateur?
Les Juifs avaient bien vu une grande habileté mise au service d'une cause que favorisaient admirablement les circonstances générales ; mais ils cherchaient en vain la main de Dieu dans les événements qui se déroulaient dans le monde.
Résumons, en effet, cette première période de la religion chrétienne ; rappelons, en peu de mots comment la doctrine du prophète de Nazareth s'est successivement transformée pour devenir le Catholicisme , c'est-à-dire la domination universelle dans l'ordre spirituel.