CHAPITRE VI
courbe devant des idoles faites de bois et de pierre , se crée des fétiches monstrueux et difformes, se livre à des cultes épouvantables, sacrifie des victimes humaines et ses propres enfants à d'affreuses divinités; il ne fait point tonner sur ces têtes coupables ses foudres vengeresses ; il se contente de les éclairer peu à peu, de leur montrer au loin la vérité resplendissante, et de les appeler à lui par la raison, par la voix de la conscience, par Faspect saisissant des phénomènes qui les entourent. Et ce Dieu , si plein de mansuétude et de tolérance pour Fidolâtrie obstinée, qui accorde chaque jour à ceux qui croient en lui, comme à ceux qui le dédaignent et blasphèment son nom, la vie, la chaleur du soleil, le pain quotidien, tous les dons et toutes les jouissances de la nature splendide, ce Dieu se montrerait tout d'un coup animé d'une haine éternelle contre le peuple qu'il a choisi , contre ses serviteurs de prédilection, parce qu'ils auraient euv le tort de ne pas attribuer une nature divine à celui qui venait leur prêcher une loi contraire à l'immortelle promulgation de Sina
Non ! la volonté de Dieu est étrangère aux violences dont Israël a été si longtemps la victime. Cette persécution a des causes exclusivement humaines; elle résulte d'événements à la fois
politiques et religieux, dont il est facile de se rendre compte.
Voici quelle est la raison politique.
Nous avons dit la lutte héroïque que la Judée soutint contre Rome maîtresse du monde. Cet empire gigantesque, devant lequel tout avait cédé, trouva tout à coup devant lui une résistance à laquelle il n'était pas habitué. Vainement envoyait-il ses meilleures armées et ses plus grands capitaines; la Judée, courbée par la force, se redressait sans cesse sous le joug, et, saintement insurgée^, contraignait ses vainqueurs à une guerre perpétuelle. Les Juifs ne combattaient pas seulement pour leur patrie; ils défendaient leur foi rehgieuse, leur culte, leur Dieu, c'est-à-dire leur avenir tout entier et celui du genre humain ; ils opposaient aux Romains étonnés une constance, une énergie, une indomptable fermeté qui, pendant près d'un siècle, tint en échec toutes les forces de la Rome impériale. La colère des empereurs et du peuple romain fut portée à son comble en voyant que, seul, un petit peuple refusait de se soumettre aux dominateurs