CHAPITRE V
efforts à Rome, centre de l'univers politique; à Alexandrie, centre du monde intellectuel , bien convaincus que le triomphe dans ces deux villes assurait leur domination universelle.
Trois siècles de persécutions, de martyres, de combats acharnés, furent néanmoins nécessaires, malgré ces conditions si évidemment propices, pour saisir, par la conversion d'un empereur, le sceptre du monde romain, et cette longue lutte, à travers tant de vicissitudes et de souffrances, est une nouvelle preuve des moyens tout politiques et tout humains que le Christianisme employa dans l'intérêt de sa cause.
Persécutée par les pouvoirs publics dont elle menaçait l'existence, la foi nouvelle est, d'ailleurs, attaquée, combattue par ses propres adeptes avec une extrême violence. La guerre intestine des hérésies et des schismes éclate et divise l'Église, pendant que les Césars offrent à la curiosité cruelle du peuple, dans les jeux sanglants du cirque, sous le glaive des gladiateurs et sous la dent des bêtes féroces, des héiacombes de chrétiens.
il faut arriver à Constantin pour que , maîtresse de Rome, armée d'un décret impérial qui
proclame la religion chrétienne obligatoire dans toute Fétendue^de l'empire, investie du droit de réunir des conciles œcuméniques avec autorité sur toutes les communautés religieuses du monde connu, l'Église prenne le pouvoir et le titre de catholique^ c'est-à-dire ^'universelle.
Mais, victorieuse, sortie enfin des Catacombes pour régner sur tous les peuples , on la voit subir les conditions humaines des pouvoirs contestés; elle emploie à dompter ses adversaires et à terrasser ses antagonistes l'autorité qu'elle a péniblement conquise ; elle devient, à son tour, intolérante et oppressive. « Tous ceux qui ne » sont pas pour elle, lui semblent contre elle. » Ces hérésies, que, dans les jours d'humihté, elle ne combattait que par la persuasion et la libre discussion, elle les écrase par la force, et, au besoin, les étouffe dans le sang. Elle allume les bûchers : elle arme des légions pour venger sa querelle ; elle organise l'épouvantable et mystérieux tribunal de l'inquisition, qui va scruter, jusqu'au fond des consciences, l'orthodoxie de la pensée humaine ; elle investit le chef de l'ÉgUse, l'héritier de Saint-Pierre, le serviteur des serviteurs, d'un pouvoir sans hmite, d'une infaillibilité absolue ; non contente de le créer souverain pontife de l'univers, elle le sacre roi et donne un