‹ Les déicides; (volume 2)Chapitre 162 sur 192 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

de Funivers. Tacite nous a conservé la trace et le souvenir de ce sentiment irrité. « Ce qui aug- )) mentait la rage des Romains, dit-il, c'était de » voir que, seuls, les Juifs n'avaient pas encore » cédé. Augebat iras quod soli Judœi non cessis^ » sent, » Aussi, quand Israël fut vaincu, quand Jérusalem ne fut plus qu'un monceau de ruines, un immense cri d'allégresse retentit d'un bout à l'autre du monde romain, et les vainqueurs consacrèrent par un arc de triomphe la mémoire de ce grand événement.

Ce fut là une première cause de haine entre les vainqueurs et les vaincus. Les Césars comprenaient bien que, même dans les fers, même arrachés à leur patrie, les Juifs resteraient indomptables, et que, tournant toujours leurs regards et leurs cœurs vers Jérusalem, ils ne cesseraient d'ourdir des complots et de tenter des insurrections pour reconquérir et reconstituer le sanctuaire de l'Éternel. Bientôt, en effet, la terrible révolte de Bar Rokébas mit en péril l'Empire déjà menacé de loin par le flot montant des hordes barbares.

La poHtique, le soin de leur propre conservation, conseillaient aux Césars d'user d'une rigueur exemplaire contre l'agitation permanente

des Juifs. On multiplia à leur égard les sévérités et les violences. On leur interdit d'aller pleurer sur les ruines de la ville sainte; on les dispersa aux quatre coins de l'Empire ; on les livra aux travaux et à l'ignominie des esclaves ; on édicta contre eux des lois impitoyables, leur défendant de lire la Bible et leurs livres traditionnels. En un mot, on prit, envers ces grands vaincus, les moyens énergiques que le pouvoir menacé prend contre ceux qu'il considère comme ses ennemis.

Les Juifs étaient, en effet, des ennemis! Si les Romains ne leur pardonnaient pas leur héroïque défense et leurs incessantes rébellions, ils ne pardonnaient pas aux Romains la destruction de la ville sainte et les rigueurs tyranniques qu'ils faisaient peser sur eux seuls , parmi les innombrables sujets de l'empire. Ainsi naquit^, se développa et s'envenima chaque jour une haine vivace, égale chez les dominateurs et chez les vaincus.

Et, des gouvernants, cette haine descendit bientôt parmi les gouverné's. Le peuple romain s'habitua à considérer les Juifs comme un peuple dangereux et maudit, qu'il fallait dompter à tout prix, poursuivre et anéantir, parce qu'il était

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