‹ Les déicides; (volume 2)Chapitre 159 sur 192 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

» portant, avec une patience que rien ne lasse, » les péchés des mortels ! »

Mais prétendre, mais croire que ce Dieu, qui a dit à Moïse lui-même et qui a tant de fois répété : « les fils ne seront pas punis pour les » méfaits de leurs pères , et , seule , l'âme qui » a péché subira le châtiment de son crime ; » croire que le Dieu toujours bon, même dans ses rigueurs, puisse faire expier à la postérité la plus lointaine les fautes des ancêtres, n'est-ce pas insulter à la divine Providence, à la raison, à la vérité ?

Dix-huit siècles se sont écoulés depuis que, dans un coin de la Judée, sur la plainte légitime des gardiens de la loi d'Israël, les Romains ont condamné l'apôtre, le créateur d'une nouvelle doctrine à la fois politique et religieuse. Admettons que les uns et les autres se soient trompés et qu'ils n'aient pas su voir ni comprendre qu'ils poursuivaient non pas seulement un réformateur social, mais un Dieu; admettons qu'ils aient volontairement fermé les yeux à la lumière et agi méchamment vis-à-vis de celui qui pouvait cependant d'un seul mol, d'un seul acte de sa toute-puissance, briser leurs complots et anéantir leurs projets.

Chose étrange! ce ne sont pas ces hommes qui sont punis ! La génération qui a condamné et mis à mort Jésus n'a été frappée d'aucun châtiment. Les ' magistrats du Sanhédrin, les juges sacrilèges, le peuple témoin et compHce du crucifiement, n'ont éprouvé aucune marque de la colère divine. Ils sont morts tranquillement dans leur lit, sur le sol de la patrie aimée ; ils n'ont subi ni les douleurs, ni les privations de l'exil (^). Ce sont leurs enfants, c'est la génération qui leur a succédé et dont les mains étaient pures du sang de ce juste et de ce Dieu, qui a expié seule leur prétendu forfait.

Lorsqu'lsraël se révolte dans le désert, au pied même du Sinaï, contre le Dieu vivant, dont il vient d'entendre la voix et qui lui est apparu au sein des foudres et des éclairs , dans la plus éclatante et la plus solennelle révélation qui se soit produite devant le genre humain, la colère du Seigneur s'enflamme contre le peuple rebelle. La génération qui, malgré les signes miraculeux

(1) Le règne de Claude , qui suivit de peu de temps la condamnation de Jésus, fut, pour les Juifs, la période la plus heureuse de la domination romaine. Claude leur accorda de nombreuses faveurs ; il publia deux édits célèbres qui, leur permettant de vivre selon leurs lois, les maintenant dans tous leurs privilèges, décrétait à leur profit la plus entière liberté de conscience et condamnait toutes les persécutions dont ils avaient pu être l'objet.

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